« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

lundi 18 avril 2016

Thomas Chapais - Ultramontain (2) - 24 août 1889

24 août 1889

Notre confrère de la Presse revient à la charge à propos du mot ultramontain.
Vidons pour tout de bon l’incident. Et d’abord établissons nettement la position.

Le Canada publie un entrefilet où il est dit que l’épithète ultramontain constitue un affront pour celui à qui on l’applique.

Nous faisons observer que cette qualification, loin d’être une injure doit être considérée comme un terme  d’honneur, puisqu’elle « signifie union intime et absolue avec le siège de Rome. Il n’est pas un bon catholique ajoutions-nous, qui ne doive être ultramontain. »

Là-dessus, notre confrère de la Presse intervient pour nous redresser et nous éclairer. Il affirme qu’il n’y a plus d’ultramontains, qu’il ne doit plus y en avoir, et que maintenant « ce titre n’est plus un titre d’honneur pour les catholiques. »

Nous insistons, nous maintenons notre position, nous prouvons que, dans l’histoire religieuse contemporaine, ce qu’on a appelé l’ultramontanisme a joué un grand et glorieux rôle.

Peine inutile, notre confrère ne veut pas en avoir le démenti, et nous adresse des objurgations comme celles-ci :

« Nous demandons mille pardons à notre confrère, mais être catholique tout court, voilà le titre d’honneur auquel toutes les épithètes du monde de ne sauraient rien ajouter.
Croire ce que croit et enseigne la saint Eglise catholique, apostolique et romaine, cela suffit pour être du plus pur catholicisme.
Nous ne voyons pas pourquoi M. Chapais qualifierait son catholicisme autrement que le nôtre, si nous avons absolument la même foi. »

Notre confrère nous permettra de lui dire qu’il déplace la question. Nous ne qualifions pas notre catholicisme autrement que le sien. Nous tenons que tout enfant de l’Eglise doit être satisfait de s’appeler catholique, tout court. Mais notre confrère n’ignore pas sans doute que, dans l’application des principes et des doctrines catholiques aux temps et aux lieux, il peut se produire et il se produit des vues divergentes. C’est un fait historique indéniable. Or, dans une certaine période de notre siècle, ces vues divergentes se sont manifestées, spécialement en France, avec une grande vivacité, sous les noms de libéralisme-catholique, d’un côté, et d’ultramontanisme, de l’autre. Le Syllabus et le Concile du Vatican ont fait triompher l’ultramontanisme, c’est connu, et depuis ce temps tout bon catholique doit être ultramontain. Notre confrère comprend-il que nous ayons été indigné de voir le Canada se servir de ce mot comme d’un terme injurieux?

Si le directeur de la Presse n’admet pas la justesse de la démonstration et des définitions que nous venons de faire, nous pouvons lui fournir des autorités qui le satisferont peut-être davantage. Il connait sans doute Konings, le grand docteur, le grand auteur de théologie morale, fameux dans les écoles, dont les traités sont enseignés dans presque toute l’Amérique Septentrionale, et ont été récemment substitués à ceux de Gury par Son Eminence le Cardinal Taschereau dans ses grands séminaires. Voici ce qu’enseigne ce savant théologien :

« Graviter quis peccat contra fidem… interrogatus utrum sit Romanista aut Papista, responderet se non esse… Idem hodie post Syllabum et Decreta Concilii Vaticani dicendum videtur, si quis negaret se esse Ultramontanum.

Il pècherait gravement contre la foi celui qui, interrogé s’il est Romaniste ou Papiste, répondrait qu’il ne l’est pas. Aujourd’hui, après le Syllabus et les Décrets du Concile du Vatican, il nous parait qu’on doit en dire autant de celui qui nierait qu’ils est Ultramontain. Konings : Theol. Moral. S. Alphonsi compendium Tractatus de virtut : Cap. I, de Fide, art. I, Nos 254 et 251).


Voilà qui est péremptoire et positif. Voilà ce qui est enseigné dans nos grands séminaires. Il nous semble que notre manière de voir est désormais suffisamment étayée pour résister aux impertinences du Canada, et aux observations critiques de notre confrère de la Presse.

dimanche 17 avril 2016

Père Onésime Lacouture - 2-14 - La vie caché de Jésus


TREIZIÈME INSTRUCTION
LA VIE CACHÉE.

«Cependant l’Enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse et la grâce de Dieu était en Lui.» L.  2-40

«Il s’en alla ensuite avec eux et vint à Nazareth et il leur était soumis.» L.  2-51

«N’est-ce pas le fils du charpentier?» Mt.  13-55

Plan Son importance.  Vie de soumission.  (Obscur.  Vie de travail: (Consciencieux.  (Calme.  Vie de prière (Il s’améliore toujours.  Vie de progrès: (Il se sanctifie de plus en plus.  (Il rayonne le divin davantage.  

SON IMPORTANCE.  

