« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

samedi 31 janvier 2015

Père Onésime Lacoutre - 1-25 - L'obéissance

 
VINGT-TROISIÈME INSTRUCTION
L’OBÉISSANCE
OU LE SOUVERAIN DOMAINE DE DIEU
DANS LES SUPÉRIEURS
«Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres avec toutes sortes de respects, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais encore à ceux qui sont fâcheux…» 1 Pierre 2-18.
Plan (Exemple de Jésus-Christ Son Importance: (Sa doctrine (Exercice des Vertus Surnaturelles Leurs qualités Personnes concernées: (Les Supérieurs… Leur rôle Leur ignorance (Les inférieurs (Aux imparfaits Doctrine à donner: (Aux parfaits…… Obéissance de Jugement Obéissance aveugle.  
Nous avons considéré le Souverain Domaine de Dieu dans les personnes en général, maintenant, nous allons le considérer dans une classe spéciale de personnes: dans les supérieurs.  Nous allons donc parler de l’obéissance qui intéresse absolument tout le monde puisque Dieu nous a tous soumis d’une façon ou d’une autre à l’obéissance à des supérieurs.  Comme nous sommes tous les membres du corps mystique de Jésus-Christ, il est bon de voir ce qu’il pensait de cette vertu puisque nous devons penser comme lui en tout et vivre comme il a vécu lui-même.
SON IMPORTANCE
Nous est montrée d’une façon fort éloquente puisqu’il dit que l’obéissance est tout pour lui.  Il vient dans le monde pour obéir; il en fait sa nourriture et il meurt pour obéir; que pourrait-il faire de plus pour montrer son importance?  Hébr.  10-5: «C’est pourquoi le Christ dit en entrant dans le monde: Vous n’avez voulu ni sacrifice, ni holocauste pour le péché; alors, j’ai dit: Me voici, car il est question de moi en tête du livre: Je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté!» Jean 4-32: Aux Apôtres qui lui offrent à manger lorsqu’il venait de parler à la Samaritaine, Jésus répond: «J’ai une nourriture que vous ne connaissez pas!» Les disciples se disaient l’un à l’autre: Quelqu’un lui a-t-il apporté à manger?  Jésus leur dit: «Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.» Phil.  2-8: enseigne qu’il est mort par obéissance.  «Il s’est abaissé lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix.»
Donc l’obéissance a été toute la vie de Jésus, et cela dans tous les moindres détails.  Ailleurs, il dit que toutes ses pensées, toutes ses paroles et toutes ses actions viennent du Père: il les fait donc uniquement pour lui plaire et pour lui obéir Son Père le mène comme il veut du premier instant de sa vie humaine jusqu’au dernier sans exception!
La Doctrine de Jésus est l’écho de sa propre vie.  Il veut que nous soyons soumis à Dieu absolument en tout comme lui-même s’est soumis à son Père.  Il revient constamment sur cette nécessité de garder ses commandements.  En Jean 15-9: «Demeurez dans mon amour.  Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi-même, j’ai gardé les commandements de mon Père et comme je demeure dans son amour.» Après la Cène il revient plusieurs fois sur cette obéissance: avant de mourir, il nous donne ce qu’il trouve le plus important pour nous: Comme nous devrions méditer ces paroles qu’il nous laisse comme son testament et surtout les pratiquer!  «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure!» J.  14-25.  La Trinité vient donc habiter en celui qui est obéissant!  C’est le ciel qui commence pour lui sur la terre, et elle se révèle à lui dans la même proportion qu’il obéit.  Tous les chrétiens devraient l’avoir à cœur dans leur propre vie.  Ce n’est pas pour rien que Jésus dit que c’est sa vie: il y a de quoi exercer là.  Toutes les Vertus Surnaturelles.  En effet, on l’a dit plusieurs fois qu’il nous faut commencer sur terre notre vie divine que nous mènerons au ciel dans la gloire.  Mais, ici-bas, toute cette vie divine est invisible afin d’exercer notre mérite.  Nous sommes comme dans une espèce de noviciat de la vie céleste: Dieu veut que nous montrions notre bonne volonté et que nous nous exercions dans cette vie sans la voir pour montrer de fait que nous croyons en sa parole.  Puis, il nous faut le faire librement dans les ténèbres de la foi, de cette liberté qui donne le mérite, parce que dans la gloire du ciel, nous ne serons plus libres de faire le contraire, et donc nous n’aurons plus de mérite à obéir là.  Alors, Dieu se cache dans nos supérieurs et veut que nous leur obéissions comme si nous voyions Dieu.  Voilà pourquoi il a organisé toute notre vie pratiquement sous l’autorité des autres pour nous donner des exercices de vie surnaturelle.  Que de belles vertus l’obéissance exige et développe en nous!  D’abord, il faut une grande foi, pour voir Dieu à travers l’écorce plus ou moins imparfaite des supérieurs.  Il faut de l’humilité, c’est entendu, pour soumettre sa volonté à un homme comme soi, i, faut l’espérance en la récompense céleste que Dieu nous donnera et enfin, il faut l’amour de Dieu pour observer l’obéissance à ses représentants qui ont son autorité mais pas toujours ses qualités!  C’est inutile d’insister sur ce point tant il est évident.
Que les prêtres parlent souvent de l’obéissance pas seulement pour dire aux gens d’obéir, mais en leur expliquant tout ce qui concerne cette vertu comme nous essayons de le faire ici.  Il faut surtout en montrer le côté surnaturel et les raisons que Dieu a de nous soumettre ainsi à d’autres hommes pas meilleurs que nous en général et ayant comme nous toutes sortes de défauts.
Aux enfants, dans les écoles, les couvents et les collèges, ne les fatiguons pas en parlant du règlement seulement.  Au lieu de dire: Le règlement veut que vous gardiez silence dans les rangs, dans les classes, etc.  qu’on dise donc le bon dieu veut telle chose.  Au lieu de disputer un élève qui a manqué au règlement, qu’on lui dise: Vous avez désobéi à Dieu sur tel point!  De même dans les familles: une mère dira à son enfant: je t’avais défendu d’aller là!  Comment voulez-vous alors que l’enfant pense à Dieu?  Il dira: c’est ma mère qui se met dans la tête toutes sortes de défenses pour moi et il lui désobéira quand il pourra sans trop se faire punir.  Mais, qu’elle dise: C’est le bon Dieu qui ne voulait pas que tu ailles là.  Car quand maman parle, c’est le bon Dieu qui se cache en elle.  Alors l’enfant apprendra à voir Dieu dans ses parents.  personnes concernées Puisque nous devons obéir à des hommes, il est bon de nous arrêter à leur personne pour apprendre ce qui peut être utile en eux et ce qui nous peut nuire.  Examinons quelques points pratiques à ce sujet.  les supérieurs
Leurs qualités.  Tous les prêtres philosophes et ceux qui sont formés par eux font beaucoup de cas des qualités des supérieurs.  Toutes les instructions sur l’obéissance d’ordinaire roulent sur les vertus et les talents des supérieurs et de la confiance que nous devons avoir en eux.  Et que de supérieurs surveillent ensuite les appréciations de leurs inférieurs au sujet de leurs bonnes qualités!  Comme ils vont leur faire payer je ne dis même pas leur mépris, mais même leur indifférence envers ces chères bonnes qualités!  Que de froideur parfois entre les supérieurs et les inférieurs simplement parce que ces derniers ne disent pas bien haut leur admiration pour les talents du supérieur.  Aussi, les inférieurs savent bien exploiter cette faiblesse d’un supérieur: il veut de l’encens, il en aura… et ces inférieurs en feront ce qu’ils voudront au détriment des autres qui n’ont pas le talent de flatter leurs supérieurs.  Dans les communautés, comme les supérieurs sont chatouilleux sur les appréciations de leurs inférieurs!  Les cliques autour des trônes se forment et se déforment en fonction de l’encens qu’on brûle devant eux.
Toute cette question des qualités des supérieurs est du plus pur paganisme!  On peut voir s’il y en a encore dans le monde chrétien!  Où sont les supérieurs qui sont exempts du culte des qualités?  Il y en a, mais combien rares!  Dans les maisons de formation que de fois on réchauffe cette fricassée: qu’il faut estimer nos supérieurs à cause de leur bonté, de leur savoir-faire, etc.  C’est toujours la partie importante des conférences sur l’autorité, si on ne parle que des supérieurs.  Mais, quand on parle d’obéissance, on devrait s’adresser aux inférieurs qui obéissent.  Pour exhorter les inférieurs à obéir on glisse toujours sur les grandes qualités des supérieurs.  Encore une fois c’est du paganisme tout pur!
