« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

vendredi 27 janvier 2017

Père Onésime Lacouture - 2-18 - La perfection exigée par Jésus


DIX-SEPTIÈME INSTRUCTION
LA PERFECTION EXIGÉE PAR JÉSUS.

«Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait!» Mt. 5-48. Plan Nature de la perfection.  (Jésus.  (Les apôtres.  Dans l’intention, la même pour tous selon: (Les Pères de l’Eglise.  (Le Pape Pie XI.  (Notre destinée au ciel.  (Dans les moyens.  Dans l’Exécution elle est différente: (Dans l’acquisition.  (Doctrine de St-Thomas.  Le cas du jeune homme riche.

NATURE DE LA PERFECTION.  Puisque Jésus est Dieu et qu’il nous destine à devenir une seule chose avec lui, nous pouvons nous attendre à ce qu’il exige une perfection divine en nous.  Tout en étant vraiment homme il a agi divinement selon sa nature divine.  Or, il vient précisément pour nous faire participants de la nature divine: nous devons donc agir divinement avec le secours de sa grâce.
C’est en fonction de cette perfection divine que nous devons étudier la vie de Jésus et juger sa doctrine; autrement nous l’abaisserons toujours à notre niveau pour ne voir en lui qu’une perfection humaine qui nous laisse indifférents, ou bien, nous le regarderons comme nous dépassant complètement et nous laisserons à une élite le soin de reproduire sa vie si parfaite.  Comme nous allons le voir, c’est la perfection même de Jésus en personne que nous devons reproduire dans notre propre vie sous peine de perdre le ciel.  Comme cette question est très importante les démons ont tout fait pour embrouiller les idées.  Que de sophismes on rencontre non seulement chez les fidèles, mais même dans le clergé pour éviter les conclusions pratiques d’une vérité qui condamne toute apathie, tout naturel et toute tiédeur dans la vie spirituelle.  Dès qu’on mentionne le nom même de perfection, que de chrétiens s’en désintéressent comme si la perfection n’était que pour un petit nombre choisi.
 
Les prêtres même la renvoient aux religieux où elle est guère mieux traitée!  Que le St-Esprit nous ouvre à tous les yeux de l’âme pour que nous arrivions à la bien comprendre afin de mieux la vivre.  Un être est d’autant plus parfait qu’il s’approche plus de sa fin dernière.  Or, notre fin dernière est une participation à la vie intime de la Sainte Trinité, sur la terre par la grâce et dans la foi, et au ciel dans la gloire.  La perfection d’un chrétien consiste donc dans la reproduction dans sa propre vie de l’activité des Trois Personnes divines.  On attribue au Père, la vie, au Fils, l’intelligence ou la sagesse, et au Saint-Esprit, l’amour.  Plus donc il participe à la Vie du Père, à la Pensée du Verbe et à l’Amour du Saint-Esprit, plus il est parfait.  C’est très clair dans les idées, mais la pratique exige tant de renoncement à l’activité humaine qu’il faut compter absolument sur la grâce de Dieu.  C’est ici surtout que se vérifie cette parole de Jésus: «Sans moi, vous ne pouvez rien!»

Voici une distinction absolument nécessaire pour se faire des idées nettes sur la perfection.  De son ignorance viennent de nombreuses erreurs qui font un tort immense dans la vie spirituelle.  On peut considérer une chose dans l’ordre de l’intention ou de la volonté, on peut la considérer aussi dans l’ordre de l’exécution qui est celui des faits.  Or, une foule de prêtres confondent les conclusions d’un ordre avec celles de l’autre et vice versa.  Prenons d’abord: l’ordre de l’intention Tous les fidèles sans aucune exception sont tenus de vouloir devenir parfaits comme Dieu le veut et donc de tendre de toutes leurs forces à la sainteté de Dieu.  Personne n’a le droit de dire, par exemple, qu’il ne veut que vingt-cinq pour cent de cette sainteté; il pêcherait contre le premier commandement.  Quand il s’agit de fin, il faut la vouloir sans limite surtout quand il s’agit de la fin dernière; il ne peut y avoir de degrés, ni de conseil là.  Tous les hommes y sont tenus à cause de leur fin dernière, et ce n’est pas parce qu’ils sont prêtres ou religieux, comme on l’entend si souvent dire.  Le fait d’être prêtre ou religieux urge davantage une obligation stricte qui existait déjà comme chrétien.  Les prêtres et les religieux devraient bien cesser de laisser entendre ou même de dire ouvertement qu’ils ont le monopole de la perfection.  Ce n’est pas vrai!  Les chrétiens l’ont tous par leur destinée surnaturelle.  Quand on prêche on doit toujours le faire selon l’ordre de l’intention; c’est aux volontés libres qu’on s’adresse, pas du tout à l’exécution et aux faits.  Dans son premier commandement, Dieu évidemment s’adresse à la volonté puisqu’il ne met pas de limite; il veut que nous l’aimions de toutes nos forces.  De même Jésus quand il dit que nous devons être parfaits comme son Père céleste est parfait, il ne met pas de limite, ni de degrés, quoique dans l’ordre de l’exécution ou des faits, il sait bien qu’il y en a.