Voici une instruction importante pour les excités et les affairés de tous les rangs de la société, qui se trémoussent dans cinquante affaires de toutes sortes, vont toujours à l’épouvante, chacun essayant de dépasser les autres en vitesse, ou en richesse, ou en plaisir.  Quel énervement chez les jeunes!  Comme ils ont de la peine à s’appliquer à l’étude, à leur travail ou aux choses de la religion.  La passion de la vanité emporte les foules comme des pailles au vent qui tourbillonnent dans le même cercle sans avancer nulle part.  C’est évident que ces gens cherchent leur bonheur dans les échantillons.  Comme ils n’ont pas été créés pour nous rendre heureux, ceux qui les recherchent sont justement comme des chiens qui courent la ville étant toujours affamés précisément parce qu’ils n’ont que des déchets pour se nourrir.  Puisque tant de gens sont toujours à la course des jouissances, c’est donc qu’ils ne sont contentés dans aucune.  Si nous voulons bien comprendre les leçons de Jésus, rappelons-nous que nous naissons tous avec deux amours: celui des créatures et de nous-mêmes.  Or il faut absolument vider le coeur de ces deux amours du créé pour que l’Incréé vienne prendre leur place dans notre coeur.  Tout ce que Jésus fait ou dit est pour détruire ces deux amours en nous.  Dans sa vie cachée il nous montre l’absolu mépris qu’il fait de ces deux amours: il les condamne donc tous les deux par sa conduite.  Jésus qui veut nous donner l’amour de Dieu pour remplacer les deux autres, va nous montrer en acte comment mépriser ces deux amours.  Il va donc mener une vie toute contraire de tous qui ont ces deux amours.  S’ils ne comprennent pas son plan, ils ne comprendront pas plus sa vie et il restera étranger pour eux, ils le fuiront toute leur vie.  En tout cas Jésus va mener une vie aussi loin que possible de l’amour des créatures et de l’amour de soi.  Il touche à peine aux créatures et à son humanité, mais il se jette de tout le poids de son âme vers les choses invisibles de son Père.  C’est en Dieu qu’est tout son coeur et tout son amour et pour ce monde il n’a que souverain mépris puisqu’il en prend le moins possible.  Cette vie mérite donc d’être étudiée dans le détail d’autant plus que nous devons essayer de toutes nos forces d’agir comme lui contre nos deux amours et pour celui de Dieu.  Quelle méditation pénible pour des gens tout aux choses du monde et pleins d’eux-mêmes!  Se voir en face de son modèle et de son Dieu qui méprise tout ce qu’on affectionne et qui affectionne tout ce qu’on méprise; c’est un coup terrible pour l’amour humain et l’on est prêt de s’en détourner avec horreur.  Aux yeux des païens c’est la vie la plus insignifiante au monde, au milieu de la pauvreté extrême, exerçant un métier juste pour gagner assez pour ne pas mourir de faim; il mène une vie retirée du monde, ne fréquentant pas les lieux d’amusements ni les places publiques ni les soirées bruyantes; enfin une vie à l’antipode de celles des gens du monde.

Tout de même c’est votre Dieu à tous!  Il vient nous enseigner le chemin du ciel, il doit le connaître!  Moins on le comprend et plus il me semble on devrait l’étudier.  Car c’est donc que nous sommes très loin de son bonheur si nous sommes très loin de sa vie.  Inutile de le persuader de prendre notre vie, c’est à nous à prendre la sienne avec ses idées et ses amours.  Accorder votre vie avec celle de Jésus, c’est l’unique moyen d’arriver au ciel pour ceux qui le connaissent.  Voyons le condamner nos deux amours naturels par le mépris qu’il en fait.  Qu’il méprise les échantillons, cela est évident par son extrême pauvreté volontaire, il ne veut rien prendre pour montrer qu’il n’a aucune affection pour ces échantillons.  Il abhorre les plaisirs de la terre, mettant tout son bonheur uniquement en Dieu comme il veut que nous fassions.  Ce point est trop clair pour qu’on insiste plus.  Voyons aussi comme il méprise la personnalité morale humaine: il agit en tout contrairement à l’amour-propre par sa soumission absolue à son Père dans son travail pénible et insignifiant et donc des plus humbles; tout est contraire à l’orgueil et à la fierté humaine.  C’est donc qu’il les condamne.  J’insiste sur ce renoncement à soi-même parce que les prêtres ne le donnent guère aux fidèles de nos jours.  Le démon a dirigé leur attention vers le péché et ils usent tout leur zèle là; il ne leur reste plus rien pour attaquer la personnalité morale du moi avec ses intérêts païens.

vie de soumission Après que Jésus eut dit qu’il devait être tout aux choses de son Père, l’Evangéliste ajoute: il descendit avec eux à Nazareth et il leur était soumis comme si toutes les choses de Dieu se résumaient dans la soumission à Dieu.  Dieu y tient énormément pour deux bonnes raisons: la première est parce qu’il est le Maître souverain de toutes les créatures et deuxièmement parce que le péché de nos premiers parents a été une désobéissance.  Alors Jésus en tant que créature doit obéir et pour réparer le péché d’Adam il doit obéir parfaitement pour redonner à son Père la gloire qu’Adam lui a refusée.  Pour ces raisons Jésus va obéir à son Père aussi parfaitement qu’il est possible de le faire en ce monde.

Avant de naître il fait dire par son prophète: «Voici que je viens pour faire votre volonté, ô mon Dieu».  Dans sa rencontre avec la Samaritaine il dit à ses Apôtres surpris de le voir refuser de manger: «J’ai une nourriture à manger que vous ne connaissez pas… ma nourriture est de faire la volonté de mon Père qui m’a envoyé et d’accomplir son oeuvre.» Ailleurs il dit qu’il ne fait jamais sa volonté, mais toujours celle de son Père.  Enfin il se fait obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix.  Obéir résume donc bien toute sa vie mortelle.  Or c’est la volonté de son Père qu’il obéisse à Marie et à Joseph pendant trente ans environ.  Ce n’est pas en maugréant, ni par contrainte, mais avec le plus grand respect, avec joie pour faire plaisir à son Père, et donc par amour.