St Ignace dit en toutes lettres: «Si l’on doit obéir au supérieur, ce n’est point en vue de sa prudence, de sa bonté ou d’autres qualités que dieu pourrait lui avoir données, mais, uniquement parce qu’il tient la place de dieu!» Qu’on nous laisse donc en paix avec les dons des supérieurs!  ce n’est pas du tout pour cela qu’on doit leur obéir!  Pourquoi alors nous en parler?  Autant vaudrait vanter la grandeur de leurs pieds ou la couleur de leurs cheveux!  Parlons donc de l’obéissance sans un seul mot des qualités des supérieurs.  Avec des paroles si claires de St Ignace, c’est incompréhensible que tant de Jésuites fassent si souvent ressortir les bonnes qualités des supérieurs en parlant de l’obéissance.  Quand allons-nous suivre St Ignace?  Les généraux insistent tant qu’on le suive, eh bien, suivons-le au moins sur ce point!  et qu’on ne présente plus jamais de la vie les qualités des supérieurs comme des motifs d’obéissance.  C’est du paganisme!  et comme il y en a encore chez les nôtres sur ce point!  Je ne nie pas ces qualités: c’est évident qu’ils doivent en avoir, mais il ne faut jamais les présenter comme des motifs de leur obéir.  St Ignace ne le veut pas!  Ni les saints, suivant en cela Jésus-Christ et les Apôtres qui veulent qu’on leur obéisse, comme dit St Ignace, uniquement parce qu’ils prennent la place de Dieu.  Leur rôle doit être considéré en vue de notre destinée surnaturelle uniquement.  Or, dans cette destinée, faire la volonté de Dieu est l’essentiel de la vie de tout chrétien comme ce l’était dans la vie de Jésus-Christ.  Au ciel, nous ferons à tout instant la volonté de Dieu: il faut donc la faire ici tout de suite comme nous le disons si souvent dans le Notre Père: «Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel!» Eh bien, le rôle des supérieurs est donc de présider d’une façon ou d’une autre à toute notre vie de chrétien en vue du ciel.  C’est donc parfaitement inutile pour les chrétiens d’essayer de se soustraire à l’obéissance comme tant le font.  On n’a qu’à examiner la façon d’agir de tous les hommes depuis leur tendre enfance jusqu’à la vieillesse.  Comme chacun essaie d’échapper à ses supérieurs tant civils que religieux, et cela chez nos catholiques comme chez les païens.  Le rôle des supérieurs est d’instruire tout le monde, ou tous leurs inférieurs, sur la nécessité de leur obéir parce que Dieu le veut.  Les prêtres devraient insister sur ce point de vue surnaturel dans l’obéissance.  On ne le fait pas assez dans les écoles, les couvents et les collèges.  Que de motifs naturels on donne là pour cette vertu!  Que de fois on fait appel à l’amour naturel pour les inférieurs ou réciproquement pour les supérieurs.  Ou bien, on le fait pour des récompenses ou des punitions: tout cela laisse la mentalité des élèves païenne comme en naissant.
Les hommes faits n’obéissent pas à leurs supérieurs temporels comme les Apôtres l’enseignent à tous les chrétiens.  Ainsi, que d’ouvriers ne font pas leur devoir quand le contremaître n’est pas là.  Ils se font payer pour toute leur journée et ne font pas souvent la moitié de leur ouvrage.  Non seulement c’est de la désobéissance, mais c’est un vol à ceux pour lesquels ils travaillent.  Un grand nombre de ceux qui travaillent pour les villes, les grosses compagnies et les gouvernements n’obéissent pas bien à leurs supérieurs temporels comme des chrétiens devraient le faire et eux aussi volent une bonne partie de leur salaire qu’ils n’ont pas gagné du tout.  Les chrétiens ne suivent donc pas Jésus-Christ: obéir n’est pas leur nourriture ni leur vie quotidienne, ni leur idéal comme cela devrait l’être s’ils appartenaient à Jésus réellement. 
Voilà donc une partie du rôle des supérieurs: fournir aux inférieurs leur «nourriture» et leur «vie» de foi et de soumission à Dieu.  La deuxième partie de leur rôle leur sourit moins!  Mais, elle est encore la plus importante pour nous les inférieurs et il faut l’exposer malgré les répugnances des supérieurs à mentalité païenne.  Il est en rapport avec tout ce que nous avons dit dans les deux instructions précédentes.  Dieu se sert des personnes pour nous massacrer!  Or, le principal rôle de ce massacre doit venir surtout des supérieurs.  Car, si une épreuve nous vient des inférieurs ou des égaux, nous pouvons toujours nous y soustraire et les envoyer promener!  Il n’y a donc que les supérieurs qui peuvent nous obliger à nous soumettre aux trois choses si répugnantes qui remplissaient le calice de Jésus-Christ: la sottise, l’injustice et la cruauté.  Or, en proportion que Dieu nous veut au ciel, il va nous en envoyer de ces choses, et normalement il faut qu’elles nous soient imposées par nos supérieurs.  Ils aiment à dire qu’ils prennent la place de Dieu au point de vue de l’autorité, qu’ils prennent aussi la place de Dieu pour nous crucifier.  Car le Père éternel nous destine à la croix exactement comme son Fils unique dans la mesure qu’il nous veut au ciel.  Or, pas plus que pour Jésus, il ne viendra pas en personne, mais agira par ses représentants officiels sur la terre, nos supérieurs et religieux et civils.  Or, remarquons que ce crucifiement des chrétiens doit être de tous les jours comme Jésus le dit: «qu’il porte sa croix tous les jours!» Par conséquent avoir à souffrir de ses supérieurs n’est pas un fait exceptionnel dans la vie, mais une affaire ordinaire et normale dans le plan de Dieu.
J’entends les supérieurs philosophes crier au scandale!  Quoi, nous serions choisis par Dieu pour faire souffrir nos inférieurs?  C’est ridicule!  Où voit-on cela?  C’est vrai, on ne le voit pas beaucoup, mais pourquoi?  C’est parce que d’abord, les inférieurs sont trop païens pour obéir dans les choses difficiles.  Ils vont tellement se plaindre que pour avoir la paix, les supérieurs majeurs vont avertir leur supérieur d’être plus doux, de fermer les yeux un peu plus sur les défauts et sur les manquements aux règles, etc.  Alors, c’est une victoire pour ses inférieurs qui en profiteront encore à la prochaine occasion.  Ça ne prend pas de temps que les supérieurs savent ce qu’il va leur arriver s’ils sont exigeants pour l’observation des règles, et adroitement, ils laissent faire les choses de plus en plus prenant soin de sauver les apparences à la visite d’un supérieur majeur… oh alors, tout va sur les roulettes… et tout ce que nous disons ici est faux et exagéré.  Mais, quand on veut obéir à tout prix Dieu semble, et de fait il en profite, pour nous faire ce qu’il a fait à Jésus dans une certaine mesure et c’est alors que se vérifie ce que nous disons ici sur cette deuxième partie du rôle des supérieurs… qui est carrément de nous crucifier. 
D’abord ce sont des croix de paille et à coup d’épingle, puis à mesure qu’on obéit, les croix s’alourdissent et les épingles deviennent des clous… pour l’inférieur à qui Dieu met un microscope dans l’esprit par pitié pour lui.  C’est alors qu’une épingle peut lui paraître un gros clou.
Comme il faut peu de chose pour nous faire souffrir un martyre selon nous quand il n’y a rien pratiquement.  Mais nous sommes des enfants et Dieu joue à l’enfant avec nous!  N’empêche que cet enfantillage nous vient des supérieurs comme instruments de Dieu.  Jésus nous a bien avertis: s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront.  Qui l’a persécuté?  Ce sont ses supérieurs ecclésiastiques, les Grands Prêtres et ses supérieurs civils Hérode et Pilate.  Eh bien!  puisque la passion de Jésus doit se continuer dans ses membres mystiques, c’est donc par les mêmes instruments que pour lui: nos supérieurs, qui sont les représentants attitrés de Dieu.  Si Jésus dit qu’il reçoit son calice de la passion de son Père, quel déshonneur y a-t-il pour mes supérieurs quand je dis que ce sont eux qui doivent me présenter mon calice?  Sont-ils plus que le Père éternel?  Toute cette doctrine en tout cas se vérifie parfaitement dans ma vie comme tout le monde le sait maintenant.  J’ai été écrasé littéralement et réduit à néant par mes supérieurs… que Dieu soit béni jusqu’au fond de l’éternité!
