« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

jeudi 31 décembre 2015

La Circoncision de Notre Seigneur - Abbé Emmanuel Barbier



La Sainte Famille ne resta pas longtemps dans l'étable. L'humanité faisait aux gens de Bethléem un devoir de ménager à la jeune mère et au nouveau-né une demeure plus convenable que la grotte. Ils n'y manquèrent certainement pas, surtout quand on eut appris les événements de la nuit miraculeuse. Mais Marie et Joseph, fidèles à l'esprit de Dieu, ne durent accepter qu'un logis très modeste, peut-être la maison de l'un des bergers. Là s'accomplit un acte de haute importance. « Lorsqu'au bout de huit jours fut arrivé le temps de circoncire l'enfant, on lui donna le nom de Jésus, ce nom qui avait été marqué par l'ange avant que sa mère le conçût. »

La circoncision, rite particulier aux Israélites, était le signe de l'alliance que le Seigneur avait contractée avec Abraham, quand il le fit père d'un peuple nouveau, au sein duquel naîtrait le Messie. Ce signe, imprimé dans la chair, devait distinguer ce peuple des nations profanes. Il était un gage des promesses divines dont la race élue était devenue dépositaire. La circoncision marquait l'incorporation à la nation, et, en conséquence, elle signifiait aussi l'acceptation de la loi et de tous ses devoirs. Elle exprimait symboliquement, par l'incision pratiquée, la mortification ou la circoncision du cœur, indispensable pour demeurer dans la fidélité à Dieu. L'enfant recevait dans cette cérémonie le nom qu'il devait porter, C'est à partir de ce moment qu'il commençait à faire partie réellement de la société; il avait dès lors une existence légale et religieuse. La circoncision avait donc une certaine analogie avec le baptême, qui n'efface pas seulement le péché originel, mais nous introduit dans la société chrétienne, nous soumettant à la foi et à la loi morale de l'Eglise. D'ordinaire, c'était le chef de famille qui accomplissait le rite sacré et qui imposait le nom à l'enfant. II était circoncis dans la demeure de ses parents. Pour rendre la solennité plus grande, on invitait dix témoins, et l'un d'eux, qui répondait aux prières prescrites, faisait en quelque sorte l'office de parrain.

Notre Seigneur Jésus-Christ n'était point assujetti à la circoncision, et il aurait pu se dispenser de cette douloureuse et humiliante cérémonie. Sa conception divine et sa naissance étaient exemptes de toute souillure ; il ne portait point le péché d'Adam et n'était pas sujet aux suggestions de la chair. En outre, un prince n'est pas astreint aux lois qu'il impose à ses sujets en tant que tels, comme la loi de l'impôt. Or l'Homme-Dieu était le législateur et le chef de l'Ancien Testament, et n'était donc pas soumis aux obligations de ses lois ; et on le verra dans la suite proclamer plus d'une fois son indépendance.

Cependant il ne voulut pas se soustraire à celle-ci. Il était venu pour prendre sur lui nos infirmités et nos misères, et nous racheter par ses humiliations, par ses souffrances et l'effusion de son sang. Il ne pouvait donc lui convenir de s'affranchir de la charge imposée aux autres. Il voulait, comme nous l’apprend saint Paul, prendre sur lui la marque et l'apparence du péché, qui n'avait aucune prise sur lui, mais qu'il venait expier, et s'assujettir volontairement à la loi, pour transformer son joug pesant en celui dont il dira un jour qu'il est un joug suave. Il voulut en môme temps nous donner une nouvelle preuve de la réalité de son Humanité sainte, et aussi s'incorporer môme extérieurement au peuple choisi de Dieu, se faire reconnaître pour descendant d'Abraham. Après avoir revêtu.la nature humaine, choisi une patrie, une nationalité, il choisit aujourd'hui une religion déterminée, et il ôte par là aux Juifs un prétexte de repousser sa doctrine, ce qu'ils n'auraient pas manqué de faire, eux qui regardaient les incirconcis comme des profanes, réprouvés de Dieu.

En ce jour, ayant pris une chair mortelle, le Dieu qui répondit à Moïse, quand le prophète lui demanda comment l'appeler : « Je suis Celui qui est », se laissa donner un nom. Le nom adorable de Jésus, choisi par le Seigneur lui-même, révélé à Marie et à Joseph, signifie Sauveur, et, plus exactement, Dieu sauveur. Il dit la nature, l'être, la mission de l'Homme-Dieu. D'autres l'avaient porté avant lui parmi son peuple, mais à lui seul il était réservé d'en réaliser la signification. Jésus était le nom hébraïque de Josué, figure du Christ, qui introduisit les Hébreux dans la Terre promise. Le Sauveur véritable devait nous introduire dans l'Eglise et dans la vraie Terre promise, le Paradis. Le nom de Jésus est le nom propre et caractéristique de l’Homme-Dieu. Pour nous c'est un vrai sacramental. Tout ce que le Sauveur a été pour nous, son Nom l’est aussi : c'est le gage du pardon de nos péchés, l'assurance que nos prières sont exaucées, la consolation dans les peines, un nom de toute bénédiction. Pour le Sauveur, le Nom de Jésus est un instrument de gloire et de majesté, puisqu'il lui attire honneur, louanges, confiance, adoration et amour. Il est aussi la récompense triomphante des labeurs et des souffrances delà Rédemption : « Au nom de Jésus, tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers. » L'homme-Dieu porta bien des noms divers, mais aucun ne lui était plus cher que celui-ci, parce qu'il lui rappelait sans cesse notre souvenir. Voilà pourquoi ce Nom retentit partout dans sa vie : il est prononcé sur son berceau ; il sera inscrit sur sa croix au Calvaire.


Jésus est donc le nom propre du Sauveur. Les prophètes l'avaient désigné sous plusieurs autres, mais pas à ce titre. Isaïe lui donne celui d'Emmanuel, non comme celui sous lequel il sera connu, mais pour signifier ce que Jésus-Christ devait être, et en effet, puisqu'il est en môme temps Dieu et homme, et qu'il a vécu parmi les hommes, il a été véritablement ce que signifie ce nom : Dieu avec nous. C'est ainsi que le même Isaïe dit encore : « Il s'appellera Admirable, Conseiller, Dieu fort, Prince de la paix, Père du siècle futur. » Ce qui ne veut pas dire qu'aucun de ces noms doive être son nom propre, mais qu'il sera tout ce que ces noms signifient, et qu'il n'y eu a aucun de ceux-là qui ne lui convienne.

Abbé Emmanuel Barbier - Vie populaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ Tome I

dimanche 20 décembre 2015

Père Onésime Lacouture - 1-10 - La Présentation de Jésus


NEUVIÈME INSTRUCTION
LA PRÉSENTATION.

«Celui-ci a été placé pour la ruine et pour la résurrection de beaucoup en Israël et pour être un signe auquel on contredira.» L.  2.

Plan Remarque.  (De soumission.  La Présentation est un acte: (D’offrande à Dieu.  (De manifestation au monde.  (Sa joie de voir Jésus.  Cantique de Siméon: (Jésus, signe de contradiction (Glaive de douleur pour Marie.  Anne, la prophétesse: (Modèle d’action catholique.  

REMARQUE Il est important de remarquer que Jésus nous enseigne d’abord par ses actes et ensuite par sa doctrine.  Tout ce qu’il fait pendant les trente ans qui précèdent sa prédication orale est déjà une prédication en acte.  L’Evangile dit qu’il a commencé à faire et ensuite à enseigner.  Il enseignera sa propre vie, ce qu’il a pratiqué lui-même pendant trente ans avant de prêcher.  Ce qu’il dira plus tard, au lavement des pieds, s’applique à toute sa vie: «Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez de même.» St.  Jean dit que nous devons marcher comme Jésus a marché, c’est-à-dire, comme il a vécu.  Comme nous étudions ses discours phrase par phrase et même mot par mot, ainsi nous devons étudier sa vie action par action, examiner sa démarche, ses occupations et dans son enfance ce que les autres lui font faire par ordre de Dieu.

Le Verbe s’est fait homme pour nous apprendre à vivre divinement tout en restant hommes.  Or le divin est caché dans les actions de son humanité, il faut donc les étudier dans le détail pour découvrir ce divin.  Les paroles de ceux qui l’entourent nous aideront souvent à nous orienter selon le divin que Dieu veut nous montrer dans tel et tel mystère de la vie de Jésus.  Enfin le divin ne se montre qu’à la foi.  Servons-nous de nos sens et de notre raison pour examiner les actes visibles, puis passons vite à ce que la foi nous enseigne au-delà des choses visibles.  Il faut nous servir des deux constamment; le danger est qu’on s’arrête trop aux choses visibles et qu’on n’a pas le temps de monter aux invisibles montrées par la foi.  Or, le monde de la foi est celui de Dieu qui nous dépasse infiniment; il nous faut Dieu pour nous faire entrer là et faire agir selon la foi.  C’est pourquoi il faut prier surtout avec un grand désir de pénétrer davantage dans l’activité trinitaire que Jésus vient nous apporter.  Comme plus tard pour guérir les infirmes Jésus exigera un acte de foi en lui et en sa divinité, ainsi dès maintenant, c’est le même divin que nous voulons pénétrer; il faut donc exciter notre foi et en demander à Dieu constamment.  Comme un élève a besoin d’intelligence pour faire un cours d’étude, nous avons besoin de foi pour étudier Jésus de façon à ce qu’il daigne se manifester à notre âme. 
Prions donc.  la présentation est un acte…

De soumission à Dieu selon cette parole de St.  Luc que Joseph et Marie allèrent à Jérusalem pour accomplir la loi.  Pour perpétuer le souvenir de la délivrance d’Egypte Dieu avait ordonné cette cérémonie.  Exode, 13-11: «Quand Yahweh t’aura fait entrer dans le pays des Chananéens, comme il l’a juré à toi et à tes pères, et qu’il te l’aura donné, tu consacreras à Yahweh tout premier-né… les mâles appartiennent à Yahweh… tu rachèteras aussi tout premier-né de l’homme parmi tes fils.  Et lorsque ton fils t’interrogera un jour en disant: Que signifie cela?  tu lui répondras: Par sa main puissante Yahweh nous a fait sortir d’Egypte, de la maison de servitude…» Marie n’était pas tenue de se présenter puisqu’elle n’avait pas conçu d’un homme et n’avait pas perdu sa virginité en le mettant au monde.  Mais comment dire ces choses humainement impossibles?  Pour éviter le scandale, elle fait comme si elle était tenue.  Cette loi nous montre combien Dieu tient à notre reconnaissance pour ses bienfaits.  Dieu a fait incomparablement plus pour nous, il nous a délivré de l’esclavage de Satan qui devait toujours durer et il nous conduit, non pas en une terre promise, mais à la vision béatifique.  Ce qu’il a fait pour les Juifs n’était que la figure de ce qu’il fait pour nous.  Aussi l’Eglise a institué des fêtes solennelles pour commémorer ces principaux bienfaits, comme Pâques, la Pentecôte, la Fête-Dieu, du Sacré-Cœur, Noël, etc. 