Jésus dans cette vie d’obéissance réfute en acte toutes les objections que les chrétiens ont contre l’obéissance à leurs supérieurs.  A ceux qui les trouvent ignorants, il leur montre qu’il faut obéir quand même.  Il est dit que ses parents ne comprirent pas ce que Jésus leur dit et tout de suite l’Evangéliste ajoute qu’il leur était soumis!  Dieu ne dit pas d’obéir aux supérieurs pour leur science, mais uniquement parce qu’ils tiennent la place de Dieu.  Si on trouve que les supérieurs manquent de vertu, à Nazareth, c’est le plus parfait qui obéit aux deux autres infiniment inférieurs à lui en sainteté.  Là l’obéissance est en raison inverse de la sainteté.  C’est Joseph le moins parfait des trois qui commande aux deux autres.  Si on trouve qu’ils demandent des choses insignifiantes, elles ne peuvent pas l’être plus que ce que Joseph demandait à Jésus dans leur petit atelier.  St-Ignace avait bien médité sur l’obéissance de Jésus à Marie et à Joseph quand il dit que ce n’est pas parce que le supérieur est bon et sage qu’il faut lui obéir, mais uniquement parce qu’il tient la place de Dieu.

Quel dommage que tous les supérieurs et tous les directeurs spirituels et tous ceux qui sont chargés de la formation de la jeunesse n’aient pas compris le seul motif de l’obéissance: Dieu!  Ils cesseraient de nous rabâcher si souvent que nous devons obéir à nos supérieurs qui sont si bons et si sages.  Ce n’est pas vrai qu’on doit obéir pour leurs vertus de toutes sortes, mais uniquement parce que Dieu le veut!  Toutes les impatiences, les murmures et les colères des inférieurs dans l’obéissance viennent justement de ce que on les a formés à obéir pour les qualités des supérieurs; alors dès qu’ils constatent des défauts chez les supérieurs ils ne veulent plus leur obéir ou ils le font en maugréant.  Si on leur avait mis les points sur les i en les formant, ils n’auraient pas ces prétextes pour maugréer contre l’obéissance.  Les supérieurs majeurs ont aussi leur responsabilité, ils introduisent leur nouveau supérieur en insistant qu’ils ont choisi un homme de bon sens et un homme très instruit, un vrai savant, un as de première valeur!  C’est du pur paganisme!  Pour casser les inférieurs, Dieu va être obligé de faire faire à son savant des bêtises comme des injustices et des cruautés… et alors comment les inférieurs vont-ils prendre ces choses quand on leur a dit que ce serait tout le contraire?   Ils sont scandalisés et aigris et concluent que c’est ce supérieur qui n’est pas à sa place et qu’on les a trompés en le vantant ainsi.  Quand on installe un supérieur quelconque, on devrait simplement dire: Voici l’homme que Dieu a choisi pour se faire représenter au milieu de vous; vous obéissez à Dieu en lui obéissant.  Cela suffit.  Pas un mot pour vanter ses qualités naturelles, qui n’entrent pas du tout en ligne de compte dans l’obéissance.  Tous ceux donc qui se plaignent dans l’obéissance ou qui ne veulent pas obéir montrent qu’ils s’arrêtent à quelque chose d’humain dans les supérieurs.  Quand on ne voit que Dieu, comme tout chrétien doit faire, on obéit joyeusement.  C’est surtout dans cette vertu qu’on se renonce soi-même, qu’on met de côté son jugement et sa volonté.  L’obéissance est orientée justement pour contrarier la personnalité morale, composée du jugement et de la volonté… et que tout homme estime tant par nature.  Qu’on ne dise donc pas que les supérieurs sont choisis pour sauvegarder ces deux éléments essentiels du moi.  C’est tout le contraire; dans la pensée de Dieu, c’est dans l’obéissance qu’il tue notre païen moral, il faut donc le dire aux inférieurs, qu’ils auront toujours à souffrir dans l’obéissance, qui est orientée par Dieu pour massacrer le païen.  Qu’on cesse de dire que les supérieurs sont là pour sauvegarder le païen; ce n’est pas vrai!  Ils sont choisis pour le contrarier!  Il ne faut pas conclure que les supérieurs le font exprès, ce n’est pas ce qu’on dit, mais ils sont les instruments aveugles dans les mains de Dieu; ils ne savent donc pas ce qu’ils font!  Il suffit que les inférieurs le sachent… en partie au moins.  C’est dommage que les supérieurs ne connaissent pas cette doctrine du point de vue de Dieu.  Parce qu’ils n’ont pas conscience de leurs bêtises ou de leur injustice, ils donnent le côté païen de l’obéissance: que les supérieurs seront bons et sages.  Cela n’est pas vrai selon le point de vue de Dieu, qui veut le massacre du païen par le moyen aveugle des supérieurs.  Tout supérieur qui a une once de sagesse divine devrait savoir que les inférieurs doivent se renoncer et ils ne feront pas cela quand ils trouvent leur supérieur bon et sage, mais quand ils le trouvent méchant et bête… et comme les inférieurs ont le païen dur, il faut que ces exercices soient fréquents!

VIE DE TRAVAIL.