Comme nous ne sommes libres dans l’ordre de l’intention, c’est cette partie que Dieu surveille en nous; là est sa gloire à lui, et notre mérite à nous.  Dans cet ordre les prédicateurs peuvent donc nous dire; aimez Dieu sans limite!  renoncez à tout ce que vous avez!  etc.  sans faire aucune exagération.  Je puis dire aux fidèles: vous devez avoir un motif surnaturel pour absolument tout ce que vous faites sans faire aucune exagération.  C’est entendu que cela veut dire qu’ils doivent vouloir ces choses et ils doivent les vouloir sans limite, même si dans l’exécution il y a nécessairement des degrés et des limites.  Mais combien de prêtres blâmeraient ces expressions comme exagérées.  C’est parce qu’ils ne pensent qu’à l’ordre de l’exécution.  Or, c’est insensé de prêcher selon cet ordre.  Est-ce qu’on dirait à une femme qui n’a que dix degrés de santé: madame ne veuillez que ces dix degrés de santé ou à des pauvres, ne veuillez que les quelques dollars que vous avez!  Eh bien dans l’ordre de l’intention, tout chrétien est tenu de vouloir et donc de tendre de toutes ses forces à acquérir la sainteté de Dieu, simplement parce qu’il est chrétien, et donc comme les prêtres et comme les religieux!  Leur état ne fait que doubler cette obligation qui existait déjà en eux.  Donc au point de vue de cette tendance de la volonté à la sainteté de Dieu il n’y a aucune différence entre les laïques et les prêtres et religieux.  Voici que Jean doit mille dollars à Pierre; il a sûrement une obligation stricte à payer cette dette.  Supposons qu’il fait un voeu de payer sa dette, est-ce que son obligation de la payer ne commence que le jour de son voeu?  Pas du tout.  Son voeu s’ajoute simplement à l’obligation qui existait déjà.  Donc dans l’ordre de l’intention qui est le seul qui nous regarde les laïques sont tenus par une obligation stricte de tendre de toutes leurs forces à la sainteté de Dieu, comme les prêtres et les religieux.  Ce n’est pas vrai encore une fois que la perfection soit seulement pour les religieux et pour les prêtres.  Montrons-le par la doctrine.  De Jésus.  En Jean 17 il veut que nous soyons tous sans exception, donc pas seulement les prêtres et les religieux, une seule chose avec lui comme il l’est avec son Père.  Or, c’est cette union avec le Père par Jésus qui constitue notre sainteté.  Jésus prêchait le premier commandement à tous les fidèles et pour tout le monde.  En Luc 10-27 qui cite Deutéronome 6-5 qui ne s’adressait certainement pas aux religieux; ils n’existaient pas encore.  Les béatitudes s’adressent sûrement à tout le monde; or elles contiennent la plus haute perfection possible au monde.  Chacune renferme la plus parfaite perfection de vie et toutes sont pour les laïques autant que pour les religieux.  Enfin, il dit à tous: Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait! 

C’est donc le même but qu’il assigne à tous les laïques comme aux religieux et aux prêtres.  Quand il dit: «Si quelqu’un ne renonce pas à tout ce qu’il possède, il ne peut être mon disciple,» c’est le détachement absolu qu’il requiert des laïques comme des autres.

Les Apôtres, comme Jésus, recommandent la plus haute sainteté possible à tous les laïques sans exception; dans l’ordre de l’intention, les religieux ne peuvent pas aller plus loin.  Leur principal argument se résume à quelque chose comme ceci: Vous êtes de la race de Dieu, eh bien, agissez comme tels, comme des enfants de Dieu et donc comme Dieu.  Les épîtres sont remplies de ces exhortations à la plus haute sainteté.  Il suffira d’en citer au hasard.  S.  Paul, Eph.  1: «De même qu’en lui, (Jésus) il nous a choisis avant la création du monde, afin que nous fussions saints et sans tache en sa présence par la charité.» Ce serait trop long de citer ces exhortations, ardentes pour la pratique des plus parfaites vertus.  Il veut que tous soient les imitateurs de Jésus, qu’ils vivent dans la foi comme dans la gloire en autant que la condition terrestre le permet.  On ne pourrait trouver de plus parfait dans la vie religieuse au point de vue de la tendance que ce qu’il demande à tout le monde sans exception.  S.  Pierre 1, 1-13: «Comme Celui qui vous a appelés est saint, vous aussi, soyez saints, dans toute la conduite de votre vie.» S.  Jean 1, 3-3: «Et quiconque a cette espérance en lui se sanctifie comme lui-même est saint.» L’idée que nous sommes appelés à participer à l’activité trinitaire en Jésus et par Jésus domine dans l’esprit des Apôtres.  Or, les laïques sont appelés là comme les religieux: donc tous sans aucune exception doivent par la volonté de Dieu et par leur vocation à la vision béatifique tendre à la sainteté de Dieu.  Les Pères de l’Eglise reviennent souvent sur cette même idée: que puisque nous sommes les enfants de Dieu, nous devons tous tendre à sa perfection divine dans toute l’étendue de notre activité libre.  Ils ne disent pas que seuls les religieux ou les prêtres sont tenus d’être saints, mais ils le prêchent à tout le monde dans cette distinction insensée introduite par l’ignorance du plan divin.  Voici un texte qui s’élève même avec force contre cette distinction qui commençait déjà à se faire.  S.  Jean Chrysostome, Apologie pour la vie Monastique L.  3 - n.  14: «Vous vous trompez et vous vous abusez étrangement, si vous pensez qu’autres sont les obligations des séculiers, autres celles des moines.  Toute la différence est dans le mariage et dans le célibat, pour tout le reste, ils rendront un compte égal.  Celui qui se fâche sans raison contre son frère, qu’il soit séculier ou moine, offense également Dieu; et celui qui jette les yeux sur une femme pour la convoiter, en quelqu’état qu’il vive, sera également puni pour cet adultère… Quand Jésus dit:

Bienheureux les pauvres d’esprit, les affligés, les doux, etc.  il ne nomme ni le séculier ni le religieux.  Cette distinction a été inventée par l’imagination des hommes»!  Les Ecritures ne connaissent rien de semblable, elles veulent que tous mènent la même vie, solitaires ou hommes mariés.  Ecoutez en effet ce que dit S.  Paul, et citer S.  Paul, c’est encore citer Jésus-Christ.  Ecrivant à des hommes mariés et pères de famille, il réclame d’eux une régularité qui conviendrait à des moines.  Il leur interdit toute recherche et dans les vêtements et dans la nourriture en ces termes: «Les femmes seront vêtues comme l’honnêteté le demande; elles seront parées avec pudeur et modestie, et non avec des cheveux frisés ou de l’or ou des perles ou des habits somptueux.  (I Tim.  2-3) Et plus loin: «Celle qui vit dans les délices est morte toute vivante».  (I Tim.  5-6) Et encore: «Dès lors que nous avons de quoi nous nourrir et de quoi nous vêtir, soyons contents.» (I Tim.  6-8)

Cette perfection, il l’exige de tous les chrétiens; cependant quoi de plus élevé?  Quand il ordonne de se mettre au-dessus de la colère, de l’emportement, des cris, de l’amour des richesses, des plaisirs de la table et du luxe, au-dessus de la vaine gloire et de toutes les choses de la terre, quand il ordonne de n’avoir rien de commun avec la terre et de mourir à son corps, il est évident qu’il nous demande la même perfection que Jésus-Christ demande à ses disciples.  Quelquefois, non content de nous pousser à l’imitation des disciples de Jésus-Christ, il nous exhorte à celle du Maître lui-même.  En effet, c’est en Jésus-Christ qu’il va puiser ses exemples, quand il nous recommande la charité, l’oubli des injures, la modestie.  Puisque donc qu’il ordonne d’imiter, non pas les moines, non pas les disciples, mais Jésus-Christ même, et qu’il menace des plus grands châtiments ceux qui ne l’imiteront pas, comment pourriez-vous dire que c’est la une perfection trop haute?  C’est une hauteur à laquelle il faut que tous les hommes s’élèvent, et ce qui a bouleversé toute la terre, c’est que nous nous sommes imaginés que le moine seul est tenu à la perfection de la règle évangélique, mais que les autres peuvent vivre dans le relâchement.  Il n’en est point ainsi, certes non, il n’en est point ainsi: nous sommes tous obligés à la même perfection, c’est l’Apôtre qui le déclare: «Je vous l’affirme sans hésiter, ou plutôt, je ne fais que répéter l’affirmation de Celui qui doit: nous juger….» Quel dommage que ce texte ne soit pas multiplié par millions et répandu dans l’univers pour faire cesser cette idée sotte que les religieux ont le monopole de la perfection et que les gens du monde peuvent jouir des créatures tant qu’ils veulent.  Ce serait aux prêtres et aux religieux à expliquer les choses clairement devant le peuple et faire cesser cette distinction dans la tendance à la sainteté.  Mais, combien, au contraire, alimentent cette distinction pour favoriser leur orgueil insensé, et souvent aussi, par paresse, pour se dispenser de travailler ardemment à acquérir la sainteté, comme s’ils l’avaient déjà dans leur état du sacerdoce ou de la vie religieuse.  Dieu ne jugera pas l’état de vie, mais la ferveur et les actes qu’on aura posés dans cet état de vie.  Le Concile d’Aix-La-Chapelle en 816 dit: Multa quidem et innumera legalla, prophetica, et evangelica atque apostolica poterant proferri documenta, quibus infatigabiliter atque incessabiliter devotis famulari debet Christiana; sed propter eas quas supra memoravimus, heac pauca breviter adnumerare studisimus, qui insipienter asserunt solos monachos artam sectari debere viam cum utique Dominus artam et angustam viam dicat esse, quae ducit ad vitam et nomo nisi per eam in vitam ingredi possit aeternam.  Non solum igitur monachis et clericis, verum ebiam omnibus, qui christians censentur vocabulo, per hanc artam et angustam intrandum est viam… Instanter et vigilanter, at omnibus certandum est, quanquam diversorum donorum modis curratur, qualiter una ad sanctam et supernam Hierusalem matrem nostram tendamus quo sine fine cum domino vivere mereamur.  Illud quoque sciendum, quia quanto quisque se in presenti sacculo per Christi amorem abjectiorem fecerit, tanto magis in futuro feliciorem remunerationem percipict.» «On pourrait produire beaucoup et d’innombrables documents légaux, prophétiques, évangéliques et apostoliques, qui insistent sans répit et constamment sur la nécessité de cultiver la piété chrétienne; mais à cause de ceux qu’on a cités plus haut, nous avons fait ces quelques remarques contre ceux qui affirment sottement que seuls les moines sont tenus de suivre la voie étroite, puisque Notre Seigneur dit que la voie qui conduit au salut est petite et étroite, et que personne ne peut entrer dans la vie sans passer par elle.  Ce n’est donc pas seulement les moines et les prêtres qui doivent s’efforcer d’entrer par cette voie étroite, mais tous les chrétiens.  Il faut que chacun lutte ardemment et soigneusement, quoique par des dons différents pour tendre ensemble vers notre mère la sainte Jérusalem céleste où nous mériterons de vivre sans fin avec le Seigneur.  On doit savoir aussi que plus on s’abaisse dans ce monde pour l’amour du Christ et plus on sera heureux dans l’autre vie.»

