« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

mardi 26 décembre 2017

Sur l'amour des ennemis pour la fête de saint Etienne

Ce précepte si difficile à pratique, le Saint, dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire, l’a accompli à la lettre. Saint Etienne, pour prix de son zèle et de sa charité envers les Juifs, en fut assailli d’une grêle de pierres; et que faisait-il pendant qu’on le lapidait? Il ne fit paraître  aucun ressentiment contre ceux qui le traitaient si cruellement; au contraire, s’étant mis à genoux, il s’écria à haute voix : Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. (Act. VII, 59.)

L’amour des ennemis, le pardon des injures, voilà une des plus importantes obligations des chrétiens. Nous devons aimer nos ennemis et leur pardonner, parce que Jésus-Christ nous l’ordonne, parce que notre pardon est attaché au pardon que nous leur accorderons.

Rendre le mal pour le mal, tirer vengeance d’une injure reçue, voilà ce que prescrit le monde : et moi, dit Jésus-Christ, qui suis votre maître et votre Dieu, je vous dis : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous font du mal ( Mat. V. 44.).

Au troisième siècle de l’Eglise, le préfet Vénustien, ayant ordonné inutilement à l’évêque Sabin de renoncer à la foi, lui fit couper les deux mains. Quelque temps après, Dieu punit cet impie; Vénustien devint presque aveugle. En vain la médecine emploie-t-elle tous les secrets de son art pour guérir le malade, ses efforts sont inutiles. Au défaut de toute autre ressource, on lui conseille de s’adresser à l’évêque Sabin. Mais, dit-il, comment pourrais-je espérer un si grand service d’un homme que j’ai traité avec de tant de cruauté? Ah! Lui répond-on, vous ne connaissez pas les chrétiens, ils ne savent se venger du mal qu’on leur a fait, qu’en comblant de biens ceux qui en ont été les auteurs.

Le préfet envoie chercher l’évêque : celui-ci met les deux bouts de ses bras mutilés sur les yeux de Vénustien, qui recouvrant tout à la fois la vue du corps et celle de l’âme, renonce au paganisme avec toute sa famille, et devient, d’un précurseur qu’il était, un fervent chrétien et un martyr.

Ah! chrétiens, quelle consolation, quel doux témoignage à la mort pour un cœur généreux Nous le voyons dans la personne de saint Etienne, comme il pardonnait à ses bourreaux, les cieux s’ouvrirent sur sa tête, Jésus-Christ se fit voir à lui, assis à la droite de son Père, qui lui préparait la couronne de gloire. Dans ce délicieux transport, il rendit le dernier soupir, et alla puiser dans le sein de Dieu même la récompense de sa charité.


Glorieux saint! obtenez-nous la même charité, afin que nous ayons la même récompense; que nous pardonnions sincèrement toutes les offenses qu’on nous a faites, afin que Dieu nous ayant aussi pardonné nos péchés, nous le possédions dans l’éternité bienheureuse. Ainsi soit-il

Abbé Parel - La voix du Bon Pasteur Tome II, pp.9-10

lundi 25 décembre 2017

Naissance de Jésus-Christ



III. — Naissance de Jésus-Christ.

Dom GUÉRANGER. - « Et comme ils étaient là, il arriva que les jours de l'enfantement furent accomplis. Et Marte mit au monde son Fils Premier-Né ; Elle L'enveloppa de langes et Le coucha dans une crèche. » 6, 7. A l'heure de minuit la Vierge a senti que le moment suprême est arrivé. Son cœur maternel est tout à coup inondé de délices inconnus ; il se fond dans l'extase de l'amour. Soudain, franchissant par sa Toute-Puissance les barrières du sein maternel, comme Il pénétrera un jour la pierre du Sépulcre, le Fils de Dieu, Fils de Marie, apparaît étendu sur le sol, sous les yeux de sa Mère, vers Laquelle Il tend ses bras. Le rayon du soleil ne franchit pas avec plus de vitesse le pur cristal qui ne saurait l'arrêter. La Vierge-Mère adore cet Enfant Divin qui lui sourit; Elle ose le presser contre son cœur ; Elle L'enveloppe des langes qu'Elle Lui a préparés ; Elle Le couche dans la crèche.

« Le fidèle Joseph adore avec Elle ; les saints Anges, selon la prophétie de David, rendent leurs profonds hommages à leur Créateur, dans ce moment de son entrée sur cette terre. Le Ciel est ouvert au-dessus de l'étable, et les premiers vœux du Dieu Nouveau-Né montent vers le Père des siècles ; ses premiers cris, ses doux vagissements arrivent à l'oreille du Dieu offensé, et préparent déjà le salut du monde. » Année liturgique, Le saint jour de Noël.

S. AUGUSTIN. - « Le Tout-Puissant prend naissance, et sa Mère n'exhale aucun gémissement. Elle enfante, son Fils paraît à la lumière et sa Virginité ne souffre aucune atteinte. Du moment que c'est un Dieu qui naît, il fallait que la chasteté de la Mère reçut un nouvel éclat, et Celui qui était venu pour guérir toutes les souillures ne pouvait porter atteinte à la parfaite intégrité de sa Mère Marie dépouillée de son précieux fardeau, se tient là, debout et se reconnaît Mère, avant de s'être connue Epouse. Elle adore la Divinité de son Fils et tressaille de joie d'avoir enfanté par le Saint-Esprit ; Elle ne frémit pas d'avoir enfanté en dehors du mariage, mais Elle-se réjouit d'avoir donné naissance à un Dieu. L'Enfant, à sa Naissance, est déposé dans une crèche ; ce sont là les premières bandelettes d'un Dieu, le Roi du Ciel ne dédaigne pas ces entraves, après avoir trouvé bon d'habiter dans un sein virginal. » Sermons pour le propre du temps, 10e sermon, La Naissance de Jésus-Christ.

VÉN. BÉDÉ. Celui qui revêt le monde de sa riche parure est enveloppé de pauvres langes, afin que nous puissions recouvrer notre robe première ; Celui qui a tout fait a les pieds et les mains dans des entraves, afin que nos mains soient agiles pour les bonnes œuvres, et que nos pieds se dirigent dans la voie de la paix. » Hom. in Evang. Luc, II.

S. GRÉGOIRE DE NYSSE. — « Apparaissant comme un homme, Il n'est point soumis en tout aux lois de la nature humaine ; en effet, ce qui naît de la femme tient de l'humanité, tandis que la virginité qui Lui donne naissance montre qu'Il est au-dessus de l'homme. Ainsi sa Mère Le porte avec joie, son origine est immaculée, son enfantement facile, sa Naissance sans souillure ; il ne commence point par les déchirements, il ne sort point des douleurs. Celle qui par sa faute a attaché la mort à notre nature ayant été condamnée à enfanter dans les douleurs, la Mère de la Vie devait enfanter avec joie. Il entre par la pureté Virginale dans la vie des mortels au moment où les ténèbres commencent à diminuer et où l'intensité de la nuit est dissipée par l'exubérance de la lumière. La mort était le terme de la gravité du péché, maintenant elle va être anéantie par la présence de la Lumière véritable qui a éclairé tout l'univers de l'éclat de l'Evangile. » In Cat. grœc. Patr.