Or, combien de chrétiens célèbrent ces fêtes en esprit de foi?  En esprit de reconnaissance pour le bienfait divin qu’elles rappellent respectivement?  Quel dommage que les fidèles ne suivent pas mieux le cycle des fêtes liturgiques avec l’esprit convenable à chacune?  La solennité extérieure est là, mais il manque l’esprit surnaturel avec la reconnaissance qui devraient les accompagner dans le cœur des fidèles.  Que les prêtres parlent plus souvent de la gratuité de l’ordre surnaturel et de la rédemption afin d’exciter cette reconnaissance chez les fidèles.  Dieu n’était pas tenu du tout de faire ce qu’il a fait pour nous.  Un bon moyen et le seul pratique pour donner cet esprit liturgique, c’est de faire lire la Bible à tout le monde.  L’EspritSaint a fait écrire là tout ce qui peut être utile pour donner une mentalité surnaturelle.  Trop de prêtres ont peur de la faire lire: ils apportent toutes sortes d’abjections exactement comme les jansénistes faisaient contre la réception fréquente de l’Eucharistie.  Or, ces deux choses doivent être traitées exactement de la même façon: les deux sont le pain ordinaire de l’âme dans l’ordre surnaturel.  Est-ce qu’il ne faut pas préparer les enfants à la première communion?  Est-ce qu’il n’y a pas d’abus dans la communion?  Eh bien, qu’on prépare les fidèles à se nourrir de la Bible comme on les prépare à se nourrir de l’Eucharistie.  Les prêtres devraient donner des leçons de Bible à leur paroissiens régulièrement, comme le dimanche après-midi ou sur semaine.  Evidemment il va falloir qu’ils commencent par se préparer eux-mêmes; ah bien, qu’ils le fassent!

Un acte d’offrande à Dieu.  Il n’y a pas de doute que pour Marie cette offrande de Jésus à Dieu est la plus sincère et la plus parfaite qu’une créature puisse faire.  Quelle gloire pour Dieu de voir la créature la plus parfaite au monde lui offrir son Fils unique incarné!  Elle y met tout son cœur et toute sa foi si parfaite.  Comme le ciel accepte avec joie cet enfant divin présenté par les mains les plus pures au monde, par l’immaculée Vierge Marie!  C’est le Grand Prêtre qui fait officiellement cette offrande à Dieu, mais c’est au nom des parents, et pour nous, c’est Marie qui nous intéresse maintenant.  Pendant que le Grand Prêtre l’offrait à Dieu, Jésus, lui-même, s’offrait à son Père comme l’indique St.  Paul aux Hébreux.  10-5: «C’est pourquoi le Fils de Dieu entrant dans le monde dit: “Vous n’avez point voulu d’hostie et d’oblation, mais vous m’avez formé un corps.  Les holocaustes pour le péché ne vous ont point été agréables, alors j’ai dit: Me voici, je viens selon qu’il est écrit de moi en tête du livre, pour faire, ô Dieu, votre volonté!”» Il est clair que Jésus n’a pas attendu cette cérémonie au temple pour s’offrir à son Père, mais pour nous il est bon de considérer cette offrande au moment où il y a quelque chose de visible pour nous aider à mieux la méditer.  Il est certain que cette offrande de Jésus était continuelle dans son cœur.  Jésus se fait offrir par la plus pure de toutes les créatures pour nous montrer qu’il veut des cœurs purs pour présenter nos offrandes.  Jésus lui-même l’enseignera dans le sermon sur la montagne.  «Une fois rendu à l’autel», dit-il, «si vous vous rappelez que votre prochain a quelque chose contre vous, laissez-là votre offrande et allez d’abord vous réconcilier avec votre prochain, puis ensuite venez faire votre offrande.» Or comme toute notre vie doit être offerte à Dieu, dans toutes nos actions et cela constamment, nous voyons qu’elle doit être notre pureté de conscience habituelle.  St.  Paul dans le texte cité plus haut ajoute en parlant de Jésus: «Nous avons un grand prêtre établi sur la maison de Dieu; approchons-nous de lui avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, le cœur purifié des souillures de la mauvaise conscience par une aspersion intérieure et le corps lavé d’une eau pure.»

Les parents devraient prendre l’habitude de consacrer leur enfant après son baptême, à Dieu par les mains de Marie.  Dieu a coutume de répandre de grandes bénédictions à cause de cette consécration.  Parmi bien d’autres on en a un bel exemple dans la mère de Samuel, Anne.  1 Livre des Rois, 1 et 2: «Je suis cette femme, dit-elle au Grand Prêtre, qui me tenais ici près de toi pour prier Yahvé.  C’est pour cet enfant que je le priais et Yahvé m’a accordé la demande que je lui ai faite.  Moi aussi, je le donne à Yahvé; tous les jours de sa vie il sera donné à Yahvé!» Et elle exhala sa reconnaissance dans un magnifique cantique d’action de grâce.  Voici une belle coutume que je vous recommande de répandre.  Après le baptême d’un enfant, disons, dans le courant du mois, le dimanche est préférable, si le prêtre a le temps, celui qui a fait le baptême, va dans la famille et là, devant une statue de la Ste.  Vierge ou une image de la Ste.  Famille, et tous les parents et amis réunis là pour cette cérémonie, on récite d’abord le chapelet, on chante un cantique si l’on peut, puis le père et la mère lisent la consécration de leur enfant faite à Dieu dans la personne du prêtre présent, qui ensuite les bénit tous.  Rien de plus propre à relever l’enfant dans l’estime des parents.  C’est de nature à faire un grand bien à tous les témoins d’une pareille fête de famille.  On peut voir l’importance de ces consécrations par l’estime qu’en fait le démon pour lui-même, ce «singe» de Dieu.  Dès qu’il prend un peu d’empire sur une âme il la pousse à se consacrer à lui pour toujours.  L’histoire des possessions montre qu’il y a un démon spécial chargé de recevoir ces consécrations qui lui donnent une puissance extraordinaire sur ces âmes.  Combien plus Dieu doit les estimer quand lui seul y a droit!

On remarquera qu’ils viennent faire leur offrande au temple et donc d’une façon officielle dans la maison de Dieu.  C’est nous indiquer que nous devons faire nos offrandes de nous-mêmes aussi dans notre Eglise ou Chapelle où Dieu réside habituellement dans le tabernacle.  Nos chrétiens n’ont aucune idée des exigences de l’infinie pureté de Dieu; combien viennent à la messe avec l’âme souillée de péchés véniels sans nombre et même de péchés mortels!  Ils viennent entendre la messe comme ils iraient au théâtre, sans aucun souci de se purifier la conscience avant de venir adorer Dieu.  Ils ont le démon dans l’âme et ils viennent participer au sacrifice de la croix où Jésus meurt pour expier leurs péchés, mais en vain pour eux, puisqu’ils le commettent encore et qu’ils restent en cet état.  Les Prêtres devraient tonner contre cette coutume diabolique.  Ils ne doivent pas manquer la messe, mais qu’ils se purifient dans le sacrement de pénitence, comme ils prennent leur bain et mettent leurs beaux habits pour le corps.  Le Catéchisme des Apôtres, qu’on appelle la Didaché dit: «Confesse tes péchés avant de venir à l’assemblée des fidèles», ce qui veut dire: l’Eglise.  Ceux qui ont le cœur pur trouvent les offices moins longs.  Comment, le démon dans l’âme, peut-on goûter les cérémonies de la messe?  Qu’on se surveille à l’avenir!  Un acte de manifestation au monde.  Cette venue de Jésus dans le temple avait été annoncée par les prophètes. 

Aggée, 2-7, dit: «J’ébranlerai toutes les nations et les trésors de toutes les nations viendront et je remplirai de gloire cette maison… grande sera la gloire de cette maison, la dernière plus que la premières en ce lieu je mettrai la paix, dit Yahvé des armées.  Mal.  3-1, dit: «Voici que j’envoie mon messager et il préparera le chemin devant moi et soudain viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez, l’ange de l’alliance que vous désirez.» Aussi cette manifestation est officielle et publique dans le temple et faite que le Grand Prêtre selon les rites de Moïse.  C’est pour lui que le temple a été bâti.  Mais comme son groupe qui le reconnaît est petit!  La foule des prêtres et des Juifs que Dieu a choisis uniquement pour se préparer à recevoir le Messie ne sont pas là ou ne le reconnaissent pas.  C’est qu’ils ne le cherchent plus; leur cœur depuis longtemps est aux choses du monde, c’est la vie des sens qu’ils suivent et ils n’ont jamais connu le monde de la foi qui ne leur dit rien.  Seuls ceux qui se sont préparés par des jeûnes et des prières et par un sincère désir de le recevoir, le reconnaissent: deux personnes et quelques autres privilégiés à qui ces deux en ont parlé!  Quel courage et quelle foi pour attendre si longtemps!  Ils ont passé toute leur vie à vivre selon les prophéties bien avant qu’elles ne fussent accomplies et cependant ils étaient tout aux choses de ce Messie, qui n’était pas encore né!  Quelle leçon pour nous après tant de siècles de christianisme et qui vivons si peu de foi!  Quel immense amour leur vie montre!  Aussi ils ont mérité de le voir, de le toucher avant de mourir, et de l’adorer!

Si tant de nos chrétiens vivent sans Jésus ou loin de lui, c’est donc qu’ils n’ont pas son amour; leur cœur est aux choses du monde comme celui des Juifs l’était.  Or cet amour est contraire à l’amour de Dieu; ils n’ont donc pas l’amour de Dieu.  Voilà aussi pourquoi Jésus ne se manifeste pas à eux; ils passent à côté de lui pour ainsi dire et ne le voient pas.  Même quand ils entendent la vérité, ils ne la saisissent pas, confirmant ainsi ce que dit St.  Jean de la Croix que celui qui a une attache aux choses créées n’a pas l’intelligence des choses de Dieu, ce que St.  Paul avait dit bien avant lui: «L’homme animal ne perçoit pas les choses de Dieu.» Ceux donc qui veulent mieux comprendre la vie de Jésus doivent donc se retirer des plaisirs du monde et de ses attaches de toutes sortes.  Je ne parle pas des attaches défendues, mais des attaches même aux bonnes choses, car elles captivent le cœur comme les autres et détournent l’âme de Dieu aussi bien que les autres.  Que chacun donc apporte le plus de foi et d’amour possible avec la grâce de Dieu pour pénétrer les mystères de Jésus.  St.  Cyprien (explication du symbole) dit: «Le prophète le déclare: si vous ne croyez pas d’avance, vous ne comprendrez point.  Donc pour que l’intelligence vous devienne possible, c’est avec raison que vous faites avant tout profession de croire.  Car, si le marin ne monte un vaisseau et ne confie sa vie à la mer que parce qu’il croit avant tout qu’il pourra l’y conserver saine et sauve, et si le laboureur n’enterre de semences dans les sillons et ne la jette ça et là que parce qu’il croit qu’il surviendra de la pluie et de la chaleur et que la terre, ainsi fécondée, produira, sous l’haleine des vents, une récolte abondante.  En un mot rien n’est possible dans la vie à moins que la foi n’en soit le mobile.  Qu’y a-t-il d’étonnant si voulant aller à Dieu, nous fassions avant tout profession de croire, puisque sans cette condition la vie même naturelle nous serait impossible.» St.  Augustin.  (De Mor.  Eccl.  Cath.  11-3): «Tel est l’ordre de la nature que lorsqu’il s’agit pour nous d’apprendre, l’autorité précède la raison.» St.  Thomas d’Aquin tient cette offrande personnelle à Dieu extrêmement importante puisqu’il en fait une condition nécessaire pour le mérite de nos actions implicites et virtuelles qui sont la base de notre vie.  Le Dict.  Théo.  Cath.  au mot: intention, col.  2270, dit que St.  Thomas exige en plus de la grâce sanctifiante qu’on se soit offert à Dieu, corps et âme, toutes ses actions, tout ce qu’on est et tout ce qu’on a, dans un acte personnel d’amour très parfait.  Alors tant que durent ces deux choses il admet que toutes nos actions, bonnes «en soi», puissent être méritoires pour le ciel.  Les prêtres oublient d’ordinaire justement cette offrande personnelle où se trouve seule la liberté qui est nécessaire au mérite.  Cette liberté n’est pas dans la grâce sanctifiante, mais uniquement dans la volonté soit explicite soit implicite ou même virtuelle.  Tout chrétien devrait se préparer par une retraite ou par des neuvaines de prières et de pénitence pour faire cette offrande d’eux-mêmes à Dieu le plus parfaitement possible et le plus irrévocablement possible et qu’ils la renouvellent tous les jours de leur vie.  C’est ici qu’on peut s’aider par l’offrande d’abord de soi-même comme esclave à la Ste.  Vierge et par elle se donner de la même façon à Jésus.  C’est encore renouveler les voeux du baptême que tous devraient faire très souvent.  cantique de Siméon.  «Maintenant, Seigneur, vous laisserez mourir en paix votre serviteur selon votre parole, puisque mes yeux ont vu le Sauveur donné par vous et que vous destinez à être exposé à la vue de tous les peuples, pour être la lumière qui éclairera les nations et la gloire de votre peuple d’Israël.»