            Il         est       évident            que      ce        concile            représente       bien l’enseignement de l’Eglise à cette époque sur cette question.  Le Pape Pie XI sur le 3e centenaire de St-François de Sales, Act.  S.  Sed.  Vol.  4-50, écrit: «Le Christ a constitue l’Eglise sainte et source de sainteté, et tous ceux qui la prennent pour guide et maîtresse, doivent, par la volonté divine, tendre à la sainteté de vie.» «C’est la volonté de Dieu, dit St-Paul, que vous vous sanctifiez.» Quel genre de sainteté faut-il?  Le Seigneur le déclare lui-même ainsi: «Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait.» Que personne n’estime que cette invitation s’adresse à un petit nombre très (restreint) choisi, et qu’il est permis à tous les autres de rester dans un degré inférieur de vertu.  Cette loi oblige comme il est clair absolument tout le monde sans aucune exception!» Notre destinée au ciel.  Nous avons tous une seule et la même destinée à la vision béatifique en tant qu’hommes et en tant que chrétiens pas en tant que prêtres et religieux.  Or, c’est justement cette fin dernière qui exige que nous soyons saints de la sainteté de Dieu pour participer au bonheur de Dieu.  Donc tous les laïques sont tenus de tendre à la sainteté de toutes leurs forces en vue de la vision béatifique.  Ce n’est ni le sacerdoce ni la vie religieuse qui donnent cette vocation à certains hommes; c’est le fait d’être homme et chrétien!  C’est pour cela que Jésus et les apôtres n’ont absolument rien donné comme doctrine spéciale aux prêtres et aux religieux.  Seuls ils ont indiqués quelques moyens plus parfaits pour arriver au ciel comme nous allons le voir plus loin.

dans l’exécution elle est différente La Perfection est différente dans les moyens.  Dieu a établi différentes sortes de moyens pour arriver à la fin dernière: c’est là qu’on trouve de la différence entre les religieux et les laïques.  Les voeux rendent la pratique de la vertu plus parfaite; les conseils évangéliques sont plus parfaits.  Mais, parce que ces moyens sont plus parfaits en eux-mêmes que d’autres moyens, tout dépend de la façon de s’en servir.  Si on se contente d’avoir fait le voeu de pauvreté, par exemple, et que l’esprit soit aux choses du monde et qu’on pense toujours à améliorer sa condition en accaparant le plus possible de choses pour son confort, pour se satisfaire, on se fait illusion sur le mérite de son voeu; il ne vaut rien ou peu.  Combien de religieux vivent comme le riche qui festoyait tous les jours et qui était habillé de fin lin!  Leur voeu ne les sauvera pas des conséquences de leur vie de païens.  En tout Dieu ne regarde jamais les «in se» ou des états de perfections; il regarde l’esprit ou le coeur; il surveille notre amour.  Les religieux comme les laïques et les laïques comme les religieux doivent mépriser les biens de ce monde pour n’aimer que Dieu de tout leur coeur!  Voilà ce que Dieu surveille en nous, et non pas l’état dans lequel nous vivons, ou les moyens que nous avons choisis, c’est l’usage qu’on en fait.  Or, on a tellement vanté l’état religieux que les religieux pensent avoir en eux-mêmes tout ce qu’on dit de l’état!  Ce n’est pas vrai!  quoique ce devrait être ainsi.  Cessons donc de parler des états de perfection et parlons de la pratique de la perfection dans tous les états.  Peu importe l’état; c’est le coeur dans l’état que Dieu veut.  Supposons que tous les chrétiens soient tenus d’aller à Rome; L’intention de tous doit être la même: aller à Rome.  Les uns pourraient y aller en bateau, en train ou en avion.  On ne pourrait pas les classifier selon leur tendance vers Rome; elle est la même pour tous.  La seule différence serait dans les moyens employés pour s’y rendre.  Ainsi, nous devons jamais diviser les chrétiens entre ceux qui tendent à la perfection et ceux qui ne le font pas; c’est absurde et faux.  Mais parmi ceux qui doivent tendre à la perfection, les uns y vont avec les conseils évangéliques et les autres sans ces conseils.  Ne laissons plus les démons nous aiguiller à mettre la différence dans la tendance à la perfection.  Elle est absolument la même pour tout: homme en ce monde; ce n’est que dans les moyens qu’elle diffère.  Dans l’acquisition de fait, il est évident que tous les hommes de fait atteignent des degrés différents de perfection.  St-Paul les compare aux étoiles de différente splendeur; ainsi les élus seront différents dans les degrés acquis de la perfection.  Nous avons un bon exemple dans les mondains; ils sont insatiables de jouissance et de richesse, mais en attendant ils prennent ce qu’ils peuvent au jour le jour, mais en veulent toujours plus.  C’est ainsi qu’on agit quand on a mis son coeur en quelque chose… et les chrétiens doivent mettre leur coeur en Dieu seul, d’après le premier commandement.