Sa soumission que nous venons de méditer contre toute son activité, mais pour mieux nous en pénétrer le cœur, il est bon de descendre dans le détail de sa vie.  Dieu a condamné l’homme à gagner son pain à la sueur de son front, il faut que Jésus obéisse à cette parole parfaitement.  Aussi il se soumet à un travail ingrat et juste pour gagner son pain de chaque jour.  Le psaume 67, 16 dit de lui: «Je suis pauvre et dans la misère depuis ma jeunesse.» L’Ecriture est très sobre sur ces trente ans de la vie cachée précisément pour mieux attirer notre attention sur ce qu’elle en donne.  Il était le fils du charpentier Joseph, disait le monde.  C’est donc le métier qu’il a exercé avant sa vie publique.  Examinons un peu ce travail avec quelques caractères.  Ce travail est des plus… Obscur de plusieurs façons.  Il est menuisier dans un pays où il y a très peu d’objets de bois.  Les maisons sont faites de pierre ou de briques cuites au soleil, sans plancher, sans lits, sans table, sans chaises et sans meubles; tout se fait à terre.  Il y a des jougs, des manches de haches et d’instruments de ce genre.  Il y a des charrettes… Quel travail insignifiant!  Il recevait quelques pauvres sous par jour.  Puis ces objets ne demandaient aucune intelligence, aucune habileté; on ne peut rien imaginer de plus obscur.  Il n’y avait absolument rien là pour captiver le coeur et donc aucun motif naturel.  Jésus montre comme il méprise toutes les tendances de la nature et tout amour de soi.  Il ne peut y avoir aucune gloire pour celui qui exerce un si pauvre métier, ni aucune consolation humaine; le champ était libre pour les motifs surnaturels.  Il n’y avait donc là rien pour captiver l’intelligence ni le cœur de sorte que ces deux facultés pouvaient s’occuper constamment des choses de Dieu.  Un fait qui prouve bien qu’il est resté dans l’obscurité pendant sa vie cachée se trouve dans la surprise des Juifs de le voir faire des miracles; ils disaient: N’est-ce pas là le fils du charpentier?  voulant dire: qu’est-ce qui peut sortir de bon de là?  En choisissant tout ce qui est le plus obscur au monde comme métier à cause des circonstances dans lesquelles il était exercé alors, Jésus nous montre bien que l’emploi ou la matière de notre travail ne comptent pas devant Dieu au point de vue de la sainteté; c’est l’intention ou les motifs que Dieu regarde parce que ce sont les motifs qui manifestent l’amour et c’est ce que Dieu regarde en ce que nous faisons.  Le monde juge selon ce qui est visible, mais Dieu selon ce qui est invisible et qui sort du cœur.  Nous ne devrions donc jamais mépriser des gens parce qu’ils font un travail pauvre ou humiliant.  Si leurs motifs sont surnaturels, ils sont très grands devant Dieu.  Consciencieux.  En tant qu’homme il travaille pour Dieu uniquement et par conséquent il travaille consciencieusement, faisant de son mieux selon les circonstances et les coutumes du pays, s’adaptant aux exigences des personnes pour lesquelles il travaille, essayant de plaire à ses clients souvent grincheux et malcommodes.

On peut connaître ses sentiments par la doctrine que son grand disciple donne au monde.  St-Paul écrit aux Colossiens, 3: «Serviteurs obéissez à vos maîtres selon la chair non pas à l’oeil comme pour plaire aux hommes, mais avec simplicité de cœur, dans la charité du Seigneur.» Crainte filiale évidemment et pleine d’amour pour Dieu.  On peut être sûr que Jésus pratiquait cette doctrine surnaturelle à la perfection.  Tout chrétien devrait travailler ainsi en esprit de foi pour l’amour de Dieu.  Si tous étaient consciencieux, la question du chômage serait vite réglée.  Beaucoup de riches n’exploitent pas leurs terres ou ne font pas de nouvelles constructions à cause de la difficulté de trouver des ouvriers honnêtes.  Les ouvriers consciencieux ont toujours de l’ouvrage; c’est à qui les engagerait parce qu’on est sûr qu’ils vont donner un bon rendement et que leur travail ne coûtera pas trop cher.  En général, si on engage un homme, il faut en avoir un autre pour le surveiller et moins ils travaillent et plus ils demandent cher.  J’ai vu de mes yeux 1500 ouvriers, recevant 40 sous de l’heure pour travailler à la rue Papineau, à côté du noviciat du Sault-au-Récollet et passant des deux ou trois heures assis.  C’est un vol en règle!  Or la plupart étaient des catholiques.  C’est une honte d’être aussi malhonnêtes quand même ils travaillent pour la ville ou pour le gouvernement.  Si le journalier a droit à son salaire, le patron a droit à son travail et l’ouvrier doit le lui donner.

Si nos campagnards avaient plus d’esprit de foi, ils aimeraient à rester sur leurs terres où ils peuvent vivre une bonne vie chrétienne, ayant assez pour vivre et bien servir le bon Dieu.  Mais quand l’amour des plaisirs les prend, ils viennent en ville pour faire plus d’argent, pas pour mieux servir Dieu, mais pour jouir plus de ses échantillons.  Ils finissent par encombrer les villes et alors c’est le problème du chômage qui se présente pour un grand nombre.  Des gens qui veulent travailler en esprit de foi trouvent de quoi vivre convenablement sur une terre ordinaire, mais s’ils veulent mener une grande vie pour jouir le plus possible, alors, c’est impossible.  Combien de cultivateurs ont fait banqueroute sur leur terre, parce qu’ils venaient souvent en ville en pleines autos pour aller au théâtre et aux sports et s’habillaient comme des millionnaires.  Ces gens n’ont jamais médité sur le travail de Jésus pendant trente ans.

Mais tous ces gens marchent selon la philosophie de la religion que les prêtres leur donnent.  Ils n’ont dans la tête que le souci d’éviter le péché; or ces extravagances ne sont pas des péchés «en soi», alors les gens les font sans scrupules.  Tandis que si on donnait la vraie théologie des créatures-fumier de St Paul, les fidèles seraient satisfaits de moins et ils serviraient Dieu beaucoup mieux.

TRAVAIL CALME.

Ce paragraphe n’est pas pour les paresseux qui prennent déjà les choses trop aisément.  Mais il s’agit de cette sérénité d’âme que Jésus gardait dans l’intérieur de son âme malgré les contrariétés ordinaires de toutes sortes quand on travaille pour les autres.  Son dur travail ne le décourageait pas ni ne l’aigrissait comme il arrive souvent pour ceux qui ne voient pas Dieu dans leur travail.  Jésus ne s’énerve de rien parce qu’il fait tout pour Dieu et les contrariétés sont dans l’ordre naturel.  Ceux qui s’excitent marchent ordinairement par des motifs humains; là tout change comme le vent; ce qui bouleverse les humeurs vient de la sensibilité et donc de l’animal.  Quand le cœur est dans ces choses de la terre il ressent tous les contrecoups de ce qui contrarie la sensibilité.  Mais celui qui vit dans les régions de la foi n’est pas affecté par les vicissitudes des choses créées, il domine toutes les causes d’énervement, d’impatience et de colère.  La foi laisse les nerfs bien tranquilles!