Sa joie de voir Jésus est immense parce qu’il a passé sa vie à l’attendre et à se préparer pour le voir.  Ses désirs ardents sont enfin comblés et sa joie est tellement grande qu’il ne veut plus rien autre chose au monde et il veut mourir pour s’en aller avec Dieu.  Voilà l’effet que produit le divin dans le cœur; il dégoûte des choses de la terre.  On peut voir par là si le nombre de ceux qui vivent des choses de Dieu est grand.  Sont-ils nombreux ceux qui sont dégoûtés des choses de la terre?  qui n’aspirent qu’aux choses du ciel?  Combiens rares!  C’est Dieu ou le monde dans le cœur; jamais les deux ensembles.  Siméon dit que Jésus est la lumière des nations quand elles veulent l’écouter.  Mais, la plupart courent après les créatures en suivant l’inclination naturelle des sens.  Ses exemples et sa doctrine conduiraient les nations à la paix, à la prospérité et au bonheur de ce monde et de l’autre.  Mais au lieu de suivre l’Evangile, les peuples suivent la raison toute aux choses du monde.  Chacun y va avec son système de réformes sociales pour apporter le bonheur… et après des années d’essai ce système disparaît au milieu d’un beau fiasco.  Les hommes se passionnent pour différents principes de politique ou de morale ou de sociologie et ils passent leur vie à se chamailler entre eux, mais comme pas un ne conduit les peuples à Jésus, ils n’ont pas de succès parce que Dieu n’est pas là.  «Si Dieu ne bâtit pas la maison, c’est en vain que ceux qui y travaillent essayent de la construire.» On peut se demander si une foule de prêtres qui se livrent à la sociologie et aux questions sociales ne perdent pas une bonne partie de leur temps.  Ils voient la société aux prises avec une foule de mauvais principes, comme le socialisme, le communisme, etc., et ils se mettent à essayer de les rectifier.  Malheureusement la plupart le font par des principes naturels et donc païens comme ceux qu’ils attaquent.  C’est mieux, mais c’est encore du naturel qui n’est pas béni par Dieu.  Toutes ces erreurs varient au jour le jour.  On pense d’avoir dissipé une erreur et on la voit apparaître un peu plus tard sous une autre forme… et c’est toujours à recommencer.

Au lieu donc de montrer que le socialisme est injuste sur tel point, qu’il est mauvais sur tel autre, etc… et passer des années à attaquer le communisme… qu’on se mette donc à donner non pas la philosophie du christianisme, mais la vraie théologie concrète qui considère les choses en Dieu et au point de vue de la sainteté de l’âme dans le concret.  Qu’on donne Jésus comme une vie à vivre et non pas simplement parler de lui ou de sa doctrine comme la masse des prêtres fait dans tout le monde.  C’est uniquement le point de vue théologique de la religion qui nourrit les âmes et les préserve contre les erreurs de toutes sortes qui sortent du paganisme pratique.  Que tous ces sociologues, attaqueurs d’erreurs, cessent pour eux-mêmes toute attache aux plaisirs, comme de fumer, de suivre les parties de toutes sortes, de lire du profane du matin au soir, etc.  En un mot qu’ils sortent de la philosophie du dessert dans l’usage des créatures pour vivre et donner aux autres la doctrine des créatures-fumier selon St-Paul, et ils feront immensément plus, pour détruire toutes les erreurs que leurs savants articles faits au point de vue de la raison seulement, même quand ils sont poivrés ça et là par le nom de Jésus ou de catholique ou du nom du Pape et de ses encycliques.  Justement ici on va dire: mais le Pape approuve grandement le travail des sociologues chrétiens.  C’est vrai!  Quand le Pape voit les nations dans les ténèbres du paganisme, même dans celles qui sont supposées être catholiques et qu’on lui dit qu’on veut assainir les idées, il est évident qu’il bénit tout cela de ses deux mains.  Moi aussi je voudrais améliorer la société!  Mais j’en suis seulement sur le moyen.  J’affirme que les prêtres qui descendent sur le terrain sociologique se mettent ordinairement au niveau des ennemis pour les convaincre avec la seule raison puisqu’ils n’admettent pas autre chose.  Ils sont donc forcés de discourir selon les seules lumières de la raison… et c’est là qu’ils perdent leur temps… quand bien même que tous leurs articles ou leurs livres sont vrais… c’est tout du naturel et simplement un meilleur paganisme que celui des communistes ou des socialistes, encore une fois même en s’appuyant sur les encycliques des Papes… Tous les hérétiques se sont appuyés sur la Bible pour détruire Jésus!  Pendant qu’ils se battent ainsi contre les hérétiques, ils ne donnent pas la doctrine des créatures-fumier, ni de la folie de la croix; les deux choses qui sont la sagesse de Dieu et la force de Dieu selon St.  Paul.  C’est avec ces deux idées que Jésus et les Apôtres ont transformé la masse païenne de leur temps, qui était aussi pourrie que la nôtre.  Si les prêtres qui passent leur vie à fouiller dans toutes les erreurs du monde mettaient leur temps à approfondir d’abord ces deux idées, puis à les vivre afin ensuite de les donner au monde, ils feraient énormément plus pour tuer les erreurs dans la société.  Est-ce que ce n’est pas une vérité solidement établie que la foi ne peut pas longtemps rester dans le bien sans la lumière de la foi?  Alors c’est inutile d’essayer de corriger les erreurs de la société par de beaux raisonnements que sont vrais, mais inefficaces pour influencer le monde.  Ils passent leur temps à signaler telle erreur ou tel abus, puis un autre, puis un autre: tout est vrai, mais c’est le remède qu’on veut.  Ce remède, c’est Jésus la Lumière du monde, non pas Jésus seulement comme sujet d’articles savants tout embaumés de la fumée des cigarettes, mais Jésus comme une Vie à vivre selon sa doctrine des créatures-fumier et de la Folie de la Croix qui est le renoncement à sa Personnalité morale si peu donnée par les prêtres et encore moins pratiquée.

Mais combien parmi ces savants écrivains chrétiens attaquent justement ces deux leviers de l’Evangile pour soulever le monde, dans n’importe quel prédicateur qui essaye de les donner au monde.  Que c’est triste de voir tant de prêtres dénoncer les prédicateurs de ces deux idées de Jésus qui sont la force et la sagesse de Dieu, puis ensuite qui se plaignent que les vocations diminuent… qui écrivent de savants articles en grillant leur cigarette sur les moyens de susciter des vocations!  qui signalent les abus du pouvoir civil et les excès de débauches dans tous les ordres, qu’il nous faudrait plus d’enfants, que les gens devraient rester plus sur leur terre, que les villes sont trop congestionnées, que les enfants courent trop les rues, etc.  etc… Tout cela est vrai… et les pauvres imbéciles vont passer leur vie et donner le meilleur de leur temps à faire parader sur le théâtre du monde toutes les injustices, les iniquités et les abominations des pécheurs.  Quelle pitié!  Quel aveuglement!  Pour eux Jésus n’est pas la lumière des nations.  C’est leur petite intelligence qui va éclairer le monde!  Je sais bien qu’ils disent faire tout cela pour amener les peuples à Jésus, mais l’expérience montre leur beau fiasco: les nations deviennent de plus en plus païennes.  Notre destinée est surnaturelle et seuls des moyens surnaturels nous conduiront là: «Votre victoire sur le monde viendra de la foi,» dit Jésus, et tous les prêtres devraient chercher et donner les solutions des problèmes de la vie basées sur des motifs surnaturels purement, alors Dieu aurait une chance d’agir dans le peuple.

Jésus est un signe de contradiction.  Voici donc la note caractéristique de Jésus donnée officiellement dans le temple en face du Grand Prêtre et sous l’inspiration du St.  Esprit.  Le monde sera contre lui évidemment parce qu’il sera contre le monde.  C’est que le monde est tout à l’amour des créatures et à l’amour de lui-même.  Or Jésus vient apporter l’amour de Dieu qui doit supplanter nos deux amours qui font toute notre nature humaine.  Il va donc avoir ces deux amours tenaces contre lui parce qu’il veut précisément les détruire en nous; c’est donc notre mort qu’il veut, la mort de notre païen, de notre personnalité morale qui constitue notre Moi qu’on estime plus que tout le monde.  Ce ne sont pas les choses qu’il veut

détruire, c’est notre affection pour elles.  Ainsi ce n’est pas moi qu’il hait, c’est mon amour pour moi-même qui empêche l’amour divin d’entrer dans mon cœur.  Ce sont donc nos deux amours pour les créatures et pour nous-mêmes qu’il veut détruire; donc il est contraire à nous là.  Jésus lui-même dira qu’il est venu apporter le glaive dans les familles; il dit que le monde nous haïra comme il a haï Jésus et qu’il nous persécutera comme il a persécuté Jésus.  C’est l’Amour de Dieu en nous qui fait la guerre aux deux amours aussi en nous, l’amour des créatures et l’amour de soi.  Si on ne cherche pas l’amour de Dieu, on a la paix avec les deux autres amours qui n’ont plus de rival dans ce cas.  Comme Jésus dit: «Si vous étiez du monde, tout aux plaisirs de la terre, le monde aimerait ce qui est à vous, ce qui est à lui!» Mais parce que vous m’aimez le monde vous hait!