Par conséquent tout ce qu’on dit des différents degrés de sainteté, d’humilité et des vertus en général ne doit jamais être pris comme objet de la volonté.  Elle doit tendre au plus parfait degré de toutes ces choses selon l’ordre de l’intention.  Si quelqu’un ne voulait que des degrés inférieurs, il pécherait contre le premier commandement.  De même pour les trois degrés d’humilité de S.  Ignace: C’est une division des degrés qu’on trouve de fait dans la vie de tout homme, mais personne ne doit se contenter de vouloir le premier ou le second seulement.  Il faut par sa destinée vouloir le plus parfait dans l’ordre de l’intention!  N’allons donc jamais prendre ce qui se fait dans l’ordre de l’exécution comme objet de la volonté.  Les prédicateurs ne devraient jamais prêcher selon ce qui se fait dans l’ordre des faits.  Combien voyant la tiédeur des fidèles, prêchent une spiritualité rabaissée à leur niveau; c’est les ancrer davantage dans leur paresse spirituelle.  Il faut demander tout ce qu’il y a de parfait comme objet de la volonté, mais en même temps leur montrer la différence entre cet ordre et celui de l’exécution, car ils pourraient se décourager.  Le démon va toujours profiter de la confusion de ces ceux ordres si on ne les tire pas au clair.  Même des prêtres se mélangent là.  Un jour l’un d’eux était choqué contre moi; il me dit: «Vous demandez la sainteté de Dieu, l’avez-vous vous-même?» Je lui répondis que cela n’était pas de ses affaires ni des miennes Mais que je devais vouloir cette sainteté comme tout le monde.  Il finit par comprendre le différent point de vue; de vouloir une chose et l’autre point de vue de le réaliser dans le concret.  Doctrine de S.  Thomas, 2a-2æ, q.  184: Je cite simplement la note 30e de la petite édition française.  «La perfection de la charité avec tous ses degrés et avec tous ses modes, le mode terrestre et le mode céleste, est donc de précepte pour tout le monde.  La charité ne nous est pas commandée jusqu’à un certain point seulement, le surplus n’étant que de conseil.  Entendez, ce qui est capital, la charité elle-même, la charité intérieure qui est un amour.  Non seulement elle est la fin des autres préceptes et des conseils, mais elle est notre fin à nous-mêmes, étant ce par quoi nous sommes unis à Dieu, notre perfection objective suprême.  Or, quand il s’agit de fin, il ne saurait y avoir de mesure à garder.  Et ici moins que jamais, ou il s’agit de fin suprême, et qui participe en quelque manière à l’unité de Dieu.  «Mais, c’est comme sa fin que la perfection de la charité tombe sous le précepte.  Ce n’est pas comme sa matière.  «Or, la matière du précepte de la charité, c’est la charité tout court, la charité quant à son essence ou à sa perfection essentielle, qui consiste à n’aimer rien contre Dieu, plus que Dieu ou autant que Dieu.  Celui qui possède cette perfection essentielle de la charité doit être tenu comme satisfaisant au précepte qui impose à tous la perfection totale de la charité comme fin à atteindre.  C’est précisément parce que tous les degrés et les modes de la charité tombent: sous le précepte comme fin que nul d’entre eux, à l’exception du moindre, n’est prescrit en particulier et dans ce moment-ci.  L’étendu du précepte fait sa souplesse.»

Appendice II.  Pour ne pas transgresser un précepte, il n’est pas nécessaire de l’observer avec toute la perfection possible.  D’où, par application à présente matière, ce lieu là ne transgresse pas le précepte de la charité parfaite, qui possède d’une manière quelconque, fut-ce à son moindre degré, la perfection de la charité, qui consiste à aimer Dieu par dessus toutes choses.  C’est cette perfection essentielle de la charité qui constitue la matière du précepte, tandis que la perfection totale de la charité en est la fin.  Celui-là transgresserait le précepte de la charité, qui satisfait de posséder la perfection essentielle de la charité, mépriserait ses degrés supérieurs et sa perfection totale.  Ce n’est pas assez de ne pas mépriser, «Double est la perfection de la charité.  Il y a la perfection externe de la charité, qui consiste en des actes extérieurs, signes des dispositions intérieures, par exemple, la virginité, la pauvreté volontaire.  A cette perfection-là, qui est la matière propre des conseils, tout le monde n’est pas obligé.  Mais il y a la perfection interne de la charité, qui consiste dans l’amour intérieur de Dieu et du prochain… Or cette perfection-là, si tout le monde n’est pas obligé de la posséder en acte, tout le monde est obligé d’y tendre.  En effet, si quelqu’un ne voulait pas aimer Dieu davantage il ne satisferait pas au précepte de la charité!  Est-on tenu au bien meilleur?  Il faut distinguer.  Le bien meilleur peut s’envisager comme matière d’action, ou comme objet d’amour.  L’on n’est pas tenu au bien meilleur sur le plan de l’action, mais on y est tenu sur le plan de l’amour.  La raison en est que toute règle d’action veut une matière déterminée et précise.  Or, si on était obligé d’accomplir le bien meilleur, on serait obligé à l’indéterminé.  Par contre, sur le plan de l’amour, on est obligé au bien meilleur dans toute l’étendue de ce bien.  Comme beaucoup de prêtres sont embrouillés sur cette question si claire dans St-Thomas.  Evidemment les démons sont là pour embrouiller les idées des prêtres.  Ainsi quand St-Thomas, parle du degré infini de la charité il parle dans l’ordre de l’exécution ou des faits.  Alors c’est évident que les degrés supérieurs dans l’ordre de l’exécution ne sont plus absolument nécessaires et peuvent être regardés comme de conseils ou libres d’une certaine façon.  Mais, personne n’a le droit de prêcher ce degré infini de charité comme une fin dernière ou comme l’unique objet de la volonté, ou encore de le transposer dans l’ordre de l’intention.  C’est là l’erreur d’une foule de prêtres et de religieux.  Ce sont ces ignorants qui sont les peureux dans la prédication!  Ils ont toujours peur de demander trop au peuple; ils prêchent une perfection médiocre, base même, et dès qu’ils entendent un autre prédicateur qui connaît sa matière, ils le taxent d’exagération.  Mais, ce n’est pas vrai!  Il prêche la perfection dans l’ordre de l’intention comme il doit le faire et donc sans limite ni degrés, ni conseil.  Mais, il est dénoncé quand même par une foule d’ignorants sur cette question… et souvent le nombre l’emporte sur la doctrine…!