IV. -- Premiers actes que fit Marie après la Naissance de son Fils.

MGR. GAY. — « Qu'a fait Marie dans ce premier moment où Jésus, éclos de son sein, s'est pour la première fois trouvé vis-à-vis d'Elle ? Ce qu'Elle a fait, sans nul doute, c'est ce que le Saint-Esprit lui a inspiré de faire ; car si cet Esprit la possédait toujours au point de régir souverainement et constamment ses actes, que dut-il en être à l'heure de ce divin enfantement ? Jamais peut-être Dieu ne L’avait si complètement envahie ; Elle n'était que sa forme très pure et son organe docile. On devine d'ailleurs que ces premiers actes de la Sainte Vierge à l'égard de l'Enfant Jésus ont une importance capitale ; qu'ils sont ici comme autant de premiers principes, et que leur beauté, leur bonté, leur valeur morale dépasse tout ce que l'on en peut dire et penser.
1. « Avant tout nous croyons que Marie adora extérieurement Jésus. Aucune perfection, aucun titre ne manquaient à cet amour qu'Elle avait pour son Fils ; mais par-dessus tout, cet amour était une religion. La foi l'éclairait et en déterminait la nature et le caractère. Avant d'être son Fils, Jésus était son Dieu; avant d'être sa Mère, Elle était sa créature, sa sujette, sa servante. Si haut que pussent monter la liberté et l'ardeur de sa tendresse, cette tendresse restait appuyée sur son humilité et comme saturée de respect. Marie a dû dire à Jésus toutes les paroles enflammées du Cantique ; mais comme les fleurs si brillantes, si délicates et si parfumées, prennent appui sur ces branches ternes et solides qui les produisent, de même toute cette suave floraison de paroles saintement passionnées avait pour base et pour racine en cette Vierge, la conviction immuable signifiée par ces mots « Voici la servante du Seigneur

« Elle a donc adoré son Dieu paraissant dans la chair ; Elle L'a adoré en son nom propre ; Elle L'a adoré au nom de la création entière : Dieu seul a pu mesurer la profondeur et la sublimité de cette première adoration. Unie à celle que la très sainte Âme de Jésus rendait simultanément à son Père et l'imitant d'aussi près que possible, cette adoration de Marie réparait les déshonneurs sans nombre que les faux cultes, les idolâtries et les impiétés de tout le Genre humain avaient, depuis quatre mille ans, infligés à la Divinité et lui devaient infliger jusqu'à la fin des siècles.

2. « Après que Marie eut adoré Dieu dans cet Enfant, Elle Le regarda. On ne peut penser à ce regard sans éprouver un impérieux besoin de s'agenouiller et de se taire. Marie regardant Jésus pour la première fois I Ah t I quelle révérence t quelle piété, quelle simplicité, quelle tranquillité, quelle candeur, quelle pénétration, quel amour ! Ce regard devait ressembler beaucoup à une caresse ; il devait faire l'impression d'une onction. Il s'y écoula sans doute quelque chose du regard ineffable de Dieu sur sa Création après qu'Il l’eut achevée, et que, y trouvant « toutes choses très bonnes », Il s'y complut amoureusement. Ce regard de la Vierge traduisait encore toutes sortes d'admirations humbles et de transports paisibles, selon qu'il est naturel à l'âme d'en ressentir, quand, étant sainte, elle est divinement émue. Depuis le commencement du monde nul n'avait regardé Dieu ainsi. Jésus en fut touché jusqu'au fond des entrailles. C'est de quoi il dit dans le Cantique : « Tu as blessé mon cœur,ô ma sœur, qui es aussi mon Epouse ; tu as blessé et ravi mon cœur par tunique regard de tes yeux. » Cant., IV, 9.

3. « Enfin, qui pourrait en douter ? Marie baisa Jésus. Il me semble qu'Elle alla chercher ce baiser, non pas' seulement au plus intime d'Elle-même, mais au-delà, dans ce Cœur même de Dieu dont le sien était devenu le sanctuaire. Il me semble que, sans y dépenser plus d'un instant, Elle le prépara, comme le parfumeur prépare un baume exquis où il a résolu de faire entrer toutes les essences. Ce premier baiser dut être comme la récolte toute ramassée de son jardin intérieur. Toutes ses puissances y contribuèrent, toutes ses grâces s'y concertèrent et, pour ainsi parler, s'y surpassèrent. Ce baiser était leur fruit. Rien de si solennel, ni de si doux ne s'était encore extérieurement passé depuis l'origine des choses.... La créature collait immédiatement ses lèvres à cette sainte Face de Dieu dont l'éclat fait trembler les Anges. Jésus ne serait descendu ici-bas que pour y recevoir ce baiser que sa Création lui donnait par les lèvres immaculées et brûlantes de sa Mère, Il eût tiré une joie immense de son Incarnation et se fût applaudi de l'avoir décrétée.

 4. Après avoir rendu ses devoirs au Dieu qu'Elle venait d'enfanter, Marie avait à son égard une charge à remplir. Elle devait commencer, et commencer incontinent, le doux et sacré ministère de sa Maternité. Elle avait besoin pour cela de lumières très particulières.

Dieu s'était réservé d'être l'unique Précepteur de la Vierge. Il L'avait fécondée par son Saint-Esprit ce fut par le même Esprit qu'II Lui apprit intérieurement ce qu'il était séant qu'Elle connût touchant les suites pratiques de cette fécondité. En effet, il ne s'agissait pas seulement pour Marie d'être Mère ; Elle allait être la Mère de Dieu. Or, ce que doit faire une telle Mère, ni homme, ni Ange ne le savait. Cela ne s'était jamais vu nulle part. Le secret en était caché au plus profond de la science divine et comme au centre de l'amour infini. Dieu seul pouvait dès lors le révéler à une créature ; comme aussi il n'appartenait qu'à Lui d'élever cette créature au niveau d'une si sublime tâche.

« Dieu le fit avec sa Sagesse et sa Magnificence accoutumées. Aussi, quand le moment fut venu de commencer les œuvres de cette fonction inouïe, Marie n'eut pas l'ombre d'une hésitation, ni d'un embarras. Elle vit qu'encore bien que son Enfant fût la Vie en personne, et que, comme Il soutient par sa Vertu tout cc qu'Il crée par sa Parole, Il pût de même, s'Il le voulait, soutenir, sans appui humain, cette vie terrestre qu'Il lui avait empruntée, cependant il se rangeait à la commune condition des enfants de la terre, et ne s'exemptait d'aucune des servitudes auxquelles leur fragile existence est soumise. Elle comprit donc qu'Elle Le devait allaiter ; que, posé l'ordre de Dieu, c'était pour son cher Nouveau-Né une nécessité véritable que si Elle n'y pourvoyait pas, Jésus aurait faim, souffrirait, gémirait. Elle trouva adorable que les choses fussent ainsi réglées, puis, au dedans et au dehors, avec la même simplicité que son Divin Enfant, Elle entra dans cet ordre. La candeur qu'eut Jésus en prenant le sein de Marie, Marie l'eut dans son cœur en donnant son sein à Jésus.

« Ce sein, que Dieu seul et ses Anges avaient vu, Elle le découvrit donc à Jésus, comme la rose, qui s'épanouit, se découvre au soleil levant et sous son influence. Ce fut quelque chose de tranquille et de suave comme la première apparition du jour à l'horizon. Une Vierge voilant son visage ne sera jamais aussi chaste que cette Vierge dévoilant son sein. Elle était plus qu'un lis au dehors et au dedans ; Elle était un champ de lis, ce champ dont il est dit que l'Epoux, qui est l'Agneau de Dieu, « y a ses pâturages.» Et en effet cet Agneau béni allait boire le lait merveilleux dont cette virginale mamelle était pleine.

« Le lait de Marie fut comme la quintessence de tout ce qu'il y a de doux et de bienfaisant dans le monde des corps...Ce fut comme l'Eucharistie humaine de Jésus. » Elévalions sur la Vie et la Doctrine de N.-S. 15e et 16e Elév.


Le mystère de Jésus-Christ, Extraits de la Sainte Écriture, des écrits des Saints Pères et des meilleurs Auteurs Ecclésiastiques

dimanche 24 décembre 2017

Vigile de Noël


I. — Edit de César Auguste

S. ALPHONSE DE LIGUORI.   « Dieu avait décrété que son Divin Fils ne viendrait pas au monde dans la maison de Joseph, niais dans une grotte, dans une étable, demeure des animaux, de la manière la plus pauvre et la plus pénible, dont puisse naître un enfant. C'est pour cela qu'Il disposa César à publier le fameux édit qui obligeait tous ses sujets à aller chacun s'inscrire dans le propre lieu de sa naissance. » Méditations pour la neuvaine de Noël, 9e Médit.