On voit tout de suite pourquoi tant de prêtres et de religieux comme les fidèles ne sont pas en butte à la contradiction ou à la persécution.  Ils ont pris de la religion seulement le point de vue philosophique: ils en parlent… «en soi» d’une façon abstraite, ils parlent de religion: cette science n’étant pas un amour ne contredit pas du tout les deux amours qu’ils entretiennent dans leur cœur.  Alors ils ont la paix en tout… la paix comme le monde la donne, la paix avec les créatures et avec eux-mêmes: les deux idoles qu’ils dorlotent ou qu’ils chérissent de tout leur cœur.  Voilà pourquoi si peu de prêtres et de fidèles sont persécutés.  Ni le monde ni les démons ne voient des ennemis en eux: leur prédication ou leur enseignement des choses «en soi» n’est qu’une science, ce n’est pas de l’amour de Dieu pour être vécu dans le concret de la vie.

On comprend maintenant comment il se fait que dès qu’un prêtre veut faire aimer Jésus dans la pratique de la vie, il est obligé d’attaquer les deux amours rivaux: l’amour des créatures et l’amour propre.  Alors tous ces prêtres simples philosophes de la religion sont les ennemis-nés de l’amour de Dieu vécu, pas par méchanceté, mais par ignorance du point de vue théologique de considérer les dogmes dans le cœur et non pas in se, ou «en soi».  C’est pourquoi tant de Saints ont été persécutés par leur entourage quel que bon qu’il fut.  Ils ignorent à peu près toujours le point exact où se trouve cette opposition entre Jésus et le monde et l’amour-propre.  On n’en parle à peu près jamais dans les maisons de formation.  On dit bien en général qu’il faut lutter contre le monde, mais c’est toujours compris contre le monde méchant, le monde du péché, mais qui sait que l’amour du bon monde est contraire à l’amour du bon Dieu?  Personne… On voit même des Evêques et des Supérieurs majeurs prendre comme signe qu’une doctrine est erronée le fait qu’elle suscite la guerre dans le clergé ou chez les fidèles.  Ils disent: elle divise le clergé, donc il faut la détruire.  Jésus, lui dit justement le contraire.  Parce que vous m’appartenez le monde vous haïra!  Il disait aux Juifs: «Vous voulez me tuer parce que ma parole ne prend pas en vous.» Eh bien, les démons ne sont pas morts!  Ils attaquent encore la parole de Jésus et comme ils se sont servis des pharisiens autrefois, ils se servent des prêtres aujourd’hui, des philosophes de nos jours, qui sont aussi habiles que les pharisiens d’autrefois pour attaquer justement les principes qui donneraient Jésus au cœur des fidèles et donc ils le tuent aussi efficacement que les pharisiens.  Dès qu’on veut attaquer les deux amours de tout païen, tous ces pharisiens modernes se lèvent avec le même ensemble que la synagogue d’autrefois contre Jésus, pour les mêmes motifs, avec les mêmes moyens et le même zèle des traditions ancestrales.

Pour nos philosophes de la théologie, prêcher le mépris des créatures-fumier et le renoncement à la raison et à la volonté pour ne suivre que la foi et la volonté divine, c’est de la nouveauté!  C’est contraire à leurs traditions.  C’est bien vrai quant à l’opposition; mais s’ils étaient disciples de Jésus, s’ils cultivaient l’amour concret de Jésus comme les Saints l’ont fait, ils changeraient de camp.  Ils sortiraient de leur philosophie pour prendre le point de vue théologique et alors ils comprendraient ces prédicateurs de l’amour de Dieu.

Ce qui fait aussi que tant de prêtres ne peuvent pas croire à la persécution c’est qu’ils ont dans l’idée que les persécuteurs ne sont que des Néron ou des Judas.  Pas du tout.  Dieu prendra les bons prêtres, consciencieux et zélés, mais formés à la philosophie.  Cela suffit pour qu’ils puissent servir de bons scalpels dans les mains du divin Chirurgien.  Ils ont une vertu solide et sont bien trempés, mais étroits sur un point pour trancher comme une lame de rasoir.  Pour la gloire de Dieu ils vous entreront leur bistouri jusqu’au cœur sans frémir tant ils sont convaincus que c’est leur devoir de sauver la pureté de la doctrine évangélique et l’Eglise d’un schisme!  Jésus n’a-t-il pas dit: «Le jour vient où l’on vous mettra à mort croyant rendre service à Dieu.»

Plusieurs se feront vos amis; ils viendront «par amour pour vous»; ils vous diront à l’oreille que vous devez vous défier de ces nouveautés qui excitent l’admiration des gens et qui les troublent.  N’est-ce pas de l’orgueil que de vouloir faire autrement que les autres?  Voyez tant de bons prêtres qui sont saints et ils ne tombent pas dans ces excentricités; ils ne se singularisent pas comme vous autres!  L’humilité s’efface et évite de faire parler d’elle!  Prêchez donc comme les autres et vous n’aurez pas de difficulté.  Autrement vous allez avoir les Supérieurs contre vous.  Ils vont vous bâillonner et votre vie sera perdue.  Vous avez tout ce qu’il faut pour réussir, mais de grâce prêchez donc les doctrines traditionnelles!  Comme les autres!  Comme les autres!  est le refrain ordinaire des philosophes!  Où sont donc les prêtres ou les fidèles persécutés pour leur doctrine?  Quels sont ceux qui suscitent de l’opposition de la part des gens du monde ou des prêtres mondains?  Hélas, tous font bon ménage avec le monde et avec leur bon sens et leur propre volonté!  Ces prêtres sont parfaitement à l’aise avec les gens du monde, même les moins catholiques, avec les protestants comme aux Etats-Unis, par exemple.  Tous parlent des choses terrestres, des amusements de toutes sortes, des hausses et des baisses de la bourse, des automobiles, de la politique et enfin de tout excepté des choses de Dieu.  Jésus dit carrément que la bouche parle de l’abondance du cœur.  Donc tous ces prêtres et tous ces fidèles ont donc l’amour des choses créées… donc ils n’ont pas celui de Dieu.  La preuve encore est que les choses de la religion les ennuient souverainement.  Si on veut se débarrasser des prêtres, on n’a qu’à se mettre à parler des choses de Dieu et la masse s’en va tout de suite et ne revient plus!  Voilà pourquoi ces prêtres qui ont une mentalité païenne parce qu’ils n’ont que la philosophie de la religion, prêchent un Jésus moderne, à la mode!  qui nous aide à jouir des créatures!  qui ne gâte pas du tout notre affection pour les choses créées, du moment qu’on ne pêche pas!  D’après nos philosophes il n’y a que le péché de contraire à Jésus!  Si Jésus revenait au XXe siècle, il serait parfaitement à l’aise avec sa cigarette au bec, sa place réservée à l’Aréna ou au Stadium, ouvrant une danse avec élégance et se promenant dans une belle Packard!  En un mot on descend Jésus de la croix; ou le prêche sans la croix comme les protestants qui ne veulent pas du crucifix.  On est de son siècle!  Comme on a une télégraphie sans fil, des voitures sans chevaux, des machines parlantes sans personne, des lampes sans huile, des frigidaires sans glace, on s’est trouvé un christianisme sans Christ!  Une religion de bon sens!  Un amour de Dieu qui s’accorde bien avec l’amour de tous les plaisirs non défendus, un amour qui laisse tranquille l’amour de soi; ou suit son jugement en tout, on fait sa volonté en tout!  Puis quelques actes de culte, comme aller à la messe, communier de temps en temps, pécher tant qu’on veut du moment qu’on se confesse!  Pas un démon en enfer va attaquer ce camouflage de religion!  D’après l’Evangile il est clair que la doctrine de Jésus doit susciter la même opposition que Jésus lui-même.  Il a bouleversé le monde et sa doctrine va continuer à bouleverser ce monde jusqu’à la fin des temps.  L’opposition du monde est nécessaire à la doctrine de Jésus comme à luimême: tous les prêtres devraient savoir cela.  Alors c’est une contradiction absurde avec Jésus que de prendre cette opposition connue signe de l’erreur dans sa doctrine.  Glaive de douleur pour Marie.

Marie a donné Jésus au monde; elle va donc participer à la persécution dont Jésus est l’objet, comme tous les prédicateurs qui donnent vraiment Jésus au monde.  Pas pour ceux qui en parlent seulement!  comme la masse des prêtres font… «Afin que les pensées du cœur d’un grand nombre soient manifestées.» On rattache ces paroles seulement à celles qui précèdent, dites à Marie, on ne voit pas bien comment la douleur de Marie peut bien manifester les pensées des autres.  Il est mieux de les rattacher à ce qui est dit de Jésus!  qu’il sera un signe de contradiction.  En effet, c’est dans la persécution que les fidèles et les prêtres montrent de quel esprit ils sont conduits, comme on dit: de quel bois ils se chauffent.  En plusieurs endroits de l’Ecriture il est dit que Dieu éprouve les hommes pour savoir s’ils aiment Dieu, donc pour savoir leurs pensées.  Celui qui se voit arrêté et condamné à l’inactivité parce qu’il donnait Jésus à vivre aux fidèles et que tous ceux qui ne donnent que la philosophie de la religion ont pleine liberté de donner ce camouflage de religion, il est bien tenté lui-même de prêcher une religion à l’eau de rose pour avoir la paix.  C’est pénible surtout dans les débuts.  C’est alors qu’il a une chance de montrer s’il préfère ses aises à Jésus.  Que tout apôtre qui est avec Jésus s’attende à être persécuté comme Marie l’a été avec son Jésus.  Il est en bonne compagnie quand les pharisiens modernes le poursuivent comme ils ont autrefois poursuivi Jésus.

ANNE LA PROPHÉTESSE


Cette bonne vieille mérite une mention bien spéciale; elle aussi a commencé par le mépris des choses crées, comme aussi par le renoncement à sa personnalité; elle ne vivait plus que pour Jésus qui n’était pas encore né.  Quelle belle figure à l’aurore du christianisme!  Quel esprit de foi!  Aussi l’Esprit-Saint l’éclaire et la conduit au temple juste à temps pour voir Jésus.  Voilà un beau modèle d’A.C.  Dès qu’elle a Jésus elle en parle à tout le monde autour d’elle.  Son cœur est débordant de son amour pour Jésus.  Combien de chrétiens se préparent comme elle dans le jeûne et la prière et ses visites assidues au temple?  Quelle condamnation de la théorie de ceux qui soutiennent que nos filles doivent comme les bonnes-à-rien se complaire dans les beaux habits, dans les soirées et dans leur manière de vivre, excepté le péché.  Ce n’est pas ainsi que les Saints et les Saintes se sont préparés à recevoir la divine sagesse pour faire du bien aux autres.  Mais au contraire c’est en s’éloignant du monde et de ses voies qu’ils ont mérité la grâce de convertir ensuite les pécheurs.  Imitons les saints!  non pas les idées des païens de nos jours!…

mercredi 16 décembre 2015

Neuvaine à l'Enfant-Jésus



Enfant-Jésus, notre Roi, nous vous en conjurons, prosternés devant votre sainte image, jetez un regard de clémence sur nos cœurs suppliants et pleins d’angoisse. Que votre Cœur si bon, si incliné à la pitié, se tourne vers nous et nous accorde les grâces que nous lui demandons avec instance. Délivrez-nous de la tristesse et du découragement, de tous les maux et difficultés qui nous accablent. Par les mérites de votre Sainte Enfance, daignez nous exaucer et nous accorder la consolation et le secours dont nous avons besoin, afin que nous vous louions avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Saint Enfant-Jésus, écoutez-nous.