Quand est-ce que les prêtres vont se mettre à étudier cette question si importante de la perfection?  Le nombre des ignorants dans cette matière est effarant!  Personne même quand il connaît bien la question, n’ose le prêcher dans toute sa vérité et dans toute son extension; il a une peur bleue d’être dénoncé, et de fait, il le serait très vite… et il y a assez de supérieurs embrouillés aussi ici pour le condamner.  Tous les prêtres et les religieux devraient connaître à fond cette perfection exigée par Jésus pour nous donner la vision béatifique.  C’est la sainteté de Dieu dans toute la force du mot; c’est la perfection de Dieu en personne!  Peut-on exagérer quand nous la prêchons au peuple?  Peut-on leur demander trop avec une telle fin dernière?  Comme il faut être aveugle ou ignorant pour se contenter d’une bonté humaine, d’une vertu naturelle, selon notre bon sens et notre volonté!  Que de prêtres et de religieux n’ont pas un idéal de perfection plus élevée que celle d’un païen!  Du moment qu’un chrétien garde la loi naturelle avec ses préceptes négatifs, les prêtres ne voient plus rien à lui demander et de fait ne demandent rien de plus.  Ils le comparent avec les pécheurs autour de lui et le trouvent fort supérieur aux impudiques, aux ivrognes et aux assassins: cela suffit!  Quel aveuglement!  Ils devraient le comparer non pas avec les démons ou avec les pécheurs, mais avec Dieu sa fin dernière!  Avec la Trinité!  Avec Jésus en personne!  Comme ils seraient alors plus exigeants!  Comme ils seraient plus zélés!  Comme ils travailleraient plus pour monter les âmes à ce haut degré de vertu: la sainteté de Dieu!  Quand est-ce que les prêtres et séculiers et réguliers vont-ils exiger la perfection des laïques?  Actuellement dès qu’on prêche l’amour concret de Dieu avec ses conséquences inévitables du mépris des plaisirs du monde et le renoncement à soi-même, on entend les fidèles regimber en disant: Ce prédicateur nous prend-il pour des religieux?  Il nous prêche comme à des Soeurs!  Il est fou….  Encore une fois c’est aux prêtres à faire cesser cet état d’esprit chez les fidèles.  C’est évident que nous devons tous prêcher comme à des religieuses et à des religieux.  C’est exactement ce qu’a fait Notre-Seigneur.  A part du célibat et de la pauvreté volontaire, il n’y a absolument rien dans la prédication de Jésus qui ne s’adresse qu’aux religieux.  Eh bien, les prêtres doivent donner la doctrine de Jésus au peuple et donc sans faire aucune distinction entre la perfection requise pour les laïques et celle des religieux et des prêtres.  Parfois un prêtre se risque à demander une grande perfection mais il le fait avec hésitation et comme en demandant pardon de son audace, confirmant ainsi les fidèles dans leur idée fausse que la perfection n’est que pour une élite ou pour des religieux.  Où sont les prêtres qui ont jamais exigé la perfection que St-Paul exigeait de ses fidèles?  Les prêtres laissent toute cette doctrine dormir dans les épîtres de St-Paul!  Quelle pitié que leur formation les éloigne de tout ce qu’il y a de plus solide et de plus efficace dans l’écriture sainte!  Dieu est amour et notre fin dernière est Dieu, donc c’est l’amour qui est notre fin dernière.  Eh bien, si on veut une preuve de tout ce qu’on a dit ici, qu’on essaie de parler de l’amour de Dieu à des prêtres ou à des religieux; cela ne les intéresse pas du tout!  Ils deviennent muets comme des carpes!  Ils vous fuient comme la peste!  Si on veut se débarrasser d’un prêtre qu’on lui parle de l’amour de Dieu ou de spiritualité et tout de suite il se découvre une affaire urgente qui le presse et il s’en va tout de suite!  A ceux qui seront scandalisés de ces remarques sévères pour les prêtres et pour les religieux comme pour bien des fidèles naturellement, qu’ils songent au tort que cette attitude mentale fait aux intérêts de Jésus et au salut des âmes.  Ils font un tort immense dans l’Eglise à cause de leur ignorance crasse de toute spiritualité et de leur insouciance conséquente pour les choses de Dieu.  Celui qui a un peu de coeur pour Jésus est plus sensible à ce tort qu’à leur petite réputation de païen qu’ils voudraient sauver.

La perfection de Dieu est la fin dernière de tout chrétien absolument et même de tout homme au monde…!  C’est elle qui doit actionner absolument toute l’activité humaine de tous les hommes sans exception!  C’est elle qui doit faire germer, alimenter et développer toutes les idées de l’homme et donc le conduire dans toute sa vie pratique et concrète… et tout le monde en a peur!  La masse l’ignore absolument!  Les prêtres n’y sont pas intéressés!  Les religieux guère plus et les fidèles encore moins évidemment!  Grand Dieu!  Quel aveuglement partout!  Comme les démons ont réussi à semer leur ivraie dans toute la formation religieuse des prêtres et des religieux pour aboutir à un si triste résultat!  Tout homme doit être tout aux choses de Dieu comme il le sera au ciel… et il est tout aux choses de la terre comme un païen authentique!  Il n’a pas même l’idée d’acquérir ou de tendre au moins vers la perfection de Dieu qui devrait orienter toute sa vie.  Mais où sont donc les successeurs des apôtres qui criaient à tout le monde sans exception qu’ils devaient être saints comme Dieu est saint et qui l’exigeaient dans toute leur prédication jusque dans les plus petits détails de la vie?  Qu’on lise les Epîtres avant de mourir, au moins une fois… je le dis pour les prêtres et les religieux surtout!  le cas du jeune homme riche.  Ce jeune honte riche, à son insu, a fait un tort immense dans l’Eglise; depuis des siècles qu’il sert de modèle aux religieux et de fondement à cette erreur que les religieux seuls sont appelés à la perfection.  C’est dans cette histoire que le démon a semé son ivraie pour faire dévier sa masse des prêtres et des religieux de la vraie doctrine de la sainteté chrétienne.  Il est grand temps de tirer cette histoire au clair et de montrer l’erreur qui s’est glissée là.  D’abord où est le conseil dans ce texte?  St-Thomas le dit; Il est seulement dans le: Va et vends tes biens!  Pour s’en détacher il n’était pas obligé strictement de les vendre, mais c’était le moyen le plus pratique pour s’en détacher et Jésus est pratique!  Eh bien, la plupart dans le clergé ont vu le conseil dans les premiers mots: Si tu veux être parfait!  C’est une erreur.  Ce «si» n’est pas du tout conditionnel, mais consécutif, comme lorsqu’il dit: Si tu veux entrer dans la vie, ou, si quelqu’un veut être mon disciple; qui dira que ce n’est qu’un conseil de vouloir entrer dans la vie ou de suivre Jésus?  Cela veut dire: puisque tu veux être parfait… Or dans le sermon sur la montagne Jésus a déjà dit à tous sans exception, comme le dit le Pape Pie XI: «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait!» C’est une obligation pour tout le monde; Jésus ne pouvait pas offrir cette perfection au jeune homme comme un conseil ou une chose libre.