C’est sûrement un truc du démon de nous jeter dans tant d’affaires que nous n’ayons pas le temps de cultiver l’union avec Dieu dans notre travail.  Nous sommes si pris par tant de ces choses à la fois que l’esprit est tout absorbé par elles et il ne trouve plus de temps pour s’occuper de Dieu.  Les exercices spirituels sont éliminés de la vie graduellement qui se paganise de plus en plus avec des résultats désastreux pour l’âme.  Même quand ils vont à l’église on les remarque à leur air agité, ils surveillent les fidèles, mais ne prient pas ou mal et ne savent pas s’unir à Dieu dans un véritable recueillement.  Beaucoup de prêtres et de religieux sont exposés à se surcharger de travaux et de courses qui ne sont pas toujours pour la plus grande gloire de Dieu ni entreprises pour des motifs surnaturels.  Ils suffisent pour faire éliminer le surnaturel de la vie; ce sont les épines qui étouffent la parole de Dieu dans leur coeur.  Ils cultivent leur amour naturel pour les créatures au lieu de s’en défaire.  L’amour de Dieu reste en dehors du coeur dans la même mesure.  Ce sont nos deux amours naturels qui nous énervent; nous avons peur de perdre quelque chose de créé ou de nos intérêts, protégés par notre amour-propre.  Toutes les croix viennent de ces deux côtés.  Quand on souffre c’est Dieu qui veut nous enlever ces deux amours afin de mettre le sien à la place.  Dès que quelque chose nous aigrit, pensons que Dieu attaque en nous nos deux amours, pires ennemis de l’amour de Dieu.  Si nous voulons aimer Dieu nous cesserons de regarder les contrariétés ou la souffrance comme un mal, mais comme un grand bien même en sentant la douleur dans le corps ou dans l’âme.  Le calme vient de cette connaissance et de l’amour de Dieu.  Demandons à Jésus de nous donner la grâce de pratiquer cet esprit de foi, afin de rester calmes dans les travaux et dans les traverses de la vie.  Qu’on se surveille dans les corvées à l’approche des fêtes ou à l’occasion de la visite d’un grand personnage ou dans des travaux de construction, quand tout va mal.  La fatigue aidant, on est porté à s’énerver.  Au fond on a peur d’avoir un fiasco et des reproches; c’est de l’amour propre; c’est lui justement que Dieu vient détruire en envoyant ces échecs ou ces humiliations.

VIE DE PRIÈRE.

En St.  Luc, 18-1, Jésus dit qu’il faut toujours prier et ne jamais cesser de prier.  Il est certain qu’il l’a pratiqué avant de le prêcher.  Pour prier ainsi il faut avoir le cœur sur une idée et y tenir ferme.  Comme il dit qu’il est tout aux choses de son

Père, on peut conclure que tout son être était tourné de ce côté, qu’il les voulait de toutes les forces de son être et que cette détermination actionnait tous les désirs de son cœur.  C’est la fin dernière bien comprise et parfaitement voulue qui peut diriger toute l’activité d’une personne vers un but bien déterminé.  Jésus voyait la vanité des biens de ce monde et l’absolue perfection et nécessité des biens célestes; alors il les demandait constamment; c’était le cri de sa nature, le cri de son amour et le cri de tout son être dans tous les instants de sa vie.  Nous pouvons nous faire une idée de cette tendance intime de l’âme vers les choses divines par celles des mondains pour les choses terrestres; ils y pensent jour et nuit, ils les recherchent constamment, ils en parlent à tout venant; tous leurs sens, toutes leurs passions, toute leur attention sont dirigées vers les plaisirs des échantillons.  Combien plus peut-on faire tout cela pour les choses de Dieu quand on les comprend.  Si Dieu nous défend de nous affectionner aux créatures, et cependant les hommes les veulent comme des fous, combien pouvons-nous nous affectionner aux choses divines lorsque Dieu nous commande de ne vivre que pour elles.  «N’aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde; si quelqu’un aime le monde la charité du Père n’est pas en lui.» Pour nous affectionner aux choses créées nous avons Dieu contre nous; pour nous affectionner aux choses incréées nous avons Dieu pour nous; c’est donc plus facile de nous donner tout à Dieu qu’au monde, du moment que nous comptons sur la grâce de Dieu.  Le bonheur est d’autant plus grand que les choses divines sont au-dessus des choses humaines.  Quand on les comprend on peut donc se porter vers elles avec incomparablement plus de contentement que vers les autres.  On sait que c’est l’animal en nous qui recherche des satisfactions sensibles dans les choses matérielles; c’est pourquoi lorsque le corps est fatigué par un dur labeur, il n’a pas la force de rechercher ces plaisirs de sorte qu’il laisse l’âme plus libre de s’occuper des choses divines.  Ainsi il est dit que lorsque les Israélites étaient opprimés par les Pharaons, ils avaient le nom de Dieu sur les lèvres la plupart du temps; mais dans le désert quand Dieu leur donnait tout sans travail de leur part, ils murmuraient constamment contre Dieu.  Ces travaux pénibles sont donc bons pour développer l’esprit de prière.  N’oublions pas que pour désirer les choses divines, il faut semer celles de la terre; ce n’est que lorsque le cultivateur a fait ses semailles qu’il vit pour sa récolte.  Celui donc qui garde et qui jouit de son «grain» ne pense pas à sa récolte.  Voilà pourquoi tant de chrétiens n’ont pas l’esprit de prière; ils sont satisfaits des échantillons, comment peuvent-ils vouloir les choses divines qui en sont la récolte?  La seule bonne façon donc de développer l’esprit de prière c’est de faire des sacrifices.  Comme Jésus avait sacrifié absolument toutes les choses de ce monde, on voit combien son esprit devait être tout aux choses de Dieu.  Voilà donc notre modèle de prière.  Mais que pouvait bien demander Jésus à l’année?  Il venait pour racheter le monde et satisfaire son Père; voilà le thème ordinaire de ses prières.  C’est ce que l’on trouve dans l’Ancien Testament.  Ce que le St-Esprit a inspiré aux prophètes et aux saints de l’Ancien Testament sont les cris d’espérance et d’amour pour le Messie, afin d’avoir le salut éternel au ciel.  Quand le Verbe a pris sur lui cette humanité déchue il a épousé aussi ses désirs de salut et de gloire de Dieu.  Les prières des prophètes et des saints ne sont que l’écho des prières de sa propre humanité.