Saint Enfant-Jésus, bénissez-nous.

Saint Enfant-Jésus, exaucez-nous.

mardi 24 novembre 2015

Saint Jean de la Croix - Père Gabriel de Ste M.-Madeleine



Principes de la vie d'amour.

Tout comme la magnanime Thérèse de Jésus, St Jean de la Croix nous propose une doctrine de totalité. Cette doctrine se présente même sous une forme tellement absolue, qu'elle effraie plus d'un lecteur. Il n'y a pourtant pas de quoi s'épouvanter. Le Saint n'est, en aucun sens, un homme sec et dur comme certains l'ont parfois qualifié. Jugement totalement erroné ! Certes, le Saint se montre exigeant ; mais les exigences de sa doctrine sont toutes des exigences de l'amour ; s'il demande beaucoup, c'est pour nous conduire plus vite aux cimes de l'amour.

Il faut ajouter que ce caractère absolu donne à sa doctrine une clarté manifeste. L'enseignement de Saint Jean est très élevé, mais vraiment très clair, parce qu'il est déduit avec une logique parfaite de quelques principes. Par ailleurs, le regard du grand contemplatif ne demeure pas toujours fixé sur les cimes les plus élevées — nous le verrons sous peu — il sait aussi descendre avec un art éducatif incomparable, jusqu’aux détails de la vie quotidienne, pour réformer l'âme, en ses plus petits mouvements affectifs, afin de la diriger d'une main sûre, à travers tous les dangers de la vie spirituelle.

Nécessité du dépouillement total.

Le grand ennemi de l'amour de Dieu est notre amour-propre. Nous aimons tant jouir ! Toutes nos puissances sont comme autant de tentacules qui s'allongent prêtes à nous enlacer de toutes parts, pour alimenter notre appétit, de bien-être. Cet appétit est si grand qu'il fait naître en l'âme, non seulement l'attache à l'action imparfaite mais aussi au péché, même au péché mortel ! Pauvre âme enserrée de tant de chaînes qui arrêtent en elle le développement de la vie d'amour. « Deux contraires », répète le Saint, « ne peuvent coexister en un même sujet » ; or l'amour de Dieu et l'amour de la créature, sont deux contraires, en sorte que, dans une même volonté, l'affection à la créature et l'amour de Dieu ne peuvent coexister... Comme dans l'ordre naturel des choses, une forme nouvelle ne peut .s'introduire dans un sujet, si elle n'en a pas auparavant chassé la forme contraire qui la précède... de même, tant que l'âme est assujettie à l'esprit sensible, l'esprit purement spirituel ne peut entrer en elle[i]. Si nous voulons que l'amour divin domine: tout notre amour, il n'y a qu'un moyen : le dépouiller de toute attache à la créature: Il faut acquérir la « nudité de l'esprit »[ii].

L'amour assujettit l'aimée à l'amant ; il fait aimer par l'aimée tout ce que veut l'amant, il transforme la volonté de l'aimée en celle de l'amant ; il fait en sorte qu'il n'y ait plus deux volontés, mais une seule : celle de l'amant à laquelle l'aimée se conforme complètement.[iii] Ces lois générales de l'amour se vérifient pleinement dans l'amour de Dieu. Pour aimer Dieu en perfection, il faut que l'âme perde sa volonté propre en celle de Dieu, qu'elle n'aime plus rien que ce qui est aimé de Dieu autrement il ne peut être question d'une vraie transformation affective. » L'état de l'union divine, dit le Saint « consiste à avoir la volonté totalement transformée dans la volonté de Dieu, au point qu'il n'y ait plus rien en elle d'opposé à la volonté de Dieu, mais qu'en tout et pour tout, elle soit mue uniquement par la volonté de Dieu.

C'est pourquoi nous disons qu'en cet état il n'y a plus qu'une seule volonté, celle de Dieu étant vraiment celle de l'âme. Or, .si l'âme aime quelqu'imperfection que Dieu n'aime pas, l'union de volonté n'existe plus, parce que l'âme voudrait ce que Dieu ne veut pas. Il est donc clair que pour arriver à s'unir parfaitement à. Dieu par amour de volonté, l'âme doit se libérer d'abord de tout appétit volontaire, pour petit qu'il soit »[iv]. Logique inflexible : qui veut être tout à Dieu, doit tout laisser pour Lui. Toto-Nada, Nada, rien, absolument rien. Puissamment expressive est la comparaison typique du Saint : -« L'oiseau demeure attaché avec un fil tenu comme avec un gros fil. Le fil qui le retient a beau être léger, l'oiseau y reste attaché comme à un fil épais, tant que le fil n'est pas détruit ; sans doute le fil tenu se rompt-il plus facilement, mais il doit se rompre, sans quoi l'oiseau ne pourra voler »[v]

Il est donc évident, que pour atteindre l'union, nous devons avoir du courage, être généreux ; c'est une entreprise héroïque ! La cime du Carmel avec son « éternel banquet »[vi] goûté par 1'Epouse qui repose dans les bras du Bien-Aimé, est certes très attrayante, mais pour l'atteindre, il faut gravir les échelons du « rien ». En suivant les sinuosités des chemins plus faciles, nous n'arriverons jamais à temps ; il faut affronter le sentier escarpé. L'espoir d'arriver nous en donnera la force. Mettons-nous donc en route.


P. Gabriel de Ste M.-Madeleine, O.C.D. - Saint Jean de la Croix


[i] Montée I, c. 6, n.1 et 2
[ii] Montée, prologue.
[iii] IIIme Sent., Dist. 27, q. I, a. 1.
[iv] Montée I. c. 11. N. 2 et 3
[v] Montée I. c. 11. N. 4 (n. 3).
[vi] Cfr. le dessin au frontispice de la Montée.

mercredi 11 novembre 2015

Saint Curé d'Ars - Sur l'Impureté

Sur l'Impureté

Ligatis manibus et pedibus ejus, mittite eum in tenebras exteriores : ibi erit fletus et stridor dentium.
Liez-lui pieds et mains, et jetez-le dans les ténèbres extérieures, et là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
(S. Matthieu, XXII, 13.)

Si tout péché mortel, M.F., doit nous traîner, nous précipiter, nous foudroyer dans les enfers, comme Jésus-Christ nous le dit dans l'Évangile, quel sera donc le sort de celui qui aura le malheur de se livrer au péché le plus infâme, le péché d'impureté ? O mon Dieu ! peut-on bien oser prononcer le nom d'un vice si horrible, non seulement aux yeux des chrétiens, mais encore à ceux de créatures raisonnables ? Pourrais-je le dire, M.F., et vous, pourrez-vous l'entendre sans frémir ? Ah ! si j'avais le bonheur, en vous montrant toute la noirceur et toute l'horribilité de ce péché, de vous le faire fuir pour jamais ! O mon Dieu ! un chrétien peut-il bien s'abandonner à une passion qui le dégrade jusqu'à le mettre au-dessous de la bête la plus vile, la plus brute, la plus immonde ! Un chrétien peut-il bien se livrer à un crime qui fait tant de ravages dans une pauvre âme ! Un chrétien, dis-je, qui est le temple de l'Esprit-Saint, un membre de Jésus-Christ, peut-il bien se plonger et se rouler, se noyer, pour ainsi dire, dans le limon d'un vice aussi infâme, qui, en abrégeant ses jours, lui faisant perdre sa réputation, lui prépare tant de maux et de malheurs pour l'éternité ! Oui, M.F., pour vous donner une idée de la grandeur de ce péché, je vais :

1° vous montrer, autant qu'il me sera possible, toute l'horribilité de ce crime ;
2°  en combien de manières nous pouvons nous en rendre coupables ; 
3° quelles sont les causes qui peuvent nous y conduire ; 4 enfin, ce que nous devons faire pour nous en préserver.

I. – Pour vous faire comprendre la grandeur de ce maudit péché qui perd tant d'âmes, il faudrait ici étaler à vos yeux tout ce que l'enfer a de plus affreux, de plus désespérant, et, en même temps, tout ce que la puissance de Dieu exerce sur une victime coupable d'un tel crime. Mais, vous comprenez comme moi, que jamais il ne sera donné de saisir la grandeur de ce péché et la rigueur de la justice de Dieu envers les impudiques. Je vous dirai seulement que celui qui commet le péché d'impureté se rend coupable d'une espèce de sacrilège, puisque notre cœur étant le temple du Saint-Esprit, notre corps étant un membre de Jésus-Christ, nous profanons véritablement ce temple par les impuretés auxquelles nous nous abandonnons ; et de notre corps, qui est un membre de Jésus-Christ, nous faisons véritablement le membre d'une prostituée [1]. Examinez maintenant, si vous pourrez jamais vous former une idée qui approche de la grandeur de l'outrage que ce péché fait à Dieu et de la punition qu'il mérite. Ah ! M.F., il faudrait pouvoir traîner ici, à ma place, cette infâme reine Jézabel, qui a perdu tant d'âmes par ses impudicités ; il faudrait qu'elle vous fit elle-même la peinture désespérante des tourments qu'elle endure, et qu'elle endurera toute l’éternité, dans ce lieu d'horreur où elle s'est précipitée par ses turpitudes. Ah ! vous l'entendriez crier du milieu de ces flammes qui la dévorent : « Hélas ! que je souffre ! Adieu, beau ciel, je ne te verrai jamais, tout est fini pour moi. Ah ! maudit péché d'impureté, les flammes de la justice de Dieu me font payer bien cher les plaisirs que j'ai goûtés ! Si j'avais encore le bonheur d'être sur la terre, comme cette vertu de pureté me serait bien plus précieuse qu'elle ne m'a été ! »

Allons encore plus loin, M.F., peut-être que vous sentirez un peu mieux l'horreur de ce maudit péché. Je ne parle pas d'un païen, qui n'a pas le bonheur de connaître le bon Dieu ; mais d'un chrétien qui connaît combien ce vice est opposé à la sainteté de sa condition d'enfant de Dieu, d'un chrétien qui a été tout arrosé du sang adorable, qui tant de fois lui a servi de demeure et de tabernacle. Comment ce chrétien peut-il bien s'abandonner à un tel péché ! O mon Dieu ! peut-on y penser et ne pas mourir d'horreur ! Écoutez ce que dit le Saint-Esprit : Celui qui est assez malheureux pour s'abandonner à ce maudit péché, mérite d'être foulé sous les pieds du démon comme le fumier sous les pieds des hommes [2]. Jésus-Christ dit un jour à sainte Brigitte, qu'il se voyait forcé de préparer des tourments affreux pour punir les impudiques, et que presque tous les hommes étaient atteints de ce vice infâme.