On dit, ce jeune homme est sauvé puisqu’il observait les commandements.  D’abord quels sont ces commandements?  C’était un bon païen comme la plupart des Juifs, tout aux choses de ce monde et il se contentait d’observer les commandements de la loi naturelle.  Le premier commandement n est pas cité du tout.  C’est comme les prêtres de nos jours qui ont laissé tomber dans l’oubli pratique ce commandement.  Or dans le sermon sur la montagne Jésus dit: Si votre justice n’est pas plus grande que celle des scribes et des pharisiens vous n’entrerez point dans le royaume des cieux.  Eh bien les pharisiens observaient en général tous les commandements de la loi naturelle et selon l’esprit de la seule loi naturelle.  Est-ce que de nos jours dans le christianisme même les prêtres en général ne se contentent pas des préceptes négatifs de la loi chrétienne?  Comme ils sont rares ceux qui exigent l’amour de Dieu dans le concret avec son correspondant: mépris des choses créées.  Il ne faut pas être surpris que les prêtres de l’ancienne loi soient tombés dans cette erreur… Voici la plus grande objection à mon interprétation.  C’est que St-Paul aux Gal.  5-14 dit: Toute la loi est renfermée dans ce seul précepte: tu aimeras ton prochain comme toi-même.  Or Jésus cite ce commandement au jeune homme qui affirme l’avoir observé.  D’abord je réponds avec le P.  Prat et Fillion que dans ce texte il ne s’agit que de la loi de Moïse et donc interprétée selon l’esprit du temps qui était du naturel pur.  L’amour du prochain était naturel, ce n était pas l’amour surnaturel, exigé par Jésus qui va jusqu’à aimer ses ennemis pour l’amour de Dieu.  St-Jérôme dit qu’il mentait quand il disait aimer son prochain car il n’a pas voulu lui donner son bien ni même de son bien.  St-Basile lui demande comment est-il devenu si riche s’il aimait les autres comme luimême?  En tout cas il est bien certain qu il a préféré ses richesses à Dieu puisqu’il n’a pas voulu s’en départir quand Jésus le lui demanda.  Son amour du prochain donc ne pouvait pas être surnaturel, donc n’était pas pour Dieu et donc il ne pouvait pas être sauvé dans ces dispositions actuelles.  La preuve qu il n’aimait pas son prochain comme lui-même est qu’il n’a pas voulu distribuer ses biens aux pauvres quand Jésus le lui demande.  Il lui manquait donc l’amour surnaturel de Dieu et du prochain pour entrer au ciel.  C est ce que l’on trouve dans St-Marc, 10 et St.  Luc, 18, qui racontent tous les deux le même épisode du jeune homme riche.  Au lieu du «si tu veux être parfait» de St.  Mt., les deux autres ont: «il te manque encore une chose».  Après qu’il eut dit qu’il avait observé les commandements tels que cités par Jésus et qui étaient seuls ceux que le jeune homme devait observer, Jésus lui dit: «Il te manque encore une chose» et cela pour entrer dans la vie, car le jeune homme avait demandé que faut-il que je fasse pour entrer dans la vie éternelle.  Or justement ce que Jésus lui dit de faire lui donnerait l’amour et de Dieu et du prochain.  Il était évidemment attaché à ces biens, donc il n’aimait pas Dieu, car il préféra garder ses biens, ni le prochain puisqu’il ne voulait rien lui donner.

Les paroles de Jésus quand le jeune homme s’en va triste confirment cette interprétation, puisqu’il dit à ses Apôtres: Qu’il est difficile aux riches d’être sauvés, et un évangéliste dit: Qu’il est difficile pour ceux qui mettent leur confiance dans les richesses d’être sauvés.  C’était évidemment le cas du jeune homme en question.  S’il ne s’agissait pour lui que de la vie plus parfaite des religieux comme ceux-ci aiment à le croire, les paroles de Jésus n’ont plus de sens.  Jésus répète deux fois son: Qu’il est difficile aux riches d’être sauvés.  On pourrait lui répondre tout de suite: mais votre jeune homme est déjà sauvé d’après les religieux.  Si l’interprétation des religieux est vraie, Jésus aurait dû dire: Qu’il est difficile aux riches de se faire religieux!  et les Apôtres auraient dû ajouter: Qui peut donc devenir religieux?  Mais ils disent: qui peut donc être sauvé?  On apporte une objection enfantine: on dit: Jésus le regarda et l’aima!  donc il était sauvé… Ce n’est pas vrai nécessairement. 