Il n’y a pas de doute que nos supérieurs philosophes vont hurler!  C’est justement ce que faisaient les Pharisiens autour de Jésus-Christ!  À les entendre parler habituellement de leur rôle, il consiste à rendre la vie facile à leurs inférieurs, à leur adoucir leurs peines, en un mot, à servir de tampon entre les inférieurs et Dieu qui veut les crucifier!  Il n’est jamais question, ou très rarement, de croix entre eux et leurs inférieurs; ils sont si bons pour eux!  ils les aiment tant!  ils sont prêts à tout faire pour leur bonheur… selon le monde! 
C’est une conception absolument païenne de l’autorité et elle est à peu près générale dans l’Église… malgré son enseignement bien net du contraire.  Est-ce que les Pères de l’Église et les bons auteurs ascétiques ne disent pas que l’obéissance est un martyre, un holocauste, le sacrifice de tout l’homme.  Or, qui préside à ce martyre sinon nos supérieurs?  La grande objection contre cette conception de l’autorité dans les supérieurs vient du fait qu’ils transfèrent sur les supérieurs ce que nous disons des inférieurs.  Ainsi, ce qui est bêtise, injustice et cruauté pour l’inférieur ne l’est pas nécessairement pour le supérieur.  Ce qui était tout cela pour la nature humaine de notre Sauveur d’après les Apôtres, n’était sûrement pas cela dans le Père éternel quand même Jésus dit qu’il recevait son calice de lui.  Alors, où est l’erreur de parler de la même façon de nos supérieurs.  Nous avons déjà montré comment Dieu se sert des personnes pour nous massacrer sans aucune culpabilité de ces bourreaux; appliquons cette même doctrine à nos supérieurs.  Dieu peut obtenir d’eux tout ce qu’il y a de plus cruel et de plus insensé pour un inférieur sans qu’il y ait l’ombre de blâme chez les supérieurs.  Comme nous l’expliquons dans… Leur ignorance de ce qu’ils nous font souffrir.  Voici un point que les supérieurs ne digèrent pas facilement, mais qui est parfaitement vrai et sage de la part de Dieu.  Car si pour un acte de renoncement dans les inférieurs Dieu l’obtenait par un péché dans le supérieur, sa providence manquerait de sagesse.  Tandis qu’il a tout disposé pour obtenir un sacrifice d’un inférieur avec une bonne intention dans le supérieur et donc du mérite pour les deux.
Les supérieurs ne voient que leurs actes extérieurs qui agissent sur les inférieurs avec leurs résultats concrets et visibles: c’est tout ce qui les concerne.  Mais, ces ordres des supérieurs ont des milliers de chances de heurter quelque tendance naturelle, de frustrer son ambition de quelque bien convoité pour son bien personnel.  Or ces effets produits au fond de l’âme des inférieurs par des ordres des supérieurs sont absolument inconnus des supérieurs.  Or, c’est là que Dieu souvent veut agir pour dépaganiser son inférieur, et c’est là aussi que les démons vont agir contre la grâce de Dieu.  En d’autres termes, les supérieurs contrôlent les actes extérieurs des inférieurs, tandis que Dieu s’en sert pour orienter la vie intérieure des inférieurs; ils ne travaillent donc pas dans le même monde.  Dieu peut donc faire souffrir énormément un inférieur intérieurement par des actes parfaitement légitimes et raisonnables extérieurement.  Voilà pourquoi les supérieurs ignorent souvent complètement la guerre intérieure que déclenchent leurs ordres aux inférieurs.  Où sont les supérieurs qui connaissent l’intérieur de leurs inférieurs?  Ils sont bien rares.  Comme ils ont de la peine à trouver pour un poste justement l’homme qu’il faut.  Il n’y a que le véritable amour qui ouvre les cœurs; l’amour surnaturel seul fait déverser ce qu’il y a dans le cœur, au moins en bonne partie.  Or comme il est rare entre supérieurs et inférieurs!  Pour ma part, je suis bien certain que pas un supérieur ne m’a jamais connu intérieurement… et ne me connaîtra jamais!  Et combien d’autres pourraient dire la même chose!  Pour cela il faudrait un autre de mon espèce… et Dieu ne l’a pas encore créé!!!  Pas un n’a jamais su ce qu’ils m’avaient fait souffrir de différentes manières, mais sans même s’en douter, j’en suis sûr.
C’est un fait ordinaire que les saints n’ont pas été compris par leur entourage.  Que d’enfants se plaignent que leurs parents ne les comprennent pas!  Quel martyre pour ces enfants s’ils obéissent parfaitement à cette mentalité toute différente de la leur!  Mais, où sont ces enfants assez surnaturels pour obéir ainsi parfaitement?  Et cette incompréhension se retrouve entre tous les rangs de la société.  Par conséquent tous les inférieurs auront à souffrir de l’ignorance de leurs supérieurs à leur égard.  Ce n’est pas pour rien que l’Écriture dit que Marie et Joseph ne comprirent pas les paroles de Jésus, et il descendit avec eux à Nazareth et il leur était soumis!  Eh bien!  il en est ainsi pour tous les inférieurs: ils devront être soumis à des supérieurs qui ne les comprennent pas.
Quand Jacob envoya Joseph voir ses frères, il ne savait sûrement pas à quoi il l’envoyait!  Quand le père de Saül l’envoya chercher ses ânes perdus, il ne savait pas qu’il trouverait un royaume!  Pourtant ces deux supérieurs savaient ce qu’ils demandaient à leurs inférieurs directement mais ils ignoraient ce que Dieu ferait à ces deux inférieurs.  Il en est ainsi pour tous nos supérieurs: sans doute, ils savent ce qu’ils commandent actuellement, mais ils ne savent pas ce que Dieu veut en tirer pour l’inférieur… et tout de même l’inférieur verra que cela vient de l’acte du supérieur.  Voilà pourquoi le «pardonnez-leur car ils ne savent ce qu’ils font» de Jésus s’applique absolument à tous les supérieurs par rapport aux inférieurs.  les inférieurs
Toute cette instruction est surtout pour leur bénéfice: ce sont eux qui doivent obéir.  Examinons leur cas tels qu’ils sont quand ils commencent à obéir et donc qu’ils ne connaissent pas encore le plan divin pour les diviniser.  Ils arrivent en religion avec leur mentalité païenne même quand ils sont bien disposés comme de jeunes enfants dans la famille.  Maintenant tout ce que nous disons de l’obéissance en religion s’applique aux gens du monde de la même façon, car le vœu ne fait qu’urger une obligation qui existe déjà.  S.  Pierre l’enseigne formellement:
1 Pierre 2-13: «Soyez soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs, comme délégués par lui pour faire justice des malfaiteurs et approuver les gens de bien.  Car, c’est la volonté de Dieu, que par votre conduite, vous fermiez la bouche aux insensés qui vous méconnaissent.» Par conséquent cette instruction sur l’obéissance regarde absolument tous les chrétiens, dans le monde comme en religion.
Les inférieurs sont grandement induits en erreur par ces supérieurs qui recommandent l’obéissance pour les bonnes qualités qu’ils pourraient avoir.  Car, quand ils entendent dire que les supérieurs sont bons et sages, ils l’entendent comme tout païen l’entendrait: que ces supérieurs seront bons pour eux et donc qu’ils leur feront plaisir habituellement, et s’ils sont sages, ils ne contrediront jamais ou rarement leur jugement… et des supérieurs assez païens pour parler de la sorte le sont bien assez aussi pour croire la même chose!  Mais, voici que Dieu va vite entrer en scène pour dépaganiser ces inférieurs comme nous l’avons déjà expliqué en les contrariant en tout par leurs supérieurs évidemment.  Alors, quel bouleversement chez les inférieurs qui n’ont jamais été préparés pour ces «opérations»!  Ils concluent tout de suite que ce supérieur qui n’est pas bon ni sage pour eux n’est donc pas à sa place!  Que de critiques et de mauvais sang ils se font à cause de l’idée païenne que leurs supérieurs leur ont donnée.  Ils vont le payer par ce malaise de leurs inférieurs et le mauvais esprit qu’ils mettent dans la maison.  À qui la faute?  Pas un supérieur ne leur a dit ce qu’était le plan divin pour les massacrer par leurs supérieurs!  Alors, les inférieurs continuent de se plaindre de leurs supérieurs… et pour eux ils ont raison!