Si nous prenons la peine de parcourir l'Écriture sainte, nous voyons que, depuis le commencement du monde, le bon Dieu a poursuivi les impudiques de la manière la plus sévère. Voyez tous les hommes avant le déluge qui s'abandonnent à ce vice infâme ; le Seigneur ne peut plus les souffrir ; il se repent de les avoir créés ; il se voit forcé de les punir de la manière la plus effroyable, puisqu'il ouvre sur eux les cataractes du ciel et les fait tous périr par un déluge universel [3]. Il fallait que cette terre souillée par tant de crimes, et si horrible aux yeux de Dieu fût purifiée par le déluge ; c'est-à-dire par les eaux de la colère du Seigneur. Si vous allez plus loin : Voyez les habitants de Sodome et de Gomorrhe, ainsi que les autres villes voisines, leurs habitants se livraient à des crimes si épouvantables d'impureté, que le Seigneur, dans sa juste colère, fit tomber sur ces lieux maudits une pluie de feu et de soufre qui les brûla avec leurs habitants ; les hommes, les bêtes, les arbres, les terres et les pierres furent comme anéantis ; ce lieu a été si maudit de Dieu, qu'il n'est plus maintenant qu'une mer maudite [4]. On l'appelle Mer-morte, parce qu'elle ne nourrit aucun poisson et que, sur ses rivages, on trouve certains fruits qui ont une belle apparence, mais ne renferment qu'une poignée de cendres. Dans un autre endroit, nous voyons que le Seigneur ordonna à Moïse de mettre à mort vingt-quatre mille hommes, parce qu'ils s'étaient abandonnés à l'impureté [5].

Oui, M.F., nous pouvons dire que ce maudit péché d'impureté a été, depuis le commencement du monde, jusqu'à la venue du Messie, la cause de presque tous les malheurs des Juifs. Voyez David, voyez Salomon et tant d'autres. Qui a attiré tant de châtiments sur leurs personnes et sur leurs sujets, sinon ce maudit péché ? O mon Dieu ! que ce péché vous ravit d'âmes, oh ! qu'il en traîne aux enfers !

Si nous passons de l'Ancien Testament au Nouveau, les châtiments ne sont pas moindres. Saint Jean nous dit que Jésus-Christ lui fit voir, dans une révélation, le péché d'impureté sous la figure d'une femme assise sur une bête qui avait, sept têtes et dix cornes [6], pour nous montrer que ce péché attaque les dix commandements de Dieu et renferme les sept péchés capitaux [7]. Si vous voulez vous en convaincre, vous n'avez qu'à examiner la conduite d'un impudique ; vous verrez qu'il n'y a pas un commandement qu'il ne transgresse, et un des péchés capitaux dont il ne se rende coupable, en contentant les désirs de son corps. Je ne veux pas entrer dans tous ces détails, voyez-le vous-mêmes, et vous direz que cela est vrai. Mais j'ajouterai qu'il n'y a point de péché dans le monde qui fasse faire tant de sacrilèges : les uns ne connaissent pas la moitié des péchés qu'ils commettent de cette manière, par conséquent ils ne les disent pas ; les autres ne veulent pas les dire, quoiqu'ils les connaissent ; de sorte que nous verrons au jour du jugement qu'il n'y a point de péché qui ait jeté tant d'âmes en enfer. Oui, M.F., ce péché est si affreux que non seulement nous nous cachons pour le commettre ; mais nous voudrions encore nous le cacher à nous-mêmes, tant il est infâme, même aux yeux de ceux qui s'en rendent coupables !


II. – Mais, pour mieux vous faire comprendre combien ce péché, quoique si affreux, est commun parmi les chrétiens, et comme il est facile de le commettre, je vous dirai en combien de manières l'on pèche contre le sixième commandement de Dieu. L'on pèche en six manières : par pensées, par désirs, par regards, par paroles, par actions et par occasions.

Je dis :

1°, par pensées : il y en a plusieurs qui ne savent pas distinguer une pensée d'avec un désir ; ce qui peut faire faire des confessions sacrilèges. Écoutez-moi bien et vous allez le voir : une mauvaise pensée, c'est lorsque notre esprit s'arrête volontairement à penser à une chose impure, soit par rapport à nous, soit par rapport à d'autres, sans désirer accomplir ce que l'on pense ; on laisse seulement croupir son esprit sur ces choses sales et déshonnêtes. Vous vous accusez de cela ; il faut dire combien de temps vous y avez laissé reposer votre pensée, sans vous en détourner, ou encore si vous avez pensé à des choses qui pouvaient vous y conduire par le souvenir de quelque conversation que vous avez eue, ou de quelque familiarité que vous avez permise, ou de quelque objet que vous avez vu. Le démon ne vous remet cela devant les yeux que dans l'espérance qu'il vous conduira au péché, au moins par la pensée.

2° Nous péchons par désirs. Voilà, M.F., la différence qu'il y a entre la pensée et le désir ; le désir, c'est vouloir accomplir ce à quoi nous pensons ; mais pour vous parler plus clairement, c'est vouloir commettre le péché d'impureté, après y avoir pensé pendant quelque temps, lorsque nous en trouverons l'occasion ou lorsque nous la chercherons. Il faut bien dire si ce désir est resté dans notre cœur, si nous avons fait quelque démarche pour accomplir ce que nous avons désiré, si nous avons sollicité quelques personnes à faire mal avec nous ensuite quelles sont les personnes que nous avons voulu porter au mal, si c'est un frère, une sœur, un enfant ; une mère, une belle-sœur, un beau-frère, un cousin. Il faut bien dire tout cela, autrement votre confession ne vaudrait rien. Cependant, il ne faut nommer les personnes qu'autant qu'il est nécessaire pour faire connaître son péché. Il est bien certain que si vous aviez fait mal avec un frère ou une sœur, et que vous vous contentiez de dire que vous avez fait un péché contre la sainte vertu de pureté, cela ne suffirait pas.

3° L'on pèche par regards, lorsqu'on porte ses yeux sur des objets impurs, ou quelque chose qui peut nous y conduire. Il n'y a point de porte par laquelle le péché entre si facilement et si souvent que par les yeux ; aussi le saint homme Job disait : « Qu'il avait fait un pacte avec ses yeux pour ne jamais regarder une personne en face [8]. »

4° Nous péchons par paroles. Nous parlons, M.F., pour manifester à l'extérieur ce que nous pensons au dedans de nous-mêmes, c'est-à-dire ce qui se passe dans notre cœur. Vous devez vous accuser de toutes les paroles impures que vous avez dites, combien de temps votre conversation a duré ; quel motif vous a engagé à les dire, à quelles personnes et à combien de personnes vous avez pu les dire. Hélas ! M.F., il y a de pauvres enfants, pour lesquels il vaudrait bien mieux trouver sur leur chemin un tigre ou un lion, que certains impudiques. Si, comme l'on dit, la bouche parle de l'abondance du cœur, jugez quelle doit être la corruption du cœur de ces infâmes qui se roulent, se traînent et se noient pour ainsi dire dans la fange de leur impureté. O mon Dieu ! si vous nous dites que l'on connaît l'arbre à son fruit, quel abîme de corruption peut être semblable !

5° Nous péchons par actions. Telles sont les libertés coupables sur soi-même ou sur d'autres, les baisers impurs, sans oser vous dire le reste ; vous comprenez bien ce que je dis. Mon Dieu ! où sont ceux qui, dans leurs confessions, s'accusent de tout cela ? Mais aussi que  de sacrilèges ce maudit péché d'impureté fait faire ! Nous  ne connaîtrons cela qu'au grand jour des vengeances.  Combien de jeunes filles resteront deux ou trois heures  avec des libertins, et il n'y aura sorte d'impureté que  leur bouche infernale ne vomisse continuellement.  Hélas ! mon Dieu, comment ne pas brûler au milieu d'un brasier si ardent ?

6° L'on pèche par occasion, soit en la donnant, soit en la prenant. Je dis, en la donnant, comme une personne du sexe qui est mise d'une manière indécente, laissant son mouchoir trop écarté, ayant le cou et les épaules découverts, portant des vêtements qui dessinent trop les formes du corps ; ou ne portant point de mouchoir en été, ou bien s'habillant d'une manière trop affectée. Non, ces malheureuses-là ne sauront qu'au tribunal de Dieu le nombre de crimes qu'elles auront fait commettre. Combien de gens mariés qui ont moins de réserves que des païens ! Une fille est encore coupable de quantité de péchés impurs, qui sont presque tous des péchés mortels, toutes les fois qu'elle est trop facile et trop familière avec les jeunes gens. L'on est encore coupable, lorsqu'on va avec des personnes que l'on sait n'avoir que des mauvaises paroles à la bouche. Vous pouvez ne pas y avoir pris plaisir, mais vous avez eu le tort de vous y exposer.
Souvent, on se fait illusion, l'on croit ne point faire de mal, tandis que l'on pèche affreusement. Ainsi les personnes qui se voient sous prétexte de mariage, croient qu'il n'y a point de mal de passer un temps considérable seuls, le jour et la nuit. N'oubliez pas, M.F., que tous ces embrassements qui se font dans ces moments sont presque tous des péchés mortels, parce qu'ordinairement ce n'est qu'une amitié charnelle qui les fait faire. Com¬bien de jeunes fiancés n'ont aucune réserve ; ils se chargent des crimes les plus épouvantables, et semblent forcer la justice de Dieu de les maudire au moment où ils entrent dans l'état du mariage. Vous devez être aussi réservés pendant ce temps que vous l'êtes avec vos sœurs ; tout ce que l'on fait de plus est un péché. Hélas ! mon Dieu, où sont ceux qui s'en accusent ? presque personne. Mais aussi, où sont ceux qui entrent dans l'état du mariage saintement ? Hélas ! presque point. De là résultent tant de maux dans le mariage et pour l'âme et pour le corps. Eh ! mon Dieu ! des parents qui le savent peuvent dormir ! Hélas ! que d'âmes qui se traînent dans les enfers !

On pèche encore contre la sainte vertu de pureté quand on se lève la nuit sans être habillé pour sortir, pour aller servir un malade, ou pour aller ouvrir la porte. Une mère doit faire attention de ne jamais avoir de regards déshonnêtes, ni d'attouchements sans nécessité sur ses enfants. Les pères et mères et les maîtres sont coupables de toutes les familiarités qu'ils permettent entre leurs enfants et leurs domestiques, pouvant les empêcher. L'on se rend encore coupable, en lisant et prêtant de mauvais livres ou des chansons licencieuses ; en s'écrivant des lettres entre personnes de différent sexe. L'on participe au péché en favorisant des rendez-vous de jeunes gens, sous prétexte même de mariage.