St.  Jean dit: que Dieu nous aima de toute éternité.  Est-ce que tous sont sauvés?  Pas du tout.  Jésus aime les pécheurs, les païens et tous les hommes sur la terre même longtemps avant qu’il les appelle à la foi.  Il aima donc ce jeune homme quand il lui indique le moyen d’arriver au ciel: se détacher de ses biens pour aimer Dieu et son prochain.  On peut comparer un autre texte en St.  Luc, 10-25, quand un scribe pose la même question à Jésus: «Maître, que ferai- je pour posséder la vie éternelle?» Ici, c’est Jésus qui lui demande ce qui est écrit dans la loi.  Or le scribe cite seulement le premier commandement tel que donné dans le Deutéronome, 6: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces et de tout ton esprit et ton prochain comme toi-même».  Alors Jésus lui lit: «Fais cela et tu vivras.» Il ne lui manque aucune autre condition.  Or cet amour de Dieu exige le mépris des créatures et l’amour du prochain exige qu’on se dépouille en sa faveur.  On voit tout de suite que le jeune homme n’avait pas l’amour de Dieu ni du prochain qui donne la vie éternelle.  Le jeune homme ne pratiquait que les préceptes négatifs et l’amour du prochain on pourrait dire aussi négatif dans le sens qu’il ne lui faisait pas de tort, mais il n’allait pas à l’amour du prochain demandé dans la nouvelle loi par Jésus.  Tandis que le Scribe cite les deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain qui contiennent tous les préceptes négatifs, mais pas vice versa.  Donc ce jeune homme était un bon «païen» de mentalité qui avait mis son coeur dans les richesses et qui l’a gardé au moins dans sa façon d’agir avec Jésus.  En Luc, 11-33, Jésus dit: «Si quelqu’un ne renonce pas à tout ce qu’il possède, il ne peut être mon disciple.» Encore un «si» consécutif pas du tout conditionnel; le renoncement n’est pas une affaire de conseil, mais absolument nécessaire au salut.  Or il est évident que le jeune homme riche était attaché à ses biens puisqu’il n’a pas voulu s’en départir quand Jésus le lui demandait.  Donc, il n’était pas sauvé dans les dispositions qu’il avait à ce momentlà.  Eh bien!  qu’on nous laisse la paix avec ce fameux jeune «païen», modèle des religieux depuis des siècles: Deux évangélistes disent après qu’il a avoué avoir pratiqué les commandements cités par Jésus: il te manque encore une chose pour entrer dans la vie; c’est ce qu’il avait demandé.  Mais pourquoi Jésus ne lui a-t-il pas cité le premier commandement?  C’est qu’il le prend tel qu’il était dans sa vertu naturelle, qui était bonne de fait, mais insuffisante comme Jésus le lui insinue assez clairement en lui disant: Il te manque encore une chose.  On a un principe bien admis par tout le monde en exégèse, qu’on ne peut jamais faire contredire les évangélistes.  Eh bien, les deux: Il te manque encore une chose, de St-Luc et St-Marc, ne peuvent pas contredire le «Si tu veux être parfait» de St.  Mt., mais il signifie la même idée.  Or il est clair que ce jeune homme n’était pas sauvé avec cette parole de Jésus: il te manque encore une chose.  Et donc il n’était pas plus sauvé avec l’autre: Si tu veux être parfait.  Cette perfection dont il s’agit ne peut donc pas être la pratique des conseils évangéliques comme les religieux le prétendent, mais il s’agissait de la perfection divine qui consiste dans la charité de Dieu et du prochain, que ce jeune homme n’avait pas encore au degré voulu pour entrer dans le ciel.


Donc ce n’est pas vrai que le «Si tu veux être parfait» était une offre de la perfection religieuse de conseil.  Surveillons les sermons de prise d’habit et de voeux.  C’est là qu’on est exposé à parler selon cette idée fausse que la perfection est libre ou de conseil.  Qu’on n’oppose jamais la perfection des conseils à la vie des gens du monde.  Qu’on soit bien clair, que l’avantage de la religieuse n’est que dans le moyen plus parfait qu’elle prend.  Qu’on fasse bien attention de dire sans spécifier que Dieu l’a choisie pour la perfection tandis que ses soeurs et ses parents dans le monde ne seraient pas appelés à la perfection.  Ce ne serait pas vrai!  Qu’on ne fasse plus la bêtise de citer le «Si tu veux être parfait» comme s’il constituait un conseil de perfection: encore là ce n’est pas vrai!  Là n’est pas du tout le conseil ou un conseil; c’est une obligation absolument aussi stricte que possible pour tout homme sans aucune exception Le prédicateur peut dire que Dieu a choisi cette jeune fille pour être religieuse de préférence à bien d’autres qu’il laisse dans le monde, très bien; mais qu’il n’aille pas dire que Dieu l’a choisie pour la perfection de préférence aux autres.  C’est absolument faux!  Que le St-Esprit enfin ouvre les yeux spirituels des prêtres et surtout des religieux sur la vérité de cette question de perfection.  Je termine en répétant les paroles de St-Jean Chrysostome: «Ce qui a bouleversé le monde, c’est qu’on s’est imaginé que le moine seul est tenu à la perfection de la règle évangélique, mais que les autres peuvent vivre dans le relâchement.  Il n’en est point ainsi, certes non, il n’en est point ainsi.  «Nous sommes tous obligés à la même perfection…!»