Les psaumes sont un cri général et profond du cœur humain pour appeler la miséricorde divine sur les hommes, c’est un aveu de la misère humaine sans Dieu, ce sont des arguments pour attirer la pitié de Dieu sur l’humanité, avec des promesses de glorifier Dieu une fois qu’elle sera pardonnée et sanctifiée.  Le miserere mei deus secundum misericordiam tuam, Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon votre miséricorde, est le résumé de cette prière de l’Ancien Testament… Voilà donc aussi pour nous le thème ordinaire de ce que nous devrions demander par nos prières.  Cette idée est la clef pour s’affectionner à l’esprit de L’A. T. et montre en même temps l’utilité extrême non seulement pour les prêtres dans leur bréviaire, mais pour les fidèles dans la lecture des psaumes de s’en inspirer pour mieux prier comme les prophètes.  Tant que nous ne serons pas au ciel, nous sommes dans le même cas que les Juifs de l’A.T., nous avons besoin d’être rachetés personnellement, c’est-à-dire, chacun a besoin que Dieu lui applique les mérites de Jésus.  Nous l’obtiendrons par les mêmes sortes de prières que les Justes de l’A.T. faisaient pour la venue du Messie.  Ce sont les mêmes conditions pour sa venue mystique par sa grâce que pour sa venue réelle dans le monde.  Les laïques devraient donc être initiés aux psaumes et aux prophètes par les prêtres.  Quelle belle chance d’avoir des leçons d’Ecriture sainte soit le dimanche après-midi ou quelque soir dans la semaine!  Voilà un champ d’apostolat ouvert à tout prêtre.  Ce serait mieux que de suivre des parties à la radio ou en personne!  Que les fidèles apprennent par cœur les psaumes les mieux adaptés à leur état d’âme ou à leurs besoins individuels.

Mais il ne faut pas toujours rester dans le désir d’être pardonné, il faut aussi et plus souvent encore supplier Dieu de nous faire participer à son activité trinitaire en passant par la vie de Jésus.  Qu’on lui demande de vivre uniquement de foi, d’espérance et de charité avec toutes les conditions voulues pour cela selon les exigences de ce monde divin et avec tous les sacrifices du païen que cette vie divine exige en chacun de nous.  Rappelons-nous que nous ne pouvons pas avancer dans le divin sans perdre l’humain; donc chaque pas vers Dieu exige le sacrifice de quelque plaisir humain; Voilà ce qu’il faut demander à Dieu constamment.  Nous voulons sortir du péché pour pouvoir entrer en partage avec l’activité trinitaire en Jésus.

Tous ceux qui vivent près des églises ou chapelles devraient prendre l’habitude d’aller faire une heure d’adoration devant le T.S.  Sacrement pour apprendre à mieux se détacher des échantillons, pour montrer aussi qu’ils préfèrent Jésus à tout au monde.  Nous passerons l’éternité avec lui, il faut bien s’exercer dans la foi avant, car nous l’aurons dans la gloire qu’en proportion qu’il a fait notre bonheur dans la foi.  S’il nous ennuie dans la foi, si nous le fuyons là, nous serons immédiatement loin de lui dans l’autre monde.  Même si nous sommes au ciel, il sera voilé pour nous comme il l’a été dans la foi.  Il se compare au soleil, or même quand le soleil est au-dessus de l’horizon.  Il en sera ainsi dans l’autre monde, même au ciel.  C’est la foi à l’heure de la mort avec la charité divine qui sera notre œil pour voir Dieu.  Or cet œil est plus ou moins clair selon notre degré de foi et de charité.  Hâtons-nous donc de le développer le plus possible par la pratique de l’amour de Jésus à travers la foi en l’Eucharistie.

VIE DE PROGRÈS.

«Et Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes.» Son humanité quoique unie à l’infinie perfection de Dieu n’était pas infinie «en soi».  En tant qu’homme Jésus pouvait et devait progresser en sainteté, car son humanité pouvait mériter; alors à mesure qu’il peinait dans cette vie dure pour lui, il acquérait de nouveaux mérites comme il en a acquis durant sa passion.  Comme il faisait absolument avec la dernière perfection ses actes, ses mérites augmentaient constamment.  C’était sa croissance en grâce.  Mais à mesure qu’il augmentait en divin dans son humanité, il augmentait aussi en goût de divin; il jouissait de plus en plus de la divinité à mesure qu’il grandissait; c’était sa croissance en sagesse.