Ces supérieurs ne savent pas plus comment éclairer leurs inférieurs qui se plaignent d’eux ou d’autres.  Alors, quand ce n’est pas le temps, ils vont leur donner tout ce qu’il y a de plus parfait dans l’obéissance.  Ils leur diront: un bon inférieur ne critique jamais les supérieurs!  Il les trouve toujours bons et sages!  C’est de l’orgueil, qu’il s’humilie: s’il était parfait il ne verrait que de bonnes qualités chez ses supérieurs!  Tout cela est vrai en soi, mais pas pour l’inférieur à mentalité païenne… qu’ils ont formé eux-mêmes!  Qu’on lui donne un remède pour un imparfait, pour un commençant!
Voici un exemple.  Supposons qu’un médecin se fait l’idée qu’un homme parfait n’est jamais malade.  Mais, voici Pierre qui vient le trouver avec une attaque d’appendicite aiguë.  Le médecin le dispute en lui disant qu’un homme parfait n’est jamais malade!  C’est vrai, mais cela ne s’applique pas du tout à Pierre qui n’est pas parfait puisqu’il est malade.  Alors que ce médecin oublie son homme parfait pour soigner l’imparfait qui est là devant lui.
Voilà donc ce que devrait faire un Père spirituel pour un inférieur qui se plaint de son supérieur.  Peu importe ce qu’il devrait être ou penser de son supérieur; de fait il le trouve imbécile et méchant, qu’on lui donne un remède adapté à sa condition présente!  Or, le remède est justement ce que nous expliquons dans ces trois dernières instructions.  Laissons le supérieur être bête pour lui, expliquons-lui que c’est à cause de son besoin spirituel que cela est comme nous l’avons fait déjà.  Eh bien!  voilà ce qui calme la plupart des inférieurs fâchés contre leurs supérieurs: c’est de laisser le supérieur tel qu’ils le trouvent et leur montrer que cela est une nécessité dans le plan de Dieu pour les dépaganiser dans leurs trois foyers d’activité: l’être, l’esprit et le cœur.
S’il y a de l’odieux dans cette doctrine elle est toute pour l’inférieur.  Car plus il trouve ses supérieurs insensés et plus il montre que Dieu veut le dépaganiser.  Si quelqu’un me disait qu’il a subi des douzaines d’opérations, que serait ma conclusion?  Que les chirurgiens lui en voulaient?  Pas du tout! 
Mais qu’il était donc bien avarié pour avoir besoin de tant d’opérations!  De même s’il dit que son épreuve est bien longue, c’est comme s’il me disait qu’il est resté quatre ou cinq heures sur la table d’opération: c’est donc qu’il était bien gangrené!  Que les inférieurs à l’avenir tirent donc cette conclusion pour eux-mêmes en proportion qu’ils ont des supérieurs malcommodes.  En plus de nous dépaganiser, Dieu veut aussi nous sanctifier.  Dans la proportion donc qu’il nous donne des supérieurs scalpels il veut insinuer le degré de sainteté qu’il veut nous donner.  Par conséquent, pour ces deux raisons, nous devons regarder comme une grande grâce de Dieu de nous donner des supérieurs chirurgiens.  Une autre raison qui fait que les supérieurs ne s’aperçoivent pas de ce qu’ils font souffrir aux inférieurs et que ceux-ci se font du mauvais sang avec des riens, Dieu le voulant ainsi.  Il leur met un microscope dans le cerveau et alors tout est magnifié au centuple.  C’est bien humiliant pour la sagesse humaine de voir que les hommes souffrent tant pour des enfantillages.  Voici quelques exemples:
Une fois, je rencontre un religieux prêtre exaspéré au dernier degré, il était sur le point de tout abandonner, la prêtrise et la foi.  Eh bien!  ce n’était qu’une série de niaiseries d’enfant!  Son supérieur était un homme distrait: il le nommait pour dire la messe à tel autel et le lendemain c’est le supérieur qui avait pris sa place!  Ce qui avait mis le comble à sa colère est que le supérieur l’envoie vite à un appel au malade à tel numéro.  Il arrive là, une dame vient le recevoir à la porte tout étonnée de le voir avec son sac au malade.  C’était bien le numéro, mais personne n’était malade là et la dame ajoute: justement l’an dernier à cette date, j’avais failli mourir!  Il retourne furieux à son supérieur pour lui dire ce qui lui était arrivé.  De fait, dit le supérieur, c’est l’an passé à cette date qu’elle avait demandé le prêtre!  Il n’y a que Dieu pour jouer des tours pareils aux païens!!!  Son supérieur avait eu une distraction!  Un autre prêtre religieux vint me trouver pour me dire qu’il était rendu à bout de patience avec son supérieur.  Depuis six mois que son supérieur le regardait fixement partout et toujours quand il le pouvait.  En récréation, à la table, en entrant et en sortant de la maison, son supérieur le fixait constamment mais sans rien lui dire.  À-t-on jamais vu une pareille manie?  Je lui dis, vous avez dû demander à Dieu de vivre en sa présence?  De fait, je lui demande cette grâce depuis longtemps!  Eh bien, c’est votre réponse: cet œil ouvert n’est qu’un échantillon de l’oeil de Dieu désormais toujours sur vous!  Je lui dis d’accepter cela avec reconnaissance et soumission à Dieu.  Il me téléphona deux jours après que le supérieur avait fini de le regarder.  Quel dommage que les supérieurs ne connaissent pas mieux cette façon de faire de Dieu pour éprouver les inférieurs: ils pourraient rendre de plus grands services à leurs inférieurs mécontents d’eux.
Voilà donc une doctrine toute à l’avantage des supérieurs s’ils sont assez intelligents pour la donner sans crainte aux inférieurs.  Plusieurs évêques, quatre au moins, m’ont dit que lorsqu’il s’agissait de changer de mes retraitants, ils n’avaient pas du tout à les consulter comme les autres, mais ils les envoyaient à tel poste et ils y allaient tout de suite.  Une provinciale m’a dit après sa visite canonique de sa province composée de cinq cents religieuses, pas une seule ne s’était plainte d’une seule autre ni d’aucune supérieure.  Elle considérait cela comme un vrai miracle de la grâce.  Or, toutes ces Sœurs avaient fait ma retraite et avaient reçu cette instruction sur les supérieures comme toutes les autres.  Combien de mes retraitants m’ont dit que cette doctrine avait calmé un bon nombre d’inférieurs exaspérés contre leurs supérieurs dans toutes sortes de communautés.  C’est donc bien une doctrine du ciel puisqu’elle calme les cœurs si bien.  Celle qui montre les supérieurs comme des tampons est fausse, et diabolique et ne produit que du mauvais esprit partout.  Quand vous rencontrerez des inférieurs mécontents de leurs supérieurs vous saurez qu’ils n’ont jamais reçu cette doctrine de l’obéissance selon le plan divin de nous crucifier et de se servir de ses représentants pour le faire!
Puisque Dieu nous massacre pour détruire en nous le païen, un bon moyen d’éviter les coups de la providence est de rejeter de nous-mêmes tous nos motifs naturels dans l’obéissance; ils sont la source de beaucoup de nos épreuves.  St Pierre dit que Dieu éprouve notre foi comme on éprouve l’or dans le feu.  Or, les motifs naturels sont un alliage que Dieu rejette avec horreur.  Il nous jettera dans le feu des épreuves pour nous débarrasser de nos motifs naturels, comme par exemple, obéir parce qu’on aime le supérieur, parce qu’on le trouve bon et sage ou pour gagner ses faveurs.  Dieu nous enverra de grandes contrariétés pour nous faire perdre ces motifs naturels.  Que les supérieurs donc ne donnent jamais plus leur bouillie ordinaire sur leurs bonnes qualités pour exciter la confiance de leurs inférieurs: c’est tout le contraire que le diable va produire avec la permission de Dieu pour punir ces supérieurs païens de mentalité.  Dieu ne veut pas que les inférieurs servent les supérieurs pour des motifs naturels d’aucune sorte: les supérieurs n’ont donc pas le droit de donner ces motifs païens.  St Paul le défend aux Colossiens 3-22: «Serviteurs, obéissez en tout à ceux qui sont vos maîtres selon la chair, ne les servant pas seulement lorsqu’ils ont l’œil sur vous, comme si vous ne pensiez qu’à plaire aux hommes, mais avec simplicité de cœur et crainte de Dieu.  Tout ce que vous faites, faites-le de bon cœur, comme le faisant pour le Seigneur, et non pour les hommes.  Sachant que c’est du Seigneur que vous recevrez l’héritage du ciel pour récompense, servez le Seigneur Jésus-Christ.» Il enseigne donc clairement que nous serons payés par celui pour qui nous travaillons.  Alors, au diable tous les motifs naturels à l’avenir!  Que les supérieurs nous laissent la paix avec leurs bonnes qualités et leurs bonnes dispositions envers nous: ce n’est pas du tout pour cela que nous devons leur obéir: Pourquoi nous les exposer alors?  Qu’on surveille à l’avenir les instructions ou les traités sur l’obéissance!  Qu’on passe le fameux chapitre sur les bonnes qualités des supérieurs, c’est de la paille pour le feu!  À quoi serviront leurs bonnes dispositions ou bonnes qualités quand Dieu se servira d’eux pour remplir nos petits calices des trois choses qui remplissaient celui de Jésus: de la sottise, de l’injustice et de la méchanceté?… et encore une fois, ce n’est pas une exception, c’est une affaire normale, quotidienne et ordinaire: «Qu’il porte sa croix tous les jours!» Ce peut être une exception pour des païens et des philosophes qui refusent les contrariétés que Dieu leur envoie: ils ne trouvent pas la croix lourde puisqu’ils ne la portent pas.  Mais, celui qui obéit parfaitement pensera comme je pense ici, et parlera de même.  aux parfaits.