VÉN. BÈDE. — « De même que le Fils de Dieu venant dans sa Chair naquit d'une Vierge pour montrer que l'éclat de la virginité Lui était très agréable, de même, en venant au monde dans un temps de paix, Il enseigne à chercher la paix en daignant visiter ceux qui aiment la paix. Il ne pouvait y avoir de plus grand signe de paix que ce dénombrement de tout l'univers sous l'Empereur Auguste, qï5, vers le temps de la Naissance du Sauveur, régna pendant douze ans d'une paix si profonde que, toutes les guerres étant apaisées, il parut vérifier à la lettre l'oracle du Prophète Isaïe : « Ils feront de leurs glaives des charrues, et des faux de leurs lances ; aucune Nation ne tirera le glaive et ne s'exercera plus au combat. »

« Or, il arriva qu'en ces jours il parut un édit de César Auguste, pour le dénombrement des habitants de toute la terre. » Luc, II, 1. Le Christ naquit lorsqu'il n'y eut plus de Prince Juif et que l'Empire fut transporté aux Princes Romains. Ainsi s'accomplit la prophétie qui annonçait que le sceptre ne sortirait point de Juda ni le Chef de sa race; jusqu'à ce que viendrait Celui qui devait être envoyé. Donc, la quarante-deuxième année de son règne, César Auguste publia un édit de faire « le dénombrement de tout l'univers, » pour payer le tribut ; César confia ce dénombrement à Cyrinus, qu'il établit gouverneur de Judée et de Syrie ; « ce premier dénombrement fut fait par Cyrinus, gouverneur de Syrie. » 2. Il veut dire que ce dénombrement fut le premier qui comprit tout l'univers, car on lit que plusieurs parties de la terre ont été souvent dénombrées ; ou bien, qu'il commença lorsque Cyrinus fut envoyé en Syrie.

« C'est par une disposition céleste que l'inscription du cens fut faite de manière qu'on ordonnait à chacun d'aller dans son pays : « Et tous allaient se faire inscrire, chacun en sa ville. » 3. Ce qui arriva afin que le Seigneur, conçu dans un lieu et né dans un autre, échappât à la fureur de l'astucieux Hérode. » Hom. in Evang. Luc, II.

S. GRÉGOIRE. — « Joseph aussi monta de Nazareth, ville de Galilée, et vint en Judée dans la cité de David, qui est appelée Bethléem, parce qu'il était de la Maison et de la Famille de David. » 4. Il ajoute la cité de David, pour annoncer que la promesse faite à David, que le Roi perpétuel sortirait de sa race, est maintenant accomplie. Par là même que Joseph était de la Famille de David, l'Evangéliste a voulu dire que la Vierge était aussi Elle-même de la Famille de David, puisque la Loi divine ordonnait que les unions conjugales fussent contractées dans la même famille.

« Pour être inscrit avec Marie, son Epouse, qui était enceinte. » 5. Il dit son épouse insinuant qu'ils n'étaient que fiancés au moment de la conception ; car la Sainte  Vierge n'a point conçu avec la coopération d'un homme.

« Mystiquement, le dénombrement du monde se fait pour le Seigneur qui va naître ; car Il apparaissait dans la chair pour instruire ses élus dans l'éternité. » In homil. 8, in Evang.

VEN. BÈDE. « De même que sous l'Empire d'Auguste et le gouvernement de Cyrinus, chacun allait dans sa ville se déclarer pour le cens, de même, sous l'Empire du Christ par les Docteurs, Gouverneurs de l’Église, nous devons nous déclarer pour le cens de la justice.

« Notre ville et notre patrie sont le repos bienheureux vers lequel nous devons marcher chaque jour par l'accroissement des vertus. Chaque jour la sainte Eglise, entourée de ses Docteurs, quittant le tour- .billon de la conversation mondaine, monte à la ville de Juda, c'est-à-dire de la confession de la louange, pour payer au Roi éternel le tribut de sa dévotion Vierge, elle nous a conçus dans l'Esprit à l'exemple de la Bienheureuse Vierge Marie ; Epouse d'un autre, elle est fécondée par Lui ; unie au Pontife son Chef, elle est comblée de l'invisible vertu de l'Esprit ; son nom lui-même nous montre que le zèle du Maître qui parle ne sert de rien, à moins que, pour l'entendre, elle n'ait reçu l'assistance de la grâce céleste. » Hom. in Evang. Luc, II.

II — Voyage de Marie et de Joseph ; leur arrivée à Bethléem.

LUDOLPHE LE CHARTREUX. — « Or, le terme de la grossesse de Marie approchait ; Joseph partit comme les autres. De Nazareth à Jérusalem il y a trente-cinq milles ; et de Jérusalem à Bethléem, cinq milles environ. Et Cependant Marie ne se ressentait pas de cette longue route, parce que, dit saint Augustin, l'Enfant qu'Elle avait dans son sein n'appesantissait pas son corps ; bien qu'enceinte, Elle était toujours Vierge, et recevait de la Lumière par excellence qu'Elle portait dans ses entrailles, cette beauté, cette légèreté qui La faisait voler de Provinces en Provinces. Arrivée à Bethléem, comme ils étaient pauvres, et que l'affluence était très considérable, ils ne purent trouver de place à l'hôtellerie. » La grande Vie de Jésus-Christ, ch. IX.

MGR. GAY. — « Que dans les jours où son enfantement devenait proche, Marie se vît obligée de quitter Nazareth pour se rendre à Bethléem, ce ne fut sans doute ni une surprise pour son esprit, ni un souci pénible pour son cœur. Outre que son invincible confiance en la sainte Providence et son parfait abandon à tous les bons plaisirs de Dieu eussent toujours empêché le trouble d'effleurer même son âme, Elle savait par les Prophètes où devait naître ce Messie qu'Elle portait dans son sein. Si les Prêtres de Jérusalem, interrogés bientôt par Hérode, allaient répondre sans hésiter que Bethléem de Juda était le lieu divinement marqué pour cette Naissance bénie, combien plus la Mère du Sauveur en avait-Elle une connaissance explicite et certaine ! Mais que, arrivé à Bethléem, on trouvât toutes les maisons pleines, et que, par le fait de la nécessite ou du mauvais vouloir, il n'y eût point de gîte possible pour les Saints Voyageurs, ce dut être vraisemblablement une épreuve très sensible à la foi et à la tendresse de Marie : à sa foi, car c'était une contradiction apparente à la lettre de la prophétie ; à sa tendresse, parce que, s'il y a dans le cœur des mères un sentiment vif et impérieux, c'est bien le désir d'assurer à l'enfant qu'elles attendent un accueil doux, facile et convenable.
« Joseph fut certainement encore plus peiné qu'Elle; d'autant que c'était à lui qu'incombait la douce charge d'être la Providence visible de son Epouse et de lui procurer un abri. Il finit par en trouver un, hors de la ville, dans une grotte ouverte qui servait, durant la nuit, d'étable publique aux animaux. » Élévations sur la Vie et la Doctrine de N.-S. J.-C. 14e Elév.

DOM GUÉRANGER. — « Approchons-nous avec un saint respect, et contemplons l'humble asile que le Fils de l'Eternel descendu du Ciel a choisi pour sa première résidence. Cette étable, creusée dans le roc est située hors la ville ; Elle a environ quarante pieds de longueur sur douze de largeur. Le bœuf et l'âne annoncés par le Prophète sont là près de la Crèche, muets témoins du divin Mystère que la demeure de l'homme a refusé d'abriter.

« Joseph et Marie sont descendus dans cette humble retraite ; le silence et la nuit les environnent mais leur cœur s'épanche en louanges et en adorations envers le Dieu qui daigne réparer si complétement l'orgueil de l'homme. La très pure Marie dispose les langes qui doivent enveloppez les membres du Céleste Enfant, et attend avec une ineffable patience l'instant où ses yeux verront enfin le Fruit béni de ses chastes entrailles, où Elle pourra Le couvrir de ses baisers et de ses caresses, L'allaiter de son lait virginal.