Il s’améliorait toujours selon sa parabole qu’il donnera plus tard au sujet des talents.  Il est donc certain qu’il a développé tous les dons que la divinité lui a donnés, chacun selon sa nature.  Il les faisait valoir selon les exigences de sa fin dernière au ciel, mais non dans la direction des créatures, puisqu’il veut que nous nous en éloignions le plus possible.  C’est pour cela que les gens du monde et ceux qui en ont son esprit n’ont pas été frappés par ce progrès de Jésus qui s’est fait en sens inverse du leur.  Il n’a pas progressé dans l’acquisition des richesses ni des honneurs ni les satisfactions selon les idées du monde, l’Evangile dit: Il croissait en sagesse et en grâce, deux choses invisibles aux sens.  Il se préparait de mieux en mieux pour l’œuvre que Dieu lui avait donnée de faire.

Tout chrétien devrait avoir à cœur de s’améliorer de plus en plus dans tous les talents que Dieu lui a donnés, mais selon sa fin dernière et donc pour le salut de son âme et pour la gloire de Dieu.  C’est donc par l’orientation de son travail ou de ses devoirs qu’un chrétien doit progresser toujours.  Il doit faire toujours mieux en proportion qu’il connaît mieux Dieu et les exigences de sa fin dernière.  Donnons des exemples parce que cette doctrine est très pratique.  Commençons par les jeunes.  Les élèves des écoles, des couvents, des collèges et des Universités devraient étudier consciencieusement et de mieux en mieux à mesure qu’ils se développent et qu’ils avancent en âge.  Chacun devrait dire: Je ne sais pas ce que Dieu me destine, mais je vais me préparer le mieux possible pour tout ce qui peut venir de Dieu et mieux remplir le devoir qu’il m’imposera un jour.  Tous devraient étudier uniquement pour Dieu, alors faire le mieux possible.  Quand un élève donne un devoir mal fait, le professeur devrait lui dire que ce devoir pourrait faire pour un homme, mais que c’est une insulte que d’offrir un devoir aussi mal fait à Dieu.  De même pour les leçons qu’ils doivent apprendre: C’est pour Dieu qu’ils doivent apprendre leurs leçons et donc s’y mettre sérieusement.  Mais que voit-on?  Du paganisme du côté des maîtres qui n’enseignent pas aux élèves à travailler pour Dieu et des élèves qui font le moins possible sans aucun égard pour les exigences de leur foi.  Ils ne travaillent pas du tout pour Dieu ou très rarement.  On le voit à leur paresse habituelle, à leurs excuses de toutes sortes pour ne pas étudier, à leurs murmures continuels contre les tâches assignées.  Ils sont passifs et subissent l’enseignement des maîtres.  On ne voit presque pas d’entrain, ni de joie dans le travail.  Leur coeur est ailleurs dans les plaisirs des sens.  De même les journaliers, les cultivateurs, les hommes d’affaires etc.  Comme ils sont rares ceux qui se développent dans leur ligne pour plaire à Dieu et pour leur salut éternel!  Combien marchent à l’aveugle comme des moutons pour faire comme les autres.  Comme ils pourraient améliorer le rendement de leurs terres en s’instruisant plus sur les moyens de mieux cultiver.  Ils devraient prendre leurs loisirs pour étudier les choses de la religion, augmenter la pratique des bonnes oeuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, fréquenter les sacrements plus souvent, prier plus, etc.  Cette nécessité de s’améliorer est urgente aussi pour les prêtres et les religieux.  Combien n’étudient plus les choses de Dieu une fois sortis du Séminaire ou du Scolasticat!  Aussi ils ennuient les fidèles avec des histoires plus ou moins profanes et une doctrine qui sent le vide de leur tête et de leur cœur.  Combien voient l’embêtement qu’il cause aux fidèles dans leurs sermons et ils ne s’ingénient pas à les rendre plus solides et plus intéressants.  Il se sanctifie de plus en plus.

«Il croissait en grâce.» C’est se sanctifier que de recevoir continuellement du divin; voilà ce que l’humanité de Jésus faisait; elle s’unissait tellement à la divinité qu’elle en recevait de plus en plus.  Cela veut dire aussi qu’à mesure qu’il grandissait en âge, il manifestait plus de vertu solide et virile.  Est-ce le cas des prêtres et des religieux?  Sûrement non en général et la preuve est dans ce fait que dans toutes les communautés et les séminaires en grande partie on défend le contact entre les profès et les novices, afin de protéger les novices contre l’influence délétère des profès!  Un vieux religieux pourrait refroidir la ferveur d’un frais-arrivé en communauté!  Quel triste état de choses!  Comme c’est une preuve que la formation religieuse est tronquée et fausse!  On voit des jeunes prêtres faire leur méditation pendant quelque temps, puis ensuite ils ne prient plus comme la plupart des anciens.  C’est justement le contraire de ce que faisait Jésus. 

Combien de religieux observent moins bien la règle en vieillissant?  Ils s’en vont dans la direction opposée à Jésus.  Pour les fidèles ils devraient croître en grâce en vivant plus de foi à mesure qu’ils avancent en âge, juger les choses selon l’enseignement surnaturel de l’Evangile, être plus patients dans les croix, s’affectionner davantage à la folie de la croix et au mépris des plaisirs du monde, fréquenter moins les théâtres, les vues animées, les sports, etc.  et augmenter leurs exercices spirituels de toutes sortes.  Qu’ils cessent de se disputer, de s’impatienter et de se mettre en colère!  Qu’ils bénissent Dieu de plus en plus dans les épreuves et qu’ils pensent de plus en plus à leur récolte céleste!  Les pauvres devraient rechercher d’autant plus les biens du ciel qu’ils n’ont pas ceux de la terre; ils entreraient ainsi dans l’intention divine en les faisant pauvre.  Mais comme ils sont rares ceux qui pratiquent mieux la religion!  Cela ne coûte rien d’aller à la messe, d’y faire la sainte communion, de faire des chemins de croix et de dire le chapelet en famille, etc.  Dieu dit qu’il nous donnera la même mesure que nous lui donnons.  Si on est chiche pour lui, il le sera pour nous.  Cela ne coûte rien de fermer la bouche au lieu de sacrer, de se plaindre de la Providence.  Si les pauvres étaient plus reconnaissants de ce que Dieu fait pour eux, il leur donnerait plus de biens.  Il rayonne le divin davantage.  «Il croissait en sagesse.» Cette vertu donne le goût des choses divines.  Où sont les chrétiens qui montrent plus de goût pour les choses divines en vieillissant?  qui vont à la messe plus souvent sur semaine, qui communient tous les jours ou aussi souvent que possible, qui lisent la Bible, les livres spirituels?  A quoi rêvent-ils dans leurs loisirs?  C’est un bon moyen de savoir où se trouve notre amour.  Sont-ils nombreux ceux qui ont hâte de mourir pour être plus vite avec Dieu?