Vous êtes obligés, M.F., de déclarer toutes les circonstances aggravantes, si vous voulez que vos confessions soient bonnes. Écoutez-moi, vous allez encore mieux le comprendre. Péchez-vous avec une personne déjà abandonnée au vice, qui en fait profession, vous vous rendez volontairement l'esclave de Satan, et encourez la damnation éternelle. Mais, apprendre le mal à une jeune personne, la porter au mal pour la première fois, lui ravir l'innocence, lui enlever la fleur de sa virginité, ouvrir la porte de son cœur au démon, fermer le ciel à cette âme qui était l'objet de l'amour des trois personnes de la Sainte-Trinité, la rendre digne de l'exécration du ciel et de la terre : ce péché est encore infiniment plus grand que le premier, et vous êtes obligés de vous en accuser. Pécher avec une personne libre, ni mariée, ni parente, est, selon saint Paul, un crime qui nous ferme le ciel et nous ouvre les abîmes ; mais pécher avec une personne engagée dans les liens du mariage, c'est un crime qui en renferme un grand nombre d'autres ; c'est une horrible infidélité, qui anéantit et qui profane toutes les grâces du sacrement de mariage ; c'est encore un exécrable parjure qui foule aux pieds une foi jurée au pied des autels, en présence non seulement des anges, mais de Jésus-Christ lui-même ; crime qui est capable d'attirer toutes sortes de malédictions, non seulement sur une maison, mais encore sur une paroisse. Pécher avec une personne qui n'est ni parente, ni alliée, c'est un gros péché, puisqu'il nous perd pour jamais ; mais, pécher avec une parente ou une alliée, c'est-à-dire, un père avec sa fille, une mère avec son fils, un frère avec sa sœur, un beau-frère avec sa belle-sœur, un cousin avec sa cousine, c'est le plus grand de tous les crimes que l'on puisse imaginer ; c'est se jouer des règles les plus inviolables de la pudeur ; c'est fouler aux pieds les droits les plus sacrés de la religion et de la nature. Enfin, pécher avec une personne consacrée à Dieu, c'est le comble de tous les malheurs, puisque c'est un sacrilège épouvantable. O mon Dieu ! peut-il y avoir des chrétiens qui se livrent à toutes ces turpitudes ! Hélas ! si au moins, après de telles horreurs, l'on avait recours au bon Dieu pour lui demander de nous tirer de cet abîme ! Mais, non, l'on vit tranquille, et la plupart n'ouvrent les yeux qu'en tombant en enfer. Vous êtes-vous, M.F., formé une idée de la grandeur de ce péché ? Non, sans doute, parce que vous en auriez bien plus d'horreur, et vous auriez pris plus de précautions pour ne pas y tomber.


III. - Si vous me demandez maintenant ce qui peut nous conduire à un tel crime. Mon ami, je n'ai qu'à ouvrir mon catéchisme et à le demander à un enfant, en lui disant : Qu'est-ce qui nous conduit ordinairement à ce vice honteux ? Il me répondra simplement : Monsieur le Curé, ce sont les danses, les bals, les fréquentations trop familières avec des personnes de différent sexe ; les chansons, les paroles libres, les immodesties dans les habits, les excès dans le boire et le manger.

Je dis : les excès dans le boire et le manger. Si vous me demandez pourquoi cela, le voici, M.F. : C'est que notre corps ne tend qu'à la perte de notre âme ; il faut nécessairement le faire souffrir en quelque manière, sans quoi tôt ou tard, il jettera notre âme en enfer. Une personne qui a bien à cœur le salut de son âme ne passera jamais un jour sans se mortifier en quelque chose dans le boire, le manger, le sommeil. Pour l'excès du vin, saint Augustin nous dit clairement qu'un ivrogne est impudique, ce qui est bien facile à prouver. Entrez dans un cabaret, ou soyez en la compagnie d'un ivrogne, il n'aura pas autre chose à la bouche que les paroles les plus sales ; vous le verrez faire les actions les plus honteuses ; et certainement il ne les ferait pas s'il n'était pas dans le vin. Vous voyez donc par là, M.F., que, si nous voulons conserver la pureté dans notre âme, il faut nécessairement refuser quelque chose à notre corps, sans quoi il nous perdra.

Je dis que les bals et les danses nous conduisent à ce vice infâme. C'est le moyen dont le démon se sert pour enlever l'innocence au moins aux trois quarts des jeunes gens. Je n'ai pas besoin de vous le prouver, vous ne le savez que trop malheureusement par votre propre expérience. Hélas ! combien de mauvaises pensées, de mauvais désirs et d'actions honteuses causées par les danses ! Il me suffirait de vous dire que huit conciles tenus en France défendaient la danse, même dans les noces, sous peine d'excommunication. – Mais, me direz-vous, pourquoi donc y a-t-il des prêtres qui donnent l'absolution à ces personnes sans les éprouver ? – Pour cela, je ne vous en dis rien, chacun rendra compte de ce qu'il aura fait. Hélas ! M.F., d'où est venue la perte des jeunes gens ? Pourquoi n'ont-ils plus fréquenté les sacrements ? Pourquoi ont-ils même laissé leurs prières ? N'en cherchez pas d'autre cause que la danse. D'où peut venir ce grand malheur que plusieurs ne font plus de pâques, ou les font mal ? Hélas ! de la danse. Combien de jeunes filles, à la suite de la danse, ont perdu leur réputation, leur pauvre âme, le ciel, leur Dieu ! Saint Augustin nous dit qu'il n'y aurait pas autant de mal à travailler toute la journée le dimanche, qu'à danser. Oui, M.F., nous verrons au grand jour du jugement, que ces filles mondaines ont fait commettre plus de péchés qu'elles n'ont de cheveux sur la tête. Hélas ! que de mauvais regards, que de mauvais désirs, que d'attouchements déshonnêtes, que de paroles impures, que d'embrassements mauvais, que de jalousies, que de disputes, que de querelles ne voit-on pas commettre dans la danse ou à la suite des danses ! Pour mieux vous en convaincre, M.F., écoutez ce que nous dit le Seigneur par la bouche du prophète Isaïe : « Les mondains dansent au son des flûtes et des tambours, et un moment après ils descendent dans les enfers [9]. » L'Esprit-Saint nous dit par la bouche du prophète Ezéchiel : « Va dire aux enfants d'amour, que parce qu'ils se sont livrés à la danse, je vais les punir rigoureusement ; afin que tout Israël soit saisi de frayeur. » Saint Jean Chrysostome nous dit que les patriarches Abraham, Isaac et Jacob ne voulurent jamais permettre que l'on dansât à leur mariage, dans la crainte d'attirer les malédictions du ciel sur eux. Mais, je n'ai pas besoin d'aller chercher d'autres preuves que vous-mêmes. Parlez-moi sincèrement, n'est-ce pas que vous ne voudriez pas mourir en venant d'une danse ? Non, sans doute, parce que vous ne seriez guère prêts à aller paraître devant le tribunal de Dieu. Dites-moi pourquoi vous ne voudriez pas mourir dans cet état, et pourquoi vous ne manquez pas de vous en confesser ? C'est donc bien prouvé, vous sentez vous-mêmes que vous faites mal ; autrement vous n'auriez pas besoin de vous en accuser et ne craindriez pas de paraître devant Jésus-Christ. Écoutez ce que nous dit saint Charles Borromée parlant de la danse : de son temps, l'on condamnait à trois ans de pénitence publique une personne qui allait à la danse, et, si elle continuait, on la menaçait d'excommunication. N'allons pas plus loin, M.F., la mort vous prouvera ce que nous disons aujourd'hui, mais trop tard pour un grand nombre. Il faut vraiment être aveugle pour croire qu'il n'y a pas grand mal dans la danse, lorsque nous voyons que toutes les personnes désireuses de s'assurer le ciel, l'ont quittée et ont pleuré le malheur d'y être allées, dans le temps de leurs folies. Mais, tirons le rideau jusqu'au grand jour des vengeances où nous verrons tout cela plus clairement, où la corruption du cœur ne pourra plus trouver d'excuse.

Je dis que les immodesties dans les habits nous conduisent à ce vice honteux. Oui, M.F., une personne qui ne s'habille pas décemment est la cause de beaucoup de  péchés : de mauvais regards, de mauvaises pensées, de paroles déshonnêtes. Voulez-vous savoir, du moins en partie, le mal dont vous êtes la cause ? Mettez-vous un instant aux pieds de votre crucifix, comme si vous alliez être jugé. L'on peut dire que les personnes mises d'une manière mondaine sont une source d'impureté, et un poison qui donne la mort à tous ceux qui n'ont pas la force de les fuir. Voyez en elles cet air efféminé ou enjoué, ces regards perçants, ces gestes honteux, qui, comme autant de traits trempés dans le poison de leur impudicité, blessent presque tous les yeux assez malheureux pour les regarder. Hélas ! que de péchés fait commettre un cœur une fois imbibé de ce limon impur ! Hélas ! il y a de ces pauvres cœurs qui sont aussi brûlés de ce vice impur, qu'une poignée de paille dans un feu, Je ne sais pas si vous avez commencé à vous former une idée de la grandeur de ce péché et en combien de manières l'on peut s'en rendre coupable, priez le bon, Dieu, M.F., qu'il vous le fasse bien connaître et en concevoir une telle horreur que vous ne le commettiez jamais plus.


IV. – Mais, voyons maintenant ce qu'il faut faire pour se garantir de ce péché, qui est si horrible aux yeux de Dieu, et qui traîne tant de pauvres âmes en enfer. Pour vous le montrer d'une manière claire et simple, je n'ai  qu'à ouvrir encore une fois mon catéchisme. Si je demandais à un enfant, quels sont les moyens que nous devons employer pour ne pas tomber dans ce maudit péché, il me répondrait avec sa simplicité ordinaire : Il y en a plusieurs, mais les principaux sont : la retraite, la prière, la fréquentation des sacrements, une grande dévotion envers la sainte Vierge, la fuite des occasions, et enfin rejeter promptement toutes les mauvaises pensées que le démon nous présente.

Je dis qu'il faut aimer la retraite, je ne veux pas dire qu'il faille se cacher dans un bois, ni même dans un monastère, ce qui serait cependant un grand bonheur pour vous ; mais je veux dire, qu'il faut fuir seulement les compagnies des personnes qui ne parlent que de choses capables de vous salir l'imagination, ou bien qui ne s'occupent que d'affaires terrestres et nullement du bon Dieu. Voilà, M.F., ce que je veux dire. Le dimanche surtout, au lieu d'aller voir vos voisins ou voisines, prenez un livre, comme l'Imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ou bien la Vie des saints ; vous y verrez comment ils ont combattu les tentations que le démon a tâché de faire naître dans leur esprit ; vous verrez combien ils ont fait de sacrifices pour plaire à Dieu et sauver leurs âmes : cela vous encouragera. Vous ferez comme saint Ignace, qui, étant blessé, se mit à lire la vie des saints ; voyant les luttes qu'ils avaient éprouvées et le courage avec lequel ils combattaient pour le bon Dieu, il se dit à lui-même : « Et pourquoi ne ferais-je pas ce que ces saints ont fait ? N'ai-je pas le même Dieu qui m'aidera à combattre, le même ciel à espérer et le même enfer à craindre [10] ?... » Vous ferez de même. Oui, M.F., il est nécessaire de fuir la compagnie des personnes qui n'aiment pas le bon Dieu. Ne soyons avec le monde que par nécessité, quand notre devoir nous y appelle.