« Cependant, le Divin Sauveur, près de franchir la barrière du sein maternel, et de faire son entrée visible en ce monde de péché, s'incline devant son Père Céleste, et, suivant la Révélation du Psalmiste expliquée par le grand Apôtre dans l'Epître aux Hébreux, Il dit : « O mon Père ! vous ne voulez plus des hosties grossières que l'on vous offre selon la Loi ; ces oblations vaines n'ont point apaisé votre Justice ; mais vous m'avez donné un Corps ; me voici, je viens m'offrir; je viens accomplir votre Volonté. » Hébr., x, 7. Année liturgique, Le saint Jour de Noël.

S. BERNARD  « Demandez-vous quel est Celui qui vient, pourquoi Il vient, quand Il vient et par où Il vient. C'est là une curiosité louable et salutaire. En premier lieu, considérez avec le même étonnement et la même admiration que l'Apôtre, quel est Celui qui vient. C'est, dit l'Ange Gabriel, le Fils même du Très- Haut, Très-Haut Lui-même par conséquent. Car on ne saurait sans crime penser que Dieu a un Fils dégénéré ; il faut donc Le proclamer l'Egal de son Père en grandeur et en dignité. Qui ne sait en effet, que les enfants des Princes sont eux-mêmes Princes et que les fils de Rois sont Rois ?
« Vous venez d'entendre, mes frères, quel est Celui qui vient, écoutez maintenant d'où et où Il vient. Or, Il vient du sein de son Père dans celui d'une Vierge-Mère ; Il vient du haut des cieux dans ces basses régions de la terre Il est descendu non seulement sur la terre, mais encore jusque dans les enfers, non comme un coupable chargé de liens, mais libre au milieu des morts, comme la lumière qui descend dans les ténèbres, mais que les ténèbres n'ont point comprise…

« Quand nous nous Sommes demandé quel est Celui qui vient, nous avons trouvé que c'est un Hôte d'une grande et ineffable Majesté ; et, lorsque nous avons recherché d'où il vient, il s'est trouvé que nous avons vu se dérouler à nos yeux une route d'une longueur immense, selon ce qu'avait dit le Prophète sous l'inspiration de l'Esprit : « Voilà la Majesté du Seigneur qui vient de loin. » Is., XXX, 27. Enfin à cette question: Où vient-il ? nous avons reconnu l'honneur inestimable et presque incompréhensible qu'Il daigne nous faire en descendant de si haut dans l'horrible séjour de notre prison.

« Le motif qui a déterminé le Verbe à descendre de si loin dans un séjour si peu digne de Lui, est tout à fait grand, car ce n'est rien moins qu'une grande miséricorde, une grande compassion et une immense charité. En effet, pourquoi devons-nous croire qu'Il est venu ? C'est le point que nous avons maintenant à éclaircir. Nous n'avons pas besoin de nous donner beaucoup de mal pour cela, puisque ses paroles et ses actes nous crient bien haut le motif de sa Venue. En effet, c'est pour chercher la centième brebis qui était perdue et errante qu'Il est descendu en toute hâte des montagnes célestes ; c'est pour que ses miséricordes fissent comprendre mieux encore le Seigneur et que ses merveilles montrassent plus clairement aux hommes que c'est pour nous qu'Il est venu.

« Combien grand est l'honneur que nous fait le Dieu qui nous vient chercher. Mais combien aussi est grande la dignité de l'homme que Dieu recherche ainsi ! Assurément s'il veut se glorifier de cela ce ne sera point à lui une folie de le faire, non pas qu'il paraisse être quelque chose de son propre fonds, mais parce que Celui qui l'a fait l'estime Lui-même à un si haut prix. Car ce ne sont point toutes les richesses du monde, ni toute la gloire d'ici-bas, ni rien de ce qui peut flatter nos désirs sur la terre qui fait notre grandeur, tout cela n'est même absolument rien en comparaison de l'homme lui-même. Seigneur, qu'est-ce donc que l'homme pour que vous le combliez de tant de gloire et pourquoi votre cœur est-Il porté en sa faveur ?

« Néanmoins je me demande pourquoi au lieu de venir à nous, ce n'est point nous qui sommes allés à Lui ; car outre que c'est notre intérêt qui est en question, ce n'est pas l'habitude que les riches aillent trouver les pauvres, même quand ils ont le désir de leur faire du bien. Il est vrai, mes frères, c'était bien à nous à aller vers Lui, mais nous étions doublement empêchés ; d'abord nos yeux étaient bien malades or, Il habite une lumière inaccessible. Et puis, nous étions paralysés et gisant sur notre grabat, nous ne pouvions donc nous élever jusqu'à Dieu qui demeure si haut. Voilà pourquoi le bon Sauveur et doux Médecin de nos âmes est descendu de là-Haut où Il habite et a voilé l'éclat de sa lumière pour nos yeux malades, » 1er Sermon pour l'Avent de N.-S.

Le mystère de Jésus-Christ, Extraits de la Sainte Ecriture, des écrits des Saints Pères et des meilleurs Auteurs Ecclésiastiques, Tome II

mercredi 13 décembre 2017

Paul IV - Bulle Cum ex apostolicum et le pape hérétique

Si vous avez des critiques constructives, faites-nous le savoir.

***Mea culpa. Un ami attentif nous a fait la remarque qu'à 9 minutes, il y a une erreur de photo. Un portrait de Pie XII aurait du y être  mais c'est Benoît XV.***

https://gloria.tv/video/DmUXBRwk1YSE62f6JT7Q1HKAP




dimanche 3 décembre 2017

sainte Lucie la Chaste

 



En Espagne, la naissance au ciel de sainte Lucie la Chaste, vierge, du Tiers Ordre de Saint-Dominique. Née en France, elle suivit en Espagne saint Vincent Ferrier. Un jeune homme, ravi de la beauté de Lucie, fit auprès d'elle de vaines démarches pour lui faire partager son affection. Comme il insistait, la jeune vierge lui fit demander ce qu'il y avait dans elle capable de lui inspirer une passion si vive. « Ce sont vos yeux », fit répondre au jeune homme, « qui ont captivé mon coeur ». A ces mots, Lucie, entrant dans sa chambre, se met en oraison puis, cédant à une inspiration divine, enlève avec un canif ses yeux de leur orbite et les envoie dans un plat à l'insensé, en lui faisant dire : « Vous prétendez que mes yeux vous ont charmé : les voilà, je vous les offre ». Cette action héroïque eut deux excellents résultats : frappé de la générosité de Lucie, pour la conservation de sa pureté, le jeune seigneur qui l'aimait éperdument se convertit et entra dans l'Ordre de Saint-Dominique, où il sanctifia. D'autre part, Notre-Seigneur eut pour si agréable cette action courageuse de notre Sainte, qu'il la pourvut d'autres yeux bien plus beaux que ceux dont elle avait fait le sacrifice pour demeurer fidèle à son divin Époux.

Sainte Lucie la Chaste opéra pendant sa vie et après sa mort un nombre infini de miracles. A Xérez de la Frontera (Intendance de Cadix), on vénère sur un autel une très-antique statue qui la représente. Son effigie est dans un grand nombre d'églises et on l'invoque efficacement contre les ophtalmies. Une similitude de noms a fait que les peintres ont souvent substitué sainte Lucie la Martyre à sainte Lucie la Chaste. Cette dernière a le privilège exclusif d'être représentée tenant à la main un plat dans lequel se trouvent deux yeux. C'est par abus qu'on représente sainte Lucie Martyre avec les mêmes emblèmes.

Source : Les petits bollandistes Tome XIV, 1888, pp. 26-27

lundi 27 novembre 2017

Père Onésime Lacouture - 2-24 - L'humilité de Jésus


VINGT-TROISIÈME INSTRUCTION
L’HUMILITÉ DE JÉSUS.

«Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur.»

Plan Remarque: deuxième amour naturel.  (Dans l’intelligence : admiration propre.  Ses éléments: (Dans la volonté : amour-propre.  (Dans la vie: recherche des louanges.  Résume: Echantillon de ce que Dieu veut pour lui-même.  (Son intelligence admire perfections divines Humilité de Jésus: (Sa volonté: tout à l’amour de Dieu.  (Sa vie: recherche de la gloire de Dieu.  Résumé: son humilité a mêmes sentiments qu’au ciel.  (Il attaque notre intelligence par les vérités de la foi et ses mystères.  Notre humilité: (Volonté: renoncement et humilité (Vie: souffrances Résumé: Sottises, mépris, souffrances.  Ce sont les trois choses qui remplissent le calice de Jésus selon les Apôtres.  

REMARQUE  Après avoir par sa pauvreté détruit le fondement du premier amour naturel dans l’homme, l’amour des créatures, il s’attaque maintenant au deuxième amour naturel dans l’homme qui est l’amour de soi, il lui enlève son fondement par l’humilité.  Sa pauvreté est la pratique de la première béatitude; son humilité est la pratique de la deuxième béatitude: «Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre.» Pas besoin de grandes réflexions pour comprendre que l’amour de soi est incomparablement plus fort que l’amour des créatures et donc plus difficile à déraciner.  Aussi un certain nombre luttent contre le premier amour, qui est celui des choses créées: les religieux, les prêtres et quelques laïques.  Mais le nombre de ceux qui luttent contre l’amour-propre est fort restreint.  Les démons ont réussi à faire porter tous les efforts des prêtres en général uniquement sur le péché; ils croient avoir fait leur devoir quand ils ont tonné contre les vices de toutes sortes. 

Cette tactique sotte laisse intacte la plus grande partie du premier amour naturel, celui pour les choses permises et totalement intact l’amour de soi.  Or ces deux amours qui restent en l’homme suffisent pour exclure l’amour de Dieu et frustrer tous les efforts que les chrétiens font pour plaire à Dieu.  La cause de cet oubli vient de la philosophie du clergé qui ne rencontre pas du tout cette pratique du renoncement aux créatures permises et à soi-même… qui n’est pas défendu.  Mon amour pour les bonnes choses et l’amour de mon excellence ne sont pas mauvais «en soi»; Alors nos prêtresphilosophes ne voient là rien à attaquer.  Cette maudite philosophie bouscule tous les textes les plus forts de Jésus qui insiste sur ces deux renoncements; aux créatures permises et à soi.  Ils ne les voient pas, ils ne veulent pas les voir, ils les escamotent quand on leur présente; bref, ils les négligent complètement.  Et comme ils dominent dans le clergé et dans le monde ce n’est pas surprenant que les prêtres et les religieux en général ne prêchent pas ces deux renoncements.  Ils citent parfois des textes mais ils n’ont pas du tout l’intention de les faire pratiquer, pas plus qu’ils ne les pratiquent eux-mêmes.

Quand est-ce qu’on entend un sermon sur le renoncement à son jugement et à sa volonté?  Quand est-ce que les prêtres l’exigent des fidèles?  Ils ne s’en occupent pas du tout.  Où est le prêtre ou le religieux qui attaque systématiquement les motifs naturels?  Or ces motifs jaillissent de notre fond naturel, ils viennent de l’amour naturel que nous avons pour les créatures et pour nous-mêmes.  Si le moi se manifeste c’est bien dans mes raisons d’agir.  J’agis pour mes propres intérêts personnels, c’est évident au point de vue naturel.  Mais comme tout cela est bon «in se», les philosophes ne voient absolument rien à attaquer là.  Si parfois ils en parlent c’est comme d’une curiosité de la vie spirituelle pour une petite élite qui veut se signaler au service de Dieu, mais c’est du luxe!  C’est du conseil et tout finit là.  La preuve de ce qu’on avance ici est dans ce fait que dès qu’un prédicateur s’aventure à prêcher le renoncement comme tant soit peu obligatoire pour tous les chrétiens, il soulève une vraie tempête parmi les philosophesprêtres qui en ont connaissance.  Ils l’attaquent comme exagéré, comme confondant les conseils avec les préceptes et comme hérétique et contraire aux traditions de l’Eglise.  Comme les supérieurs ont été formés pour la plupart «à la philosophie», ils réduisent vite au silence ce prédicateur de «nouveautés» dans l’Eglise!  Il n’y aura pas un prêtre sur mille qui oserait le défendre.  C’est donc bien vrai que les prêtres et les religieux ne prêchent pas le renoncement comme Jésus le veut.  La Providence divine veut détruire l’amour de mon être par les cruautés sur moi, par les sottises contre mon intelligence et par les injustices et la haine contre ma volonté.  Or où sont ceux qui acceptent volontiers ces sortes d’épreuves?  Où sont-ils ceux-là?  Qu’on en trouve dans les religieux comme dans le clergé séculier?  C’est évident qu’ils sont encore plus rares chez les laïques.  Il est donc bien important pour nous d’étudier l’humilité de Jésus, qui est justement la destruction de l’amourpropre et de toutes ses ramifications dans l’humain.  Voyons d’abord en quoi consiste ce moi auquel je dois renoncer sur l’ordre de Jésus et sous peine de n’être pas avec lui dans l’éternité.  Prions bien le St-Esprit de nous protéger dans cette méditation, car nous aurons tout l’enfer contre nous.  Les démons ne veulent pas que nous dévoilions leurs pièges pour perdre des milliers d’âmes.  Prions aussi la Ste-Vierge de nous protéger contre les attaques des démons pour nous empêcher de comprendre l’humilité de Jésus afin que nous ne puissions pas l’imiter.  les éléments Le «soi-même» auquel il faut renoncer vaut la peine d’être examiné dans le détail puisqu’il s’agit de le détruire en nous.  Divisons-le pour mieux l’abattre!  Il est trop complexe et multiple pour pouvoir se détruire d’un coup.  Il vaut mieux le prendre partie par partie.  Etudions le dans l’intelligence, dans la volonté et dans la vie.