Ce que nous avons expliqué jusqu’ici est pour aider les commençants ou les imparfaits à tirer profit de leur point de vue païen pendant qu’ils le sont.  Avec le temps, ils viendront vite à voir le côté surnaturel; ils passeront vite sur ce qu’il y a de visible dans le supérieur pour aller tout de suite à Dieu qui se cache là.  Alors dans la même proportion toutes les difficultés de l’obéissance s’évanouiront au moins quant aux critiques et à l’amertume des débuts.  Ce n’est que lorsqu’on a un peu l’habitude de voir Dieu seulement dans le supérieur qu’on peut pratiquer les deux sortes d’obéissance parfaite:
L’Obéissance de Jugement qui fait accorder notre jugement avec celui du supérieur parce que nous savons que Dieu lui a mis dans la tête ce qui sera pour notre plus grand bien surnaturel.  Comme c’est le seul que l’on veut, les cris du jugement propre sont étouffés par ce plus grand bien que la foi montre.  St Ignace dit: «dans les choses qui ne sont pas évidentes.» Car il peut arriver que notre jugement ne puisse se conformer à celui du supérieur qui s’éloignerait par exemple de la doctrine sûre de l’Église.  Ainsi, St Paul n’a pas accordé son jugement avec celui de Pierre, son supérieur, quand celui-ci céda aux judaïsants contrairement à ce que le Saint Esprit avait inspiré aux Apôtres.  L’Obéissance Aveugle consiste à ne pas s’arrêter du tout aux raisons que peut avoir le supérieur pour donner tel ordre.  Du moment qu’on constate qu’il parle au nom de Dieu, on se soumet à tout aveuglément, lui laissant le soin d’exercer sa prudence et se fiant totalement à Dieu. 
Comme les parfaits sont rares, inutile de développer ces deux sortes d’obéissance très parfaites.  exercices pratiques d’obéissance en Alaska La doctrine que je viens de donner sur l’obéissance m’a été enseignée par la Divine Providence d’une façon pratique durant mes trois années de séjour au pays des Esquimaux sur les bords du Yukon en Alaska.  Je suis allé là en 1910 après ma première année de régence au collège Ste-Marie.  J’avais donc huit ans de vie religieuse et, triste à dire, il me restait tout à apprendre sur l’obéissance au point de vue des inférieurs.  On m’avait bien donné tout le point de vue des supérieurs selon l’ordre spéculatif comme on a l’habitude de le faire dans toutes les maisons de formation religieuse.  On avait insisté sur le fait que les supérieurs sont toujours sages et bons puisqu’on les choisit parmi les meilleurs, et comme tous les autres inférieurs, j’avais compris cela au point de vue naturel; que de fait, j’approuverais les décisions pleines de bon sens et qu’ils me feraient une foule de bontés pour rendre ma vie agréable.
Déjà dès ma régence à Ste-Marie, j’étais renversé de constater tout le contraire dans notre Recteur à mon point de vue.  C’est certainement la plus dure année de ma vie… et pourtant depuis lors j’en ai passé de biens pénibles!  J’étais accablé d’ouvrage comme une bête de somme et ne recevais que des reproches et jamais un bon mot d’encouragement de personne ni un regard de sympathie.  J’étais trop assommé pour même voir si j’avais tort ou raison!… et mes 56 élèves me demandaient tout mon temps et tous mes efforts si constamment que je n’avais pas le temps de trouver des expédients pour améliorer mon sort.  Tout de même sans trop m’en rendre compte j’offrais mon esclavage au bon Dieu sans trop me plaindre, autant parce que je n’avais personne à qui m’ouvrir ou qui se serait intéressé à mon mal, que par esprit de foi.  J’étais tellement submergé que je n’avais pas le temps de réfléchir sur ma misère et j’aurais passé des année-là sans jamais plus comprendre le plan divin dans l’obéissance.  Dans sa grande miséricorde Dieu m’envoya en Alaska pour me donner un aussi bon exercice d’obéissance avec du temps pour réfléchir et méditer sur sa façon d’agir.  Parce que j’avais demandé les missions du Japon, le Père Lecompte, Provincial, jugea que j’accepterais celles des Esquimaux.  Trois heures après ma nomination, j’étais en route pour mon noviciat sur l’obéissance!  Mon année à Ste-Marie m’avait préparé pour accepter n’importe quel poste au monde: ce serait toujours une belle délivrance de ma servitude où je faisais des briques et du mortier sous mon Pharaon!  sans même avoir le temps de les arroser de mes larmes!  Eh bien Dieu était pour me donner et le temps de réfléchir et le temps de pleurer à mon goût!  Il m’envoya loin des civilisés dans les immenses solitudes d’Alaska comme il a coutume de faire quand il veut dépaganiser quelqu’un pour en faire son ami plus intime.  Comme Isaac fut conduit dans la solitude pour être immolé par Abraham son père, ainsi Dieu me conduisit dans les déserts blancs d’Alaska pour immoler mon païen afin qu’il n’y eût personne pour entendre mes gémissements et m’enlever au sacrifice.  D’abord les conditions matérielles de notre vie étaient pénibles par notre pauvreté et surtout la saleté pour laquelle j’avais une répugnance naturelle extrême.  Comme tout être a l’instinct de sa destruction prochaine, dès les premiers jours j’éprouvai une tristesse épouvantable; j’allais passer des heures dans les bois à sangloter de me voir pris dans ce pays affreusement ennuyant, et si loin de tout confort.  Je ne pouvais pas manger tant la peine m’étouffait.  J’avais honte de moi mais rien ne pouvait m’arrêter pour quelques jours… et le dernier bateau pour le monde extérieur était parti: l’autre viendrait dans dix mois.
Dans mes années de formation, comme tous les autres, j’ avais entendu parler surtout du point de vue de l’obéissance qui favorise les supérieurs, qui avaient toujours raison contre les inférieurs et que si l’accord manquait, c’était toujours la faute de l’inférieur.  C’est vrai quand on prend toute l’obéissance uniquement selon la foi et dans des inférieurs parfaits, vivant aussi seulement de foi.  Ce que les supérieurs disent de la vertu d’obéissance est donc vrai devant Dieu.  Cela ne veut pas dire que lorsque les supérieurs disent ces choses aux inférieurs qu’ils voient eux-mêmes tout cela au seul point de vue de la foi.  Mais tous savent que cela les élève aux yeux des inférieurs et cela leur suffit.  Mais il y a bien peu de psychologues parmi les hommes et nos supérieurs devraient savoir que nous sommes païens de mentalité même quand on est bien disposé envers la perfection et que l’on comprend les choses en païens à moins qu’on nous mette sur nos gardes.  Ainsi quand on entend dire que les supérieurs sont bons et sages, on interprète cela comme on fait dans le monde naturel où nous vivons encore bien des années même dans la vie religieuse.  Alors on conclut que nos supérieurs feront toujours ou habituellement des choses qui nous paraîtront pleines de bon sens et des choses agréables pour nous.  Voilà la source de toutes les difficultés dans l’obéissance, ce malentendu: ce que les supérieurs nous disent n’est vrai que dans l’ordre surnaturel, mais ce n’est pas vrai pour nous dans l’ordre naturel où nous vivons encore mentalement et pour bien des années!  Voici pourquoi quand le Bon Dieu voudra nous dépaganiser, il est obligé de nous contrarier dans le jugement et dans la volonté.  Donc il faut que ce soit par nos supérieurs, comme on l’a montré dans l’instruction précédente.  Il faut donc qu’ils soient ou qu’ils me paraissent, peu importe, insensés et méchants pour moi.  Alors pour mon païen ce n’est plus vrai qu’ils sont sages et bons: je les trouve fous et méchants!  Évidemment si j’étais plus surnaturel, je verrais tout de suite le côté divin et je l’accepterais.  Mais je suis encore païen et je les trouve insensés et cruels.  Cependant à ce moment-là, je ne comprends pas encore la distinction entre la mentalité païenne et chrétienne, précisément parce que personne ne m’en a parlé.  Alors pour moi ce qu’on m’a dit des supérieurs n’est pas vrai: les miens sont bel et bien tout le contraire de ce qu’on m’avait laissé entendre.  Le tort des Pères formateurs est de ne pas expliquer le point de vue des commençants et tous le sont tant qu’ils n’ont pas été éprouvés longtemps par des supérieurs malcommodes.  Ils devraient nous expliquer ce que nous avons expliqué dans nos méditations sur l’obéissance que tant de philosophes pas du tout psychologues vont condamner sûrement.  Mais que d’inférieurs vont bénir le ciel d’avoir enfin une explication de leurs nombreuses épreuves venant de la part des supérieurs qui les renversent tant et qui leur font perdre leur vocation à un si grand nombre.