Nous disons qu'il faut aimer la prière, si nous voulons conserver la pureté de notre âme. Si vous me demandez pourquoi il faut prier, je vous en donnerai la raison : c'est que cette belle vertu de pureté vient du ciel, c'est donc par la prière que nous devons la demander et la conserver. Il est certain qu'une personne qui n'a pas recours à la prière ne conservera jamais son âme pure aux yeux de Dieu. Par la prière, nous conversons avec le bon Dieu, les anges et les saints, et par cet entretien céleste nous devenons nécessairement spirituels ; notre esprit et notre cœur se détachent peu à peu des choses créées pour ne considérer et n'aimer que les biens du ciel. Cependant il ne faut pas croire que, toutes les fois que l'on est tenté, l'on offense le bon Dieu ; le péché ne se trouve que dans le consentement et dans le plaisir que l'on y prend. Quand nous serions tentés huit ou quinze jours, si cela nous fait horreur, nous faisons comme les enfants dans la fournaise de Babylone, qui n'en sortirent que plus beaux [11]. IL nous faut vite avoir recours au bon Dieu en lui disant : « Mon Dieu, venez à mon aide ; vous savez que sans vous, je ne peux que me perdre ; mais, aidé de votre grâce, je suis sûr de sortir victorieux du combat. Ah ! Vierge sainte, devons-nous dire, ne permettez pas que le démon ravisse mon âme qui a coûté tant de souffrances à votre divin Fils. »

Pour conserver la pureté, il faut avoir recours aux sacrements, et les recevoir avec de bonnes dispositions. Oui, M.F., une personne qui a le bonheur de fréquenter les sacrements souvent et saintement, peut très facilement conserver cette belle vertu. Nous avons une preuve que les sacrements nous sont d'un grand secours, dans les efforts du démon pour nous en éloigner ou nous les faire profaner. Voyez, quand nous voulons nous en approcher, combien le démon suscite en nous de craintes, de troubles, de dégoûts. Tantôt il nous dit que nous agissons presque toujours mal, tantôt, que le prêtre ne nous connaît pas, ou bien que nous ne nous faisons pas assez connaître, que sais-je ? Mais, pour nous moquer de lui, il faut redoubler de soins, nous en approcher encore plus souvent, et ensuite nous ensevelir dans le sein de la miséricorde de Dieu, en lui disant : « Vous savez, mon Dieu, que je ne cherche que vous et le salut de ma pauvre âme. » Non, M.F., il n'y a rien qui nous rende si redoutables au démon que la fréquentation des sacrements ; en voici la preuve. Voyez sainte Thérèse. Le démon avoua, par la bouche d'un possédé, que cette sainte lui était devenue si redoutable par la sainteté puisée dans la sainte communion, qu'il ne pouvait pas même respirer l'air où elle avait passé. Si vous en cherchez la raison, elle est très facile à comprendre : le sacrement adorable de l'Eucharistie, n'est-il pas ce vin qui produit la virginité [12] ? Comment n'être pas vierge en recevant le roi de la pureté ? Voulez-vous conserver ou acquérir cette belle vertu qui rend semblable aux anges ? Fréquentez souvent et saintement les sacrements, vous êtes sûrs que, malgré tous les efforts du démon, vous aurez le grand bonheur de conserver la pureté de votre âme.

Si nous voulons conserver pur ce temple du Saint-Esprit, il faut avoir une grande dévotion à la très sainte Vierge, puisqu'elle est la Reine des vierges. C'est elle qui, la première, a levé l'étendard de cette incomparable vertu. Voyez combien le bon Dieu en fait d'estime : il n'a pas dédaigné de naître d'une mère pauvre, inconnue dans le monde, d'avoir pour père nourricier un père pauvre ; mais il lui fallait une mère pure et sans tâche, un père d'une pureté telle que la sainte Vierge seule pouvait le surpasser en pureté. Saint Jean Damascène nous encourage grandement à avoir une tendre dévotion envers la pureté de la sainte Vierge ; il nous dit que tout ce que l'on demande au bon Dieu en l'honneur de la pureté de la sainte Vierge on l'obtient toujours. Il nous dit que cette vertu est si agréable aux anges qu'ils chantent sans cesse dans le ciel : « O Vierge des vierges, nous vous louons ; nous vous bénissons, ô Mère du bel amour. » Saint Bernard, ce grand serviteur de Marie, nous dit qu'il a converti plus d'âmes par l'Ave Maria, que par tous ses sermons. Êtes-vous tentés ? nous dit-il, appelez Marie à votre secours, et vous êtes sûrs de ne pas succomber à la tentation [13]. Lorsque nous récitons l'Ave Maria, nous dit-il, tout le ciel se réjouit et tressaille de joie, et tout l'enfer frémit en se rappelant, que Marié a été l'instrument dont Dieu s'est servi pour l'enchaîner. C'est pour cela que ce grand saint nous recommande tant la dévotion : à la Mère de Dieu, afin que Marie nous regarde comme ses enfants. Si vous êtes bien aimés de Marie, vous êtes sûrs d'être bien aimés de son Fils. Plusieurs saints Pères nous recommandent d'avoir une grande dévotion envers Marie, et de faire de temps en temps quelques communions en son honneur, et surtout en l'honneur de sa sainte Pureté ; ce qui, lui est si agréable qu'elle ne manquera pas de nous faire sentir son intercession auprès de son divin Fils.

Pour conserver cette vertu angélique nous devons combattre les tentations et fuir les occasions, comme ont fait les saints, qui ont mieux aimé mourir que de perdre cette belle vertu. Voyez ce que fit le patriarche Joseph, lorsque la femme de Putiphar voulut le solliciter au péché, il lui laissa la moitié de son manteau entre les mains [14]. Voyez la chaste Suzanne, qui aima mieux perdre sa réputation, celle de sa famille et sa vie même, que de perdre cette vertu qui est si agréable à Dieu [15]. Voyez encore ce qui arriva à saint Martinien, qui s'était retiré dans un bois, pour ne penser qu'à plaire à Dieu. Une femme de mauvaise vie vint le trouver, feignant de s'être égarée dans les forêts et le priant de vouloir bien avoir pitié d'elle. Le saint la reçut dans sa solitude et la laissa seule. Le lendemain étant revenu voir ce qu'elle était devenue, il la trouva bien parée. Alors elle lui dit que le bon Dieu l'avait envoyée pour faire alliance avec lui ; qu'elle avait de grands biens dans la ville, qu'il pourrait faire beaucoup d'aumônes. Le saint voulut savoir si cela venait de Dieu ou du démon ; il lui dit d'attendre, parce que tous les jours il venait des gens pour se recommander à ses prières et qu'il ne fallait pas leur laisser faire un voyage inutile ; il allait sur la montagne pour voir s'il en arrivait quelques-uns. Lorsqu’il fut sur la montagne, il entendit une voix qui lui dit : « Martinien, Martinien, que fais-tu ? tu écoutes la voix de Satan. » Il en fut si effrayé qu'il retourna dans sa solitude, fit un grand feu et se mit dedans ; la douleur du péché qu'il était exposé à commettre et la douleur du feu lui firent pousser de grands cris. Cette malheureuse étant venue à ce bruit, lui demanda ce qui l'avait mis dans un tel état. « Ah ! lui répondit le saint, je ne puis pas supporter le feu de ce monde, comment pourrais-je endurer celui de l'enfer, si j'ai le malheur de pécher comme vous le désirez ? » Ce qui frappa tellement cette femme qu'elle resta dans la cellule du saint, fit pénitence toute sa vie, et Martinien alla plus loin pour continuer ses austérités [16].

Il est rapporté dans la vie de saint Thomas d'Aquin [17] qu'on lui envoya une femme de mauvaise vie pour le porter au péché. On la fit entrer dans sa chambre pendant qu'il était absent. Lorsqu'il aperçut cette créature, il prit un tison ardent et la chassa honteusement. Voyez encore saint Benoît, qui, pour se délivrer de ses mauvaises pensées, se roulait dans les ronces où il se mettait tout en sang. D'autres fois, il se plongeait dans l'eau glacée jusqu'au cou pour éteindre ce feu impur [18]. Mais je ne trouve rien dans la vie des saints qui soit comparable au récit de saint Jérôme. Du fond de son désert, il écrit à un de ses amis, et lui fait la peinture des combats qu'il éprouve et des pénitences qu'il exerce sur son corps ; on ne peut le lire sans pleurer de compassion : « Dans cette vaste solitude que les ardeurs du soleil rendent insupportable, dit-il, ne me nourrissant que d'un peu de pain noir et d'herbes crues, couchant sur la terre nue, ne buvant que de l'eau, même dans mes maladies, je ne cesse de pleurer aux pieds de mon crucifix. Lorsque mes larmes manquent, je prends une pierre, je m'en frappe la poitrine jusqu'à ce que le sang me sorte par la bouche, et malgré cela, le démon ne me laisse point de repos ; il faut toujours avoir les armes à la main [19]. »

Que conclure, M.F., de tout ce que nous venons de dire ? IL n'y a point de vertu qui nous rende si agréables au bon Dieu, que la vertu de pureté, et point de vice qui plaise tant au démon que le péché d'impureté. Cet ennemi ne peut souffrir qu'une personne qui est à Dieu possède cette vertu ; et c'est ce qui doit vous engager à ne rien négliger pour la conserver. Pour cela, veillez avec soin sur vos regards, vos pensées et tous les mouvements de votre cœur ; ayez fréquemment recours à la prière ; fuyez les mauvaises compagnies, les danses, les jeux ; pratiquez la mortification ; recourez à la très sainte Vierge ; fréquentez souvent les sacrements. Quel bonheur ! si nous sommes assez heureux pour ne pas laisser souiller notre cœur par ce maudit péché, puisque Jésus-Christ nous dit qu'il n'y aura que à ceux qui ont le cœur pur qui verront Dieu [20] ! » Demandons, M.F., chaque matin au bon Dieu de purifier nos yeux, nos mains et généralement tous nos sens ; afin que nous puissions paraître avec confiance devant Jésus-Christ, qui est le partage des âmes pures ; c'est tout le bonheur que je vous souhaite.

19ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE
(QUATORZIÈME SERMON)


[1] I COR . VI, 15, 19.
[2] Omnis mulier, quæ est fornicaria, quasi stercus in via conculcabitur. PROV. IX, 10.
[3] GEN. VI.
[4] Ibid. XIX.
[5] NUM. XXV, 9.
[6] APOC. XVII, 3.
[7] Le Saint a sans doute emprunté du P. Lejeune, t. II, Sermon LIV, De la luxure, cette application de la figure de l’Apocalypse au vice de l’impureté.
[8] Pepigi fœdus cum oculis meis, ut ne cogitarem quidem de virgine. JOB. XXXI, 1.
[9] Tenent tympanum et citharum, et gaudent ad sonitum organi. Ducunt in bonis dies suos, et in puncto ad inferna descundunt. JOB. XXI, 12, 13. Ce texte est de Job et non du prophète Isaïe. Nous ferons remarquer que ce n’est pas la seule fois que le Saint attribue à un auteur des textes qui appartiennent à un autre.
[10] RIBADENERIA, au 31 juillet.
[11] DAN. III, 94.
[12]Quid enim bonum ejus est, et quid pulchrum ejus, nisi frumentum electorum, et vinum germinans virgines ? ZACH. IX, 17.
[13] Hom. 2e super Missus est, 17.
[14] GEN. XXXIX, 12.
[15] DAN. XIII.
[16] RIBADENERIA, au 13 février.
[17] Ibid, au 7 mars.
[18] Ibid, au 21 mars.
[19] Lettre 22e, à Eustochie, citée dans la Vie des Pères du désert, t. V, p. 263.
[20] MATTH. V, 8.