Dans l’intelligence: Le moi se manifeste par l’admiration de ses propres excellences ou perfections.  Comme c’est la seule lumière qu’il suit, il semble ne voir que ce qu’elle lui montre de lui-même; il admire ses idées, ses projets, ses connaissances, ses jugements.  Notre «païen» se croit donc facilement supérieur à tous les autres.  Plus il est borné et moins il voit ce qu’il y a chez les autres et plus il estime ce qui vient de lui.  On voit combien sont orgueilleux les peuples païens; ils se croient tous les sur-hommes de la terre.  Ces gens sont tellement pleins d’eux-mêmes qu’ils n’acceptent rien ou peu des autres.  Même la foi pénètre difficilement chez ces orgueilleux.  Quand on est rassasié on n’a plus faim!  Quand on se regarde comme une lumière, on n’est pas porté à prendre les idées des autres.  On est donc égoïste, pédant et vantard.  Dans la volonté: comme elle suit l’intelligence qui lui fournit ses idées ou ses objets, on comprend qu’elle s’attache à tout ce que son intelligence lui présente.  Comme ces deux facultés sont toujours d’accord chez ces «païens» ils ont la paix parfaite en eux-mêmes, parce qu’ils subissent à peine les influences du dehors.  Il faudrait la loi pour leur montrer combien croche et fausse est leur intelligence, mais ordinairement ces gens n’en ont pas ou trop peu.  C’est pour cela qu’ils sont si têtus.  Même chez les enfants païens, quel entêtement On les tuerait là plutôt que de les faire changer d’idée ou de volonté.  Aussi quand ils aiment une chose, ils la prennent, s’ils sont capables, peu importe le moyen ou la moralité.  Comme leur intelligence leur montre les choses créées comme faites pour eux-mêmes, ils s’en procurent le plus possible et mettent toute leur affection en elles.  Car c’est par elles qu’ils se satisfont dans tous les plaisirs qui contentent leur personne.  Tout ce qu’ils font est encore dans l’espérance d’en tirer parti pour eux-mêmes; ils sont le centre de leur activité.  Dans la vie: Avec ces deux foyers d’égoïsme dans l’âme, ces gens recherchent avec avidité des admirateurs de leurs perfections qu’ils croient si grandes.  Ils languissent quand ils n’en reçoivent pas et quelle joie quand on leur en donne.  Quelles courbettes ils sont capables de faire pour se les attirer!  Comme on peut les faire travailler pour des louanges!  La louange est le principal ressort qui les fait marcher en tout.  Ils sont obséquieux envers ceux dont ils attendent des louanges et cela surtout avec les étrangers qui ne les connaissent pas; mais avec ceux de la maison ils sont maussades et sans-coeur parce qu’ils n’auront pas de louanges pour ce qu’ils feront.  Ces orgueilleux pensent à leur propre gloire du matin au soir et y rêvent pendant la nuit.  Ils cherchent à monter dans l’échelle sociale pour être plus en vue afin d’avoir plus d’honneur.  C’est pour le même but qu’ils veulent s’enrichir afin d’avoir des amis influents, des positions lucratives et ainsi attirer des louanges et des honneurs pour leur précieuse personne.  Mais autant ils sont avides de gloire autant ils sont furieux contre ceux qui leur refusent des louanges.  Que de haine contre les autres seulement parce que ces autres ne les félicitent pas!  Que d’ennemis le sont uniquement parce que les uns refusent aux autres des louanges!  Si on veut gagner l’affection d’un ennemi, c’est le meilleur moyen; lui adresser même indirectement des félicitations pour quelque chose qu’il aurait fait de bien.  Quand on voit que quelqu’un s’éloigne, c’est encore le meilleur moyen de le ramener; vanter quelque chose qui lui appartient ou qu’il fait.

Tout cela montre combien ces gens estiment leur propre excellence.  C’est donc qu’ils ne voient rien au point de vue de la foi.  Ils jugent tout selon la raison comme de vrais païens.  Comme ils se croient les seuls auteurs de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font, ils s’attribuent toutes leurs perfections comme des petits dieux!… échantillon de ce que dieu veut pour lui-même.  Cet amour naturel pour soi est un véritable échantillon de ce que Dieu veut pour lui-même.  C’est pour cette raison qu’il nous l’a donné, simplement pour nous faire une idée de sa propre sainteté, qui est l’amour-propre de Dieu.  Sa sainteté est l’adhésion de sa volonté pour ses perfections divines; notre amour-propre est l’adhésion de notre volonté à nos propres perfections.  Mais Dieu ne nous l’a pas donné pour que nous le gardions pour nous-mêmes et surtout pour rivaliser avec lui.  Pas au tout.  Il nous l’a donné pour que nous le «semions» comme tous les autres échantillons de ses perfections.  Nous devons absolument nous défaire de cet amour-propre sous peine de ne jamais recevoir l’amour de Dieu ou la sainteté de Dieu, pas plus que le cultivateur aura une récolte pour le grain qu’il n’a pas semé.  Qu’on ne se plaigne pas qu’il y ait si peu de Saints.  C’est parce que les prêtres ne prêchent pas assez le sacrifice de l’amour-propre jusque dans ses détails.  Ils disent bien quelques fois que l’amour-propre est une espèce de vice, mais ils ne vont guère plus loin.  C’est que, pour attaquer convenablement le moi humain, il faut connaître la science de la vie spirituelle avec toutes les influences qui s’exercent sur elle; cela demande beaucoup d’étude, de réflexion et de prière parce qu’il faut les dons du St-Esprit que Dieu ne donne qu’à ceux qui se défont de leurs attaches même aux choses permises.  Et pour ce dernier point il faut sortir de sa philosophie pour cultiver la vraie théologie, ce que très peu de prêtres sont capables de faire ou ont même l’idée de faire.  La plupart sont empêtrés dans leur philosophie et ne savent pas comment en sortir.  Même s’ils trouvent un prêtre qui comprend le point de vue théologique des choses, il est tellement aveuglé qu’il va dire que c’est ce prêtre théologien qui est dans l’erreur, de sorte que ce n’est pas facile pour les pauvres philosophes de comprendre la science de la guerre à la personnalité morale ou au «moi» païen que tout homme a en venant en ce monde et qu’il garde tant qu’il ne suit pas un vrai théologien – si rare –.  Comme les philosophes-prêtres n’attaquent que le défendu, il y a assez de choses permises pour alimenter l’orgueil humain et satisfaire notre petit dieu pour qu’il reste le rival de Dieu au coeur de l’homme et donc qu’il perde le ciel et mérite l’enfer.  Voilà pourquoi le démon essaie de tenir les prêtres et les religieux dans la philosophie seulement de la religion ainsi que la plupart sont formés dans le monde entier.  Je ne dis pas que c’est l’Eglise qui les forme ainsi, ce sont les hommes euxmêmes, les professeurs de théologie qui ne sont que des philosophes de cette science sacrée et qui malgré les avertissements des Papes, des Saints et de toute la science ascétique et mystique, ne veulent pas donner le point de vue de l’amour, comme je l’ai montré dans l’usage des créatures.  StPaul et Jésus enseignent bien qu’elles sont du fumier comparées à l’amour de Dieu et l’Eglise a déclaré St-Jean de la Croix Docteur de l’Eglise.  Or c’est la seule idée qu’il a dans ses trois volumes: que tout créé intentionnel, ou que tout motif qui vient des créatures ou de la nature humaine n’est que du fumier devant Dieu.  Pourquoi les professeurs de théologie ne se mettent-ils pas à ce point de vue?

Ce n’est pas la faute de l’Eglise, mais c’est leur propre paganisme, leur propre mentalité, ou sensualité qui veut sauver les plaisirs qu’ils goûtent et veulent continuer de goûter dans les différentes attaches aux choses permises «in se», comme de fumer, etc… Voilà pourquoi ils évitent la doctrine du fumier des créatures si clairement donnée dans l’Evangile et par St Paul surtout.  Nous venons de voir un peu dans le détail l’amour de soi que tout homme porte en lui en venant au monde.  C’est à tout cela que le chrétien doit renoncer pour accomplir la parole de Jésus: «Si quelqu’un veut être mon disciple qu’il se renonce lui-même tous les jours, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.» Il n’y a rien de plus difficile au monde.  Or l’estime de soi-même en face de la foi est de l’orgueil.  Car mon moi n’est qu’un moyen pour obtenir Dieu; c’est mon argent pour acheter Dieu ou mon grain pour le récolter au ciel.  L’orgueil le garde précisément et ainsi le préfère à la sainteté de Dieu; il aime mieux son amour propre que l’amour de Dieu; voilà le crime de l’orgueil.  Eh bien, on comprend que dans l’humanité de Jésus il ne peut y avoir rien de semblable.  A cet orgueil naturel Jésus va préférer la pratique de l’humilité la plus parfaite au monde.  Etudions donc un peu: l’humilité de jésus Quand le Verbe s’est incarné, il n’a pas pris la personnalité humaine, mais seulement la nature humaine.  Une personne est celle qui est maîtresse de ses opérations, qui contrôle tout son être et qui est indépendante dans ses actions.  Une personne suit son intelligence, sa volonté comme elle veut et quand elle veut.  Eh bien, le Verbe s’est uni la nature humaine, mais il a créé au même instant son union avec elle et c’est la Personne du Verbe qui a pris possession tout de suite de cette nature.  Elle n’a donc jamais été conduite par une personne humaine, mais elle a appartenu tout de suite à la Personne du Verbe; c’est donc le Verbe qui a été son Maître, qui l’a contrôlée, gouvernée et dirigée.  Sa nature humaine n’a donc jamais eu ces sentiments que nous avons tous: je fais ce que je veux!  Telle chose n’a pas de bon sens, je ne la ferai pas parce que je n’aime pas cela, etc.  Toute sa nature humaine s’est donc renoncée totalement dans le Verbe.  Elle voyait si bien le divin qu’elle a agi exactement comme elle le ferait dans le ciel même.  Est-ce que là j’imposerai mes idées à Dieu?  ou ma volonté?  Sûrement non!  Mais je prendrai toutes mes idées en Dieu, je prendrai ma volonté en Dieu et je ferai toutes choses selon Dieu et pour Dieu.  Voyons le détail de cette union avec Dieu dans les trois centres d’activité que nous avons: l’intelligence, la volonté et l’être ou la vie.  L’intelligence humaine de Jésus ne s’est pas perdue dans la vaine admiration des échantillons créés quand elle contemplait les perfections divines du Verbe.  Même son propre être, le plus parfait que Dieu puisse créer n’était rien devant la divinité même qu’elle contemplait.  Elle ne s’admirait donc pas ellemême et comme en dehors de Dieu comme les hommes font si sottement.  Mais elle se perdait dans l’admiration des perfections divines de sorte qu’elle s’oubliait elle-même ou elle admirait en elle-même le divin que Dieu y avait mis, et donc ce n’était que Dieu qu’elle admirait.  Elle n’avait donc pas de sentiments d’orgueil, mais d’humilité profonde comme toute créature aura devant Dieu vu face à face au ciel.  L’humilité est souvent définie: se mettre à sa vraie place.  Eh bien, il est certain que l’intelligence humaine de Jésus est restée à sa place, infiniment inférieure à Dieu qu’elle a estimé comme une créature peut le faire unie à Dieu.  Sa propre perfection qu’elle voyait sans doute lui faisait voir la divinité dans l’échantillon de Dieu qu’était son être créé…