Pour une fois dans l’histoire de l’Église, à ma connaissance les inférieurs vont avoir leur point de vue expliqué!  Quand même que c’est parce qu’ils sont imparfaits qu’ils trouvent leurs supérieurs insensés il faut toujours bien leur donner un remède adapté à leur mentalité actuelle… et ce remède est justement celui que nous donnons dans l’instruction sur l’obéissance, que nous avons appris à nos dépens en Alaska et uniquement du bon Dieu qui a eu pitié de mon ignorance et de ma misère… et des larmes!  Je voudrais en faire bénéficier tous les inférieurs du monde entier… si le bon Dieu veut bien protéger ce manuscrit contre les orgueilleux philosophes qui n’ont jamais rien compris à la mentalité des inférieurs puisque pas un ne leur a jamais donné ce remède merveilleux qui calme tant les cœurs et qui fait de véritables obéissants selon la foi.  D’abord Dieu nous rendait l’obéissance d’autant plus dure qu’elle ne venait pas du vrai supérieur, mais du second qui menait le premier.  Le Père Lucchési était la bonté même et avait un bon jugement: Dieu le mit de côté pour un vrai scalpel!  Notre Ministre était le Père Perron, un Italien d’Aoste, du nord de l’Italie.  Il était profès et donc bien doué intellectuellement au point de vue des études spéculatives où une bonne mémoire et une certaine perspicacité suffisent, mais elles ne constituent pas le jugement, comme on pourra le constater par notre récit des faits et gestes en Alaska.  Il était pieux et disait son chapelet très souvent, lisait les livres spirituels et était bon causeur en récréation.  Il ne supportait aucune contradiction, pas même du supérieur de sorte que pour avoir la paix, le Père Lucchési cédait toujours devant le P.  Perron; nous étions sacrifiés pour le plus entêté… Il était tellement convaincu de la supériorité de son esprit sur le nôtre qu’il ne s’arrêtait même pas à nos critiques, les considérants comme de purs enfantillages, de sorte qu’il ne donnait guère de prise aux chicanes, car il nous ignorait complètement.  Jamais il n’a soupçonné ce qu’il m’a fait souffrir personnellement ni aux autres, quoique quelques-uns soient sortis de la Compagnie à cause de lui, que d’autres ont dû demander des changements pour l’éviter.  Toutes mes souffrances de l’ennui, des longs mois d’hiver, de la saleté ou de la pauvreté ne sont rien comparés à celles que j’ai reçues de ce bon et savant Jésuite!  Je ne savais pas dans le temps qu’il est normal d’avoir à souffrir plus des siens que des étrangers.  Je l’ai appris sur les bords du Yukon et le reste de ma vie devait singulièrement confirmer cette constatation.  Le bon Dieu a attendu quelques mois pour me donner le temps de m’acclimater un peu à mes nouvelles conditions de vie missionnaire.  Il trouvait que j’en avais assez d’être mangé tout rond par les maringouins, de me résigner au sacrifice total de mes ambitions de devenir un grand savant dans les grands centres intellectuels du monde.  Quelle déception!  chez les Esquimaux pour le reste de mes jours!  J’avais bien besoin de tout l’hiver pour enfin me résigner à mon sort dans les tristes conditions de vie en ces temps-là.  Notre vie était si insignifiante qu’il n’y avait rien de spécial pour nous contrarier.  Je restais avec mes grands Esquimaux dans une cabane à part et je ne prenais pas même mes repas avec les Pères, excepté quelques jours de fête de sorte que j’étais rarement avec les nôtres et j’en étais bien aise!  Le P.  Perron trouvait moyen de contredire tout ce que les autres affirmaient.  Les discussions étaient souvent très vives de sorte que j’aimais autant être seul dans ma cabane et manger après les autres.  On me donna comme besogne la charge du bureau de poste et celle de maître d’école.  J’enseignais cinq heures par jour aux jeunes Esquimaux de dix à dix-sept ans à peu près; il y en avait une trentaine; ceux-là restaient dans une maison spéciale avec mon compagnon, le P.  Sigouin, encore scolastique comme moi.  Après les classes, lui en était chargé et moi je m’en allais dans ma petite cabane où je vivais avec 16 à 20 grands Esquimaux autour de 20 ans, comme leur surveillant, après leur travail fini avec les Pères, qui consistait surtout à nous approvisionner de bois et de poisson.
C’est au sujet de l’école que j’eus ma grande épreuve d’obéissance.  Il pleuvait tellement dans cette vieille cabane que les enfants devaient mettre leur imperméable et ils ne pouvaient pas s’asseoir, les bancs étant couverts d’eau et moi je devais tenir un parapluie pour lire dans un livre ou pour écrire au tableau!  Comme nous avions du papier goudronné et des bardeaux, je demande au P.  Supérieur de réparer mon toit; je m’offre de le faire avec mes grands.  Il me permet tout de suite et je me mets en frais de le faire.  Le P.  Perron arrive: Que faites-vous là?  — J’ai la permission de réparer mon toit et je le fais!  — Il m’avait d’abord refusé son menuisier pensant de m’arrêter par là.  Quand il me vit à l’oeuvre, il va chez le P.  Lucchési et dispute tellement que le P.  Lucchési vient me dire de cesser le travail.  Et dire que dans deux heures je finissais!  J’aurais bien pu me mettre en grève et refuser de faire la classe dans des conditions si absurdes, mais je remercie d’avoir eu le courage de continuer pour l’amour de Dieu seul!  Voici ce qui était exaspérant.  Dans le temps, je ne comprenais pas toute la finesse de Dieu pour casser mon jugement.  Je ne voyais que la bêtise phénoménale de notre Ministre.  Il avait lu dans une revue qu’il était question d’avoir un Évêque en Alaska.  Tout de suite il met son menuisier à lui orner une chambre qu’il ferait dans la nouvelle maison qu’il était question de bâtir un jour.  Il lui faisait faire des rosaces, des corniches sculptées et des meubles artistiques.  Ça ne pressait pas; Mgr Grimont a été nommé sept ans après et il ne devait jamais vivre à Ste-Croix… et pendant deux étés je faisais la classe à la pluie!  avec tout le matériel nécessaire à la portée de la main… et dans deux ou trois heures nous pouvions réparer le toit suffisamment!  Et Dieu mettait cet imbécile en travers de mon chemin!  Que c’est dur d’obéir dans ces circonstances!  J’aurais bien voulu avoir avec moi mes maîtres qui nous répétaient que les supérieurs ont toujours raison.  Peut-on imaginer une sottise plus grande que celle-là?  Mais les bois seuls entendirent mes plaintes à Dieu et mes gémissements.  Je disputais d’abord, je demandais à Dieu comment il pouvait faire du monde si bête!… Puis, je priais, lui faisait des excuses, je me calmais un peu et souvent je recommençais la même kyrielle de plaintes et de prières.  Il faut dire que nous gardons les enfants à l’année là-bas et que même pendant les mois d’été on leur fait la classe.  Or la saison des pluies commence à la fin de juillet et dure jusqu’aux gelés en septembre.  Mais j’avais besoin de trois années de ces exercices spéciaux d’obéissance avant de comprendre le plan divin parfaitement dans cette vertu.  Ils n’ont pas manqué!  Pendant l’hiver une dame riche nous donne $16,000.00 pour notre nouvelle maison dont on avait sûrement besoin car la vieille n’était qu’en bois rond et très froide et trop petite.  Quel mauvais sang nous ont fait faire ces milliers de piastres!  C’est presque incroyable toutes les sottises qui se sont faites pour bâtir cette maison!  Je ne crois pas vraiment qu’il y ait une seule chose dans cette maison que j’aurais approuvé et tous les autres étaient de mon avis.  Qu’il suffise de montrer les grandes lignes de cette série interminable de manques de jugement!