Quand on cause avec d’autres qui parlent de leur abondance du cœur et donc des échantillons, nous devrions les aiguiller sur les choses de Dieu.  Ils reviennent aux échantillons, nous revenons aux choses de Dieu, et il faut être aussi effronté pour parler de Dieu qu’ils le sont pour parler des rivaux du bon Dieu.  Comme ils sont habiles et tenaces pour tenir des conversations toutes profanes et nous ne le serions pas pour tenir des conversations spirituelles?  Le zèle est le rayonnement du feu qui brûle dans le coeur et le zèle se manifeste par la langue, par la prédication et par les conversations.  Elle montre ce qui fait l’amour du coeur: si on est pour les créatures ou pour le Créateur.  Comme tous les chrétiens dans tous les rangs de la société ont besoin de cette méditation sur la vie cachée de Jésus!…

samedi 16 avril 2016

Thomas Chapais - Ultramontain - 15 août 1889

ULTRAMONTAIN

15 août 1889

Après avoir reproduit notre entrefilet à l’adresse du Canada relativement au mot ultramontain[i], la Presse publie les lignes suivantes :

« Avec toute la réserve que nous devons à un journaliste distingué comme M. Chapais[ii], nous nous permettrons de lui faire remarquer que le titre d’ultramontain n’est plus aujourd’hui un titre d’honneur pour les catholiques; au contraire, c’est un mot de division et de dispute. Il n’y a plus d’ultramontains et il ne doit plus y en avoir pour l’excellente raison que l’on est catholique même. Autrefois on était catholique gallican contre Rome, c’était une erreur combattue par les ultramontains, c’est-à-dit les français catholiques restés avec l’autorité infaillible de Rome.

Le gallicanisme a reçu son coup de mort par le décret de l’infaillibilité et n’a plus de suivants. Alors pourquoi y aurait-il des ultramontains? »

Avec toute la réserve que nous devons à notre confrère en opposition, M. Nantel, nous nous permettrons de lui faire remarquer que le titre d’ultramontain ayant toujours été employé pour signifier l’attachement et le dévouement le plus absolu aux doctrines romaines et au Saint-Siège, il doit être pour tout catholique un titre d’honneur aujourd’hui autant que jamais.

A l’époque des luttes entre catholiques, auxquelles La Presse fait allusion, on a appliqué l’épithète d’ultramontaine à une illustre école qui a livré de glorieux combats, afin de faire rentrer dans le large courant romain le particularisme français, qui s’en écartait en bien des points. Dom Guéranger, le cardinal Gousset, Mgr Parisis, Mgr Gerbet, Mgr de Salinis, Louis Veuillot, le cardinal Pie, Rohrbacher, et une foule d’autres ont été des ultramontains, c’est-à-dire, des hommes dévoués avant tout aux pures doctrines romaines, et combattant, avec une égale ardeur, le gallicanisme et le libéralisme, sous toutes leurs manifestations.

Dans le passé, dans l’histoire des controverses contemporaines, cette grande école est la nôtre : elle a toujours eu et elle aura toujours notre adhésion, notre admiration et nos plus ardentes sympathies.

Dans le présent, quoique, pour correspondre à un désir légitime d’apaisement et de concorde, on s’étudie – l’Univers en est un bel exemple[iii] – à ne pas perpétuer ces appellations et ces dissensions d’école, ce qui n’empêche pourtant pas les tendances divergentes d’exister et de paraître[iv], dans le présent, disons-nous, les termes ultramontain et gallican sont moins  fréquemment employés. Mais cela n’empêche pas que le premier ne se prenne en bonne part et le second en mauvaise part.

Quant à nous, nous ne laisserons jamais sans protestation M. Michel Vidal, ou M. P.-A.-J. Voyer, de passage au Canada, ou qui que ce soit, bafouer et mépriser le nom d’ultramontain, et nous le revendiquons d’autant plus hautement qu’on l’attaque. Ce n’est pas notre habitude de laisser insulter nos principes sans dire un mot à l’insulteur, et nous ne la contracterons pas dans la circonstance actuelle.



[i] Le Canada s’était servi du mot « ultramontain » comme d’un terme outrageant. Le Courrier du Canada lui avait fait observer que c’était plutôt un titre d’honneur.

[ii] Cet article qui est de Sir Thomas Chapais, est de la bonne école, par contre ce qui nous désappointe de Sir Chapais est son appartenance au régime démo ( n ) crate, il a été durant plusieurs dizaines d’années dans le Parti Conservateur du Canada.  La restauration sociale ne fera pas avec le suffrage universel mais par Dieu seul.

[iii] Louis Veuillot mort depuis quelques années, son journal L’Univers a malheureusement été vers l’école libérale.

[iv] Pour notre époque actuelle les termes sont plutôt Catholique semper idem (et non sédévacantiste) ou lefebvriste. Pour les premiers ultramontains et pour les autres gallicans. Dans un avenir rapproché nous expliquerons notre point de vue.