La volonté humaine de Jésus, comme la nôtre, prend son objet dans l’intelligence humaine de Jésus.  Comme celle-ci est pleine des perfections divines, la volonté les veut de tout le poids de son être.  Elle aime ce que l’intelligence contemple dans le Verbe et elle met là ses délices.  Elle adhère aux perfections divines de tout son être et c’est en cela que consiste sa sainteté, la plus grande de toutes les natures créées.  Aussi la volonté de Jésus veut exactement tout ce que Dieu veut et comme il le veut.  Jamais elle ne serait tentée de se révolter contre Dieu ou de vouloir autre chose que ce que Dieu veut.  On voit dans l’agonie de Jésus que sa volonté humaine supplie Dieu de la préserver de la passion, mais elle ajoute tout de suite: Que votre volonté se fasse et non la mienne.  Jésus a déjà dit: Je ne fais jamais ma volonté, mais je fais toujours celle de mon Père.  Voilà de la véritable humilité.  C’est Dieu qui est tout devant elle; et elle s’efface totalement devant Dieu.  Dans sa vie.  Avec une intelligence et une volonté tout en Dieu, on peut comprendre ce que doit être sa vie, conduite par ces deux facultés totalement soumises au divin dans le Verbe.  Jésus veut même en tant qu’homme, tout ce que Dieu se veut à lui-même.  Ce que les humains se veulent par nature pour eux-mêmes, comme on vient de le voir, Jésus le veut de tout son être humain pour Dieu.  Il cherche évidemment la gloire de Dieu, les louanges pour Dieu, les honneurs pour Dieu et des admirateurs pour Dieu.  Rien du tout pour lui-même en tant qu’homme.  C’est le contraire de ce que recherchent les hommes.  Son être humain est transformé en Dieu, divinisé complètement dans tout son être.  Comme l’orgueil vient de ce que l’on se complaît dans ses perfections ainsi l’humilité vient de ce que l’on se complaît dans les perfections divines.  Voilà le véritable oubli de soi.  Ce n’est qu’en Dieu qu’on peut s’effacer réellement.  C’est dans la contemplation des perfections divines que les nôtres s’effacent dans la même proportion.  Voilà l’humilité de Jésus en tant qu’homme.

résumé

L’humanité de Jésus a les mêmes sentiments sur terre qu’elle a maintenant au ciel dans la vision béatifique.  Puisque tout est ordonné par Dieu pour cette fin suprême, on sait que sa gloire exige que nous commencions à le pratiquer pendant que nous sommes sur terre avec notre liberté nécessaire au mérite et à la gloire de Dieu.  Au sein de la Trinité peut-on imaginer une intelligence créée imposant ses idées à Dieu, ou une volonté finie s’opposant à la volonté de Dieu?  Eh bien, voilà ce qu’il nous faut commencer sur terre par la grâce et dans la foi.  C’est l’anéantissement du moi païen que si peu de chrétiens ont commencé à attaquer.  Jésus dit à différents endroits que ses pensées viennent de son Père, qu’il ne fait que ce que son Père lui dit de faire, et que toutes ses actions sont faites par son Père, comme s’il n’était rien au point de vue humain.  C’est que son humanité est tellement unie à Dieu, fait si bien une seule chose avec Dieu, que c’est comme si elle disparaissait.  Mais non, elle n’est pas absorbée par la divinité elle garde son entité, mais son être est parfaitement soumis à Dieu.  C’est là la mort mystique dont parle St-Paul pour lui-même: «Ce n’est plus moi qui vit, c’est Jésus qui vit en moi.» A plus forte raison, l’humanité de Jésus pouvait dire cela.  Elle était si bien contrôlée par le divin, si pénétrée par lui que c’est comme si elle n’existait plus.  En Jésus donc, l’humanité est parfaitement soumise au divin, s’efface devant le divin, est perdue dans le divin, ne veut que le divin, enfin ne vit que pour le divin.  Elle est toute aux choses de Dieu.  Elle pratique à la perfection le premier commandement: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur… etc.» Voilà donc l’humanité de Jésus en tant qu’homme.  Elle imite la personne du Verbe qui s’est humiliée en venant s’unir à l’humanité, mais elle a dû se rapetisser.  L’infini qui devient une seule chose avec le fini.  Cela dépasse l’esprit humain.  L’immensité incréée qui se cache dans le corps mortel d’un homme!  Mais l’humilité du Verbe apparaît encore plus grande quand on songe qu’il s’unit à l’humanité pécheresse devenue l’esclave de Satan.  St-Paul peut bien dire que le Verbe s’est anéanti en prenant la forme de l’esclave et surtout en prenant les péchés de l’humanité à son compte comme s’il était le coupable!  Jamais nous ne pourrons assez approfondir cette humilité du Verbe en s’incarnant dans l’humanité pécheresse.  Comparons maintenant l’humilité de l’humanité de Jésus.  Elle s’efface non pas pour s’unir à quelqu’un de plus bas qu’elle, mais pour s’unir à son Créateur, à l’être suprême, à son Dieu.  Elle est élevée au rang divin en s’effaçant.  Elle monte au sommet de toute élévation possible… et l’on appelle cela de l’humilité?  Le Verbe s’est abaissé, ravalé au rang de l’homme pécheur; l’humanité de Jésus en s’oubliant ou en s’anéantissant, est exaltée au dessus de toute compréhension.  Le Verbe s’abandonne à l’homme pécheur, l’humanité de Jésus s’abandonne à son Dieu!  C’est de l’humilité sans doute, mais ce n’est qu’un pâle reflet de la véritable humiliation du Verbe dans l’Incarnation.  Pour mieux faire entrer cette doctrine du renoncement à soi-même, voici un autre argument d’une force incomparable.  Quand le Verbe s’est uni à notre humanité, il n’a pas voulu de la personnalité humaine; il ne voulait qu’une personne en lui et dans le composé avec l’humain.  Or on sait que notre sanctification n’est que l’Incarnation continuée dans les membres du corps mystique de Jésus.