D’abord la vieille maison était dans la partie la plus basse de la cour des élèves de sorte que notre petite cave de 4 pieds était souvent pleine d’eau au printemps.  Il y avait à trente pieds de là une petite élévation assez grande pour mettre la nouvelle maison.  Nous voulions tous la mettre là où l’eau n’aurait jamais pénétré dans la cave.  Il décida de la bâtir exactement à la même place où il creuserait une cave de huit pieds.  Nous avions beau lui dire que cela ferait huit pieds d’eau au lieu de quatre, il tint bon contre tous.  Un autre avantage pour nous c’est que nous pourrions continuer d’habiter là jusqu’à ce que la nouvelle maison fût finie.  Alors il fallait «mouver» cette maison faite en deux tronçons et de gros bois rond, calfeutrée de bouse de vache.  Les Frères plaidaient qu’ils n’avaient pas assez de vis ni d’autres instruments pour soulever cette masse disjointe et toute d’une pièce, comme il le voulait absolument.  Ils auraient pu la démonter en un jour et la remonter dans un autre jour, il ne consentit jamais!  Ils passèrent six semaines à niaiser autour de cette vieille baraque sans aucun résultat.  Or c’était les seules belles semaines de beau temps qu’on pouvait avoir en été, car la saison des pluies commence à la fin de juillet, le jour de Ste-Anne pour les trois années que je fus là.  Enfin, en voyant la pluie arriver, il consentit à la défaire et en 2 jours elle était transportée ailleurs.  Pendant ce temps il mit la communauté sous la tente… où elle était encore à Noël par des froids de plusieurs degrés sous zéro!  J’étais content d’avoir ma cabane pour coucher et y vivre dans mes temps libres.  Quelles protestations de tout le monde quand on vit ses plans!  Pour 5 ou 6 Jésuites il fit un plan de son scolasticat de Chieri, en Italie, à trois étages et demi avec de grands corridors de sept pieds de large et un grand escalier tournant de 5 ou 6 pieds de large coupant les trois étages.  Elle avait 50 pieds de long sur 30 de large et 40 de haut.  Il mettait ses poêles dans les corridors pour chauffer les chambres!  On ne peut pas être plus bête au monde!  On lui dit que la chaleur monterait par son escalier avant d’aller dans les chambres d’à-côté.  Non.  La chaleur irait dans les chambres où il la voulait!!!  J’ai vu les fenêtres des Frères sous le toit ouvertes par des froids de 45° sous zéro parce qu’ils avaient trop chaud… et le P.  Perron avec son gros paletot de fourrure passant son temps à mettre du bois dans ses deux gros poêles dans le corridor et gelant tout rond, le misérable!  Il ne l’avait pas volé, l’imbécile.  Quand je vis les dimensions de la maison, je pensais qu’il me mettrait dedans avec mes Esquimaux; mais pas du tout!  Je devais rester dans ma vieille cabane et j y suis resté, pendant que nos six Jésuites se perdaient dans leur «scolasticat» colossal!  Un jour je le vois mesurer l’endroit de la nouvelle chapelle et je remarque qu’elle n’est pas plus grande que la vieille où 15 à 20 Esquimaux seuls pouvaient entrer.  J’attire son attention; il connaissait son affaire et il y aurait de la place pour tous les Esquimaux!… Eh bien, il n’y en avait pas assez!  Et il la mit de travers dans la maison pour qu’on ne puisse pas l’agrandir.  Il la fit un demi étage plus haute que les chambres; il se trouvait à avoir des chambres au-dessus qui n’avaient que 6 pieds et donc 4 pieds au-dessus du corridor où il fit des espèces de balcons pour arriver aux chambres.
Un jour le Frère Joseph Côté finissait la rampe de l’escalier qui conduisait à la cave absolument obscure et où seul le cuisinier irait chercher ses légumes.  Il pensait bien qu’un poteau par marche suffisait.  Le Père lui fait tout défaire et mettre deux poteaux par marche car c’était plus artistique!!!  et le Frère s’exécuta sans maugréer!  Il en fallait de la foi pour travailler pour un tel homme!  Moi, je n’étais témoin que de ses bêtises et je trouvais cela bien dur.  Les pauvres Frères devaient les exécuter à la journée!… Une autre fois, le même Frère finissait de poser une moulure autour de la chapelle sculptée à la main et qui lui avait demandé beaucoup de travail.  Le Père arrive, regarde et lui crie d’en bas: Frère, un 13e de pouce trop court!  arrachez-la et faites-en une autre!  Le Frère plaide pour boucher cette petite fente invisible, rien ne paraîtra!  Le Père en exige une autre d’un 13e de pouce plus longue!!!  Mieux que cela.  Les menuisiers avaient travaillé à la main plusieurs semaines une grosse moulure de 3 pieds de haut pour mettre à l’extérieur autour de la maison.  Il manquait un quart de pouce: descendez-la et faites-en une autre.  Une soudure d’un quart de pouce à trente pieds du sol aurait défiguré la maison!… et les Frères obéirent comme toujours… Nous avions un moulin à scie, avec du bouleau et de la pruche en quantité; il nous semblait à tous qu’un plancher fait de ces bois était assez bon pour des vieux missionnaires d’Esquimaux, vivant habituellement dans la saleté.  Mais non, il fit venir de Chicago le plus beau bois dur possible, en belles petites languettes, comme dans les plus beaux couvents de Soeurs.  Le «fret» seul nous coûta plusieurs centaines de dollars!  Terminons cette liste qui serait interminable, par un bijou!  Il lui prend l’idée de mettre les toilettes dans l’intérieur de la maison, sachant que nous ne pouvions pas encore avoir l’eau courante.  Encore une fois tout le monde protesta à cause de l’odeur inévitable.  Il dépassa nos prévisions!  Il mit un grand réservoir vide de 50 gallons, six pouces au-dessus du four de la boulangerie.  On eut beau crier que sa marmite bouillirait et nous empesterait tous.  C’était faux, puisqu’il ne le voulait pas, lui!  Il nous empoisonna un bon mois avant de se résigner à sortir sa barrique infernale!… On peut imaginer un peu ce qui sortait de cette tête habituellement par ces échantillons de son manque de jugement.  Quelques-uns sortirent de la Compagnie et d’autres revinrent au pays les nerfs épuisés par la lutte constante contre les sottises de ce Père qui avait été supérieur plusieurs années et qui continuait de l’être de fait après que son successeur avait été nommé.  Il est sûrement un de mes plus grands bienfaiteurs: je devais être le seul au monde pour avoir la tête plus dure que lui!  J’avais absolument besoin de ces trois années d’exercices continuels de contradiction pour arriver enfin à comprendre un peu le renoncement à mon jugement et le plan providentiel de Dieu dans l’obéissance à des supérieurs malcommodes.
Quand le coeur était trop plein je m’en allais dans les bois environnants ou sur les montagnes pour le déverser devant Dieu en plaintes et en pleurs mélangés de prières pour mieux comprendre la sagesse de Dieu dans cette sorte de supérieurs.  Il me semble que j’ai été exaucé en bonne partie: je le comprends et ces sottises ne me surprennent plus.  Qu’on n’aille pas croire qu’elles sont exceptionnelles; peut-être pour les païens de mentalité qui refusent de s’y soumettre quand Dieu leur en envoie.  Mais pour ceux qui veulent obéir à tout prix, elles sont ordinaires et normales; qu’en disent les philosophes ce qu’ils voudront!  Les supérieurs ne l’admettent pas parce qu’à l’exemple du P.  Perron, ils ne savent ce qu’ils font.  Il n’a jamais soupçonné tout ce qu’il nous a fait souffrir.  Qu’on me trouve quelqu’un qui obéit sans rien dire à une sottise de son supérieur et il verra sa vie remplie de ces manques de jugement pour lui de la part de ses supérieurs.  Quant à moi, le reste de ma vie devait confirmer la doctrine que j’ai apprise en Alaska et que j’expose dans mon instruction sur l’obéissance!  Que Dieu en soit béni jusqu’au fond de l’éternité!

vendredi 30 janvier 2015

La psychanalyse ou l'idole vacillante

Le dernier numéro, de juin à août 2003, des Cahiers de St Raphaël, revue trimestrielle de l'Association Catholique des Infirmières, Médecins et Professionnels de Santé, appelée en abrégé ACIM, est d'autant plus réjouissant qu'il est décapant et hors de la pensée « correcte », conformiste. Pour les générations élevées sur les autels de Marx et Freud et pour ceux qui vont exprimer dans une naïve confiance leur détresse et leur mal-être dans les cabinets de « psy » on ne peut que leur dire : « l'idole freudienne vacille sur ses bases, elle sera bientôt à bas ». C'est le sous-titre de la revue : la psychanalyse est l'idole vacillante d'une catastrophe culturelle et médicale ».
Qu'est-ce que la psychanalyse ?
C'est le refus de l'âme. Comme on ne tue que ce que l'on remplace, Freud. qui était B'naï Brith, c'est-à-dire franc-maçon juif, depuis le 23 septembre 1897 (il est né en 1856 et mourra en 1939), a voulu faire disparaître la réalité de l'âme en lui substituant l'inconscient. Cette notion est très commode puisqu'on peut toujours objecter à quelqu'un que ses vraies pensées, ses vrais sentiments, ses vrais désirs, sont inconscients car, par définition, il n'en a pas conscience. C'est le principe de l'alchimie franc-maçonne : on détruit la vraie personnalité, l'âme, dans sa relation avec Dieu, pour la remplacer par un magma chaotique où la personne n'est plus que le jouet du « psy » et, par lui, des directives idéologiques dont il est porteur. Le Dr Jean-Pierre Dickès, président de l'ACIM, écrit dans son éditorial : « La psychanalyse parait... une tentative dérisoire de régler sans Dieu les difficultés de la condition humaine. Faut-il être naïf pour croire en cette ahurissante théorie d'un inconscient qui nous libère par le rêve, le lapsus ou le divan du psy ? Parodie de la seule Vérité qui rend libre » (p.5). D'ailleurs, c'est bien parce que la pseudo Vérité de la psychanalyse est aliénante que « les grands-prêtres de cette pseudo religion se suicident 285 fois plus que le reste de la population » : ainsi Freud demandera pour lui-même « le suicide assisté », Bettelheim se liera la tête dans un sac en plastique et Lacan, après avoir dissout l'école de psychanalyse française se fera euthanasier au potassium.
Le pouvoir destructeur de la psychanalyse
A la suite de Luther. Freud abolit la raison et la liberté : il pense que nous sommes régis par le déterminisme de nos pulsions dont la plus forte est la libido, l'énergie sexuelle liée à Thanatos, le principe de mort. Cela signifie que la sexualité n'est pas vue par Freud comme un pouvoir créateur de vie et expression d'amour mais comme un pouvoir destructeur par le refoulement qu'elle occasionne, aussi bien par sa répression en raison de normes sociales que par peur d'une force difficilement maitrisable en nous. Le Dr Philippe de Labriolle, psychiatre des hôpitaux CES de psychiatrie et de criminologie, écrit dans son article Avatars et avanies du tragique : « Nous n'avons pas vu un seul malade guéri par la psychanalyse, mais nous avons vu beaucoup de collègues non-malades fragilisés par leur psychanalyse et dépendants de leur psychanalyste jusqu'à en être dérisoires » (p.26). Le fameux « transfert » ou illusion amoureuse du patient envers son psychanalyste n'amène jamais que la vacuité d'un vain désir. Reste, comme le dit le Dr Labriolle, la vanité, en consultant les « psy », de se sentir faire partie d'une élite. Et puis, quel plaisir de parler de soi aussi longtemps que l'on veut sans être interrompu ! Godeleine Lafargue, docteur en philosophie, remarque que la gloire et l'argent sont les mobiles de Freud. Il déteste les malades : « Les patients, c'est de la racaille, je leur tordrais bien le cou à tous... dans la vie, je suis terriblement intolérant envers les fous » (p. 48). et le Dr Nghiem constate : « la psychanalyse a été construite à partir de 6 cas cliniques seulement... sans aucune vérification expérimentale » (p.51).
L'hérésie freudienne
L'article de l'abbé Alain Lorans,
L'hérésie freudienne », montre que Freud, en s'attaquant à l'homme, « image de Dieu, a cherché à rendre impossible la ressemblance. En dissolvant la partie supérieure de l'âme humaine, en sapant l'intelligence et la volonté, il a voulu interdire à l'homme toute ressemblance avec Dieu » (p 56). Comme le dit St Bernard, d'après Gilson (« La théologie mystique de St Bernard ») : « L'image de Dieu en nous ne peut se perdre ; c'est pourquoi l'homme reste l'homme avant comme après la faute : mais la ressemblance de Dieu en nous peut se perdre » (p. 54-55).
Même si la psychanalyse est le thème le plus important et le plus traité des derniers Cahiers St Raphaël, signalons aussi l'article du Dr Nghiem contre le Q.I. suppose mesurer l'intelligence, « Le culte de l'horreur » où Béatrice Sabran parle d'un livre où Mgr Rouet exalte la laideur, « Le rôle de la musique dans la psychothérapie »            de Pierrette Beutter, des critiques de livres, des nouvelles de l'ACIM et de très intéressantes brèves. La plus intéressante est peut-être celle qui affirme que le clonage humain est impossible car la technique du clonage entraîne « la disparition de 2 protéines indispensables à l'arrangement des chromosomes » (p.101).
Qu'il s'agisse de clonage ou de psychanalyse, une des explications de leurs inventeurs. apprentis sorciers, ne viendrait-elle pas du vers de Vigile ? : « Si je ne peux pas remuer le ciel, j'irai remuer les enfers ».
M.R.
 
source: Monde et Vie, n°719, 14 août 2003

mardi 27 janvier 2015

Le signe de la croix



On lit dans la Semaine religieuse de Grenoble : L’étrange récit que nous reproduisons est authentique, car, avant de le publier, nous avons voulu en connaître et en posséder toutes les preuves. Le P. Jandel lui-même l’a raconté à plusieurs témoins, dont les dépositions sont entre nos mains.

Cette intervention personnelle de Satan au milieu des loges maçonniques n’est pas, du reste, un fait isolé. Bien souvent déjà les feuilles religieuses et les ouvrages chrétiens l’avaient constatée. À Lyon, en particulier, cette action diabolique s’est fréquemment fait sentir, et la ville, pourtant si chrétienne, aimée et bénie par la Vierge de Fourvière, est encore aujourd’hui le théâtre d’apparitions infernales, de scènes effrayantes où se commettent les plus horribles sacrilèges, où les saintes hosties consacrées sont l’objet d’épouvantables profanations!

Le P. Jandel, dominicain, prêchant à Lyon, fut pressé par un mouvement intérieur d’enseigner aux fidèles la vertu du signe de la croix; il ne résista point à cette inspiration et prêcha.

Au sortir de la cathédrale, il fut rejoint par un homme qui lui dit :

-          Monsieur, croyez-vous à ce que vous venez d’enseigner?

-          Si je n’y croyais pas, je ne l’enseignerais pas, répondit-il; je n’enseigne que ce que je crois. La vertu du signe de la croix est reconnue par l’Eglise, je tiens pour certaine la vertu du signe de la croix.

-          Vraiment… reprend son interlocuteur étonné… Vous y croyez! Eh bien! Moi, je suis franc-maçon et je n’y crois pas; mais, parce que je suis profondément surpris de ce que vous nous avez enseigné, je viens vous proposer de mettre à l’épreuve le signe de la croix… Tous les soirs nous nous réunissons dans telle rue, à tel numéro; le démon vient lui-même présider la séance. Venez ce soir avec moi. Nous nous tiendrons à la porte de la salle; vous ferez le signe de la croix sur l’assemblée, et je verrai bien si ce que vous nous avez dit est vrai.

-          Je croix à la vertu du signe de la croix, ajouta le P. Jandel; mais je ne puis pas sans y avoir mûrement pensé, mettre à l’épreuve ma foi. Donnez-moi trois jours pour réfléchir.

-          Quand vous voudrez éprouver votre foi, je suis à vos ordres!... reprend encore le franc-maçon; et il donne son adresse au Dominicain.

Le P. Jandel se rendit aussitôt auprès de Mgr de Bonald et lui demande s’il devait accepter ce défi, au nom de la croix.

L’archevêque réunit quelques théologiens et discuta longtemps avec eux le pour et le contre de cette démarche. Enfin, tous finirent par être d’avis que le P. Jandel devait accepter.

-          Allez, mon fils, lui dit alors Mgr de Bonald, en le bénissant, et que Dieu soit avec vous.

Quarante-huit heures restaient au P. Jandel, il les passa à prier, à se mortifier, à se recommander aux prières de ses amis, et, vers le soir du jour qui avait été désigné, il alla frapper à la porte du franc-maçon.

Le franc-maçon l’attendait. Rien ne pouvait révéler le religieux; il était vêtu d’un habit laïque, seulement il avait caché une grande croix sous cet habit.

Ils partent et arrivent bientôt dans une grande salle, meublée avec beaucoup de luxe et si brillamment éclairée que les yeux en étaient éblouis.

Ils s’arrêtent à la porte… Peu à peu, la salle se remplit, et tous les sièges allaient être occupés lorsque le démon apparait sous la forme humaine.

L’introducteur du Révérend Père lui dit :

-          Le voilà!

Et aussitôt, tirant de sa poitrine le crucifix qui y est caché, le R.P. Jandel l’élève de ses deux mains, en formant sur l’assistance le signe de la croix.

Un coup de foudre n’aurait pas eu un résultat plus inattendu, plus subit, plus éclatant!...

Les bougies s’éteignent, les sièges tombent renversés les uns sur les autres, tous les assistants s’enfuient…

Le franc-maçon entraîne le P. Jandel et, quand ils sont bien loin, sans pouvoir se rendre compte de la manière dont ils ont échappé aux ténèbres et à la confusion, l’adepte de Satan se précipite aux genoux du prêtre.

-          Je crois, lui dit-il, je crois! Priez pour moi! Convertissez-moi! Entendez-moi!...

Le P. Jandel n’a pas nommé ce franc-maçon, qui a mené jusqu’à la fin de a vie la conduite la plus édifiante.