La conséquence est que le Verbe ou Jésus, quand il s’unit à moi, ne veut pas plus de ma personne morale que pour son humanité.  Il ne veut pas de mon moi moral, il faut bien qu’il prenne ma personne physique.  C’est parce que je suis déjà une personne physique et réelle quand il vient a moi qu’il faut que je renonce à cette personne en autant que je le puis par ma volonté.  Donc ce n’est que ma personne morale que je dois mettre de côté.  Cela veut dire que je dois agir comme si je n’étais pas une personne.  Je ne dois plus être mon propre maître du tout, c’est Jésus qui doit me conduire, me diriger et me contrôler comme il le voudra.  Je dois lui céder toute la maîtrise sur mon activité de sorte qu’à l’avenir je m’abandonne à son bon plaisir comme un véritable esclave le fait entre les mains de son maître.  Je dois prendre mes pensées en Jésus, mes vouloirs en Jésus et toutes mes actions en Jésus de sorte que je devrais pouvoir dire comme St-Paul: Le Christ est ma vie!  Ou je suis mort, ce n’est plus moi qui vit, c’est Jésus qui vit en moi!  C’est en proportion que je ferai cela que j’imite l’humilité de l’humanité de Jésus.  Me perdre en Jésus pour le laisser contrôler et diriger toute mon activité libre, voilà mon renoncement à moi-même.  C’est de l’abaissement seulement au point de vue naturel, pour mon païen qui cesse d’exister, mais réellement c’est une exaltation ineffable jusqu’au rang des enfants de Dieu.  «Ceux-là sont enfants de Dieu qui se laissent conduire par le St-Esprit.» St-Paul, Rom.8-14.  Quel abîme d’aveuglement dans les hommes qui ne veulent pas s’humilier quand c’est pour être exalté au-dessus de toute compréhension et cela pour l’éternité!  Au lieu de tout puiser dans mes pauvres facultés si limitées, je vais puiser dans l’océan infini de l’activité divine!  Au lieu de suivre mon animalité pécheresse, je suis l’infinie pureté de Dieu!  Au lieu de me guider par mon esprit si borné, je me laisse guider par l’esprit Saint!  Quel dommage que nous appelions cette transformation en l’activité divine de l’humilité.  C’est comme si on disait à Baptiste qu’il est humilié en étant adopté par un roi puissant pour participer à la vie de la cour!  Parce qu’il quitte ses boeufs, sa vieille grange et ses haillons pour aller vivre au milieu d’une cour royale distinguée et avec les riches du royaume, on le plaindrait!  On dirait qu’il s’humilie!  Comme c’est faux en réalité.  Il est exalté au delà de tout ce qu’il pouvant espérer.  Eh bien!  c’est aussi sot pour nous de parler de notre humilité en s’effaçant devant la divinité, en s’abandonnant à l’activité divine C’est tout ce que Jésus demande quand il nous dit: «Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il prenne sa croix.  Comme Jésus est condescendant pour notre misérable païen; c’est lui seul qui trouve cela dur parce qu’il ne comprend rien aux choses de Dieu.  Mais notre âme éclairée par la foi devrait protester contre cette expression, comme Baptiste protesterait si on le plaignait de s’humilier jusqu’à aller vivre à la cour du roi.

Nous renonçons à notre païen, à notre animal, à notre aveugle personnalité, pour nous exercer tout de suite à la vie que nous mènerons au ciel dans le sein de la Trinité… et nous appelons cela un abaissement, du renoncement, de l’humilité???  Et dire que c’est justement ce que la plupart des chrétiens refusent à Dieu.  Ils se préfèrent à Dieu!  Où sont donc les prêtres, la lumière que Jésus a choisie pour éclairer le monde?  Ou sont donc les docteurs en Israël pour prêcher et enseigner une matière si claire, si avantageuse pour nous tous?  Où sont les religieux qui ont fait des voeux pour chercher une plus grande perfection par des moyens plus parfaits en soi?  Si quelqu’un devait prêcher ce renoncement à soi, c’est bien les religieux!  Que font-ils?  Où sont-ils?  Mais la masse des hommes ignorent cette doctrine céleste, ils n’ont entendu que les mots, mais la chose leur est absolument inconnue.  Oh!  la maudite philosophie du clergé, quel mal incommensurable elle fait dans l’Eglise de Dieu!  Les deux amours qui sont un obstacle infranchissable à l’amour de Dieu, elle les laisse aux hommes, l’amour des créatures et l’amour de soi.  Jésus détruit le premier par sa pauvreté, le deuxième par son humilité.  Or, n’a-t-il pas dit que nous devons tous faire une seule chose avec lui?  Donc nous tous et chacun en particulier doit lutter contre l’amour des créatures par la pratique de la pauvreté réelle en autant que possible et contre l’amour de soi par le renoncement ou l’humilité telle qu’expliquée ici.  Quand aurons-nous des théologiens assez courageux, assez surnaturels pour être prêts à subir toute une persécution exactement comme Jésus de la part des pharisiens?  Tous nos philosophes sont de véritables pharisiens dans toute la force du mot; ils n’attendent qu’un autre Christ pour le persécuter comme le premier.  Ce n’est qu’alors que le peuple a des chances d’entendre la doctrine de Jésus contre ces deux amours que les prêtres philosophes du monde entier protègent comme les démons eux-mêmes les protègent.  Tant que le coeur humain est plein de ces deux amours, l’amour de Dieu n’a pas de place dans l’hôtellerie de l’homme!  Qu’il s’en aille à l’étable!  Pas un prêtre philosophe ira l’adorer là!  Mais dès que des sages éclairés par la foi voudront le manifester au monde, ils se lèveront tous comme des Hérodes et des pharisiens pour le persécuter et le tuer.  Comme Jésus n’est pas connu des prêtres!… Pourquoi intituler la méditation: l’humilité de Jésus, si je ne parle que de renoncement?  C’est que cette humilité toute intérieure ne se manifeste à nous que par le renoncement à nos deux amours naturels.  Je renoncerai aux plaisirs des créatures en proportion que je voudrai et que j’aurai déjà l’amour de Dieu; de même, je renoncerai à mon amour-propre dans la mesure que j’aurai l’amour de Dieu.  Or pour aimer Dieu, il faut renoncer à son activité naturelle et dans le corps et dans l’âme.  Voyons donc en quoi va consister notre humilité et notre renoncement.  notre humilité.

D’abord elle n’est possible qu’à la lumière divine.  Jamais on ne devient plus humble en considérant simplement des hommes comme nous.  Ce n’est que lorsque nous nous comparons à Dieu qui semble insignifiant et que notre estime pour lui tombe.  C’est donc en proportion que nous jugerons tout selon la lumière de la foi que nous avons des chances de devenir humbles.  Comme la lumière d’une bougie s’efface devant la lumière du soleil, ainsi ma raison s’efface devant la lumière divine de la foi.  Il en est ainsi pour toutes les créatures devant leur Créateur.  Or la foi nous enseigne que Jésus veut s’unir à nous comme il s’est uni à son humanité.  Or son humanité s’est effacée complètement pour tout ce qui vient de la personne et qui lui appartient.  Donc toute son activité libre et intellectuelle s’est laissée guider et absorber complètement par le divin du Verbe correspondant.  Eh bien!  tout chrétien qui connaît tant soit peu ce que c’est que notre union avec Jésus doit faire de même; aller chercher toutes ses idées dans le Verbe, tous ses vouloirs en Jésus et conformer toutes ses actions à celles de Jésus; plus que cela, il faut qu’elles soient faites pour Jésus, en Jésus et par Jésus, exactement comme toute notre activité céleste nous viendra de Dieu tout en gardant notre propre entité physique.  C’est tellement contraire à notre façon d’agir qu’il faut donner des exemples pour le bien comprendre.  Voici comment Dieu attaque nos trois foyers d’activité païenne: l’intelligence, la volonté et la vie ou tout notre être.  Il attaque notre intelligence par les vérités de la foi et ses mystères.  Notre raison doit les accepter, quelque difficiles qu’elles soient pour elle.  Par exemple, la doctrine du corps mystique qui enseigne que nous sommes les membres de Jésus et que nous devons nous traiter et traiter les autres comme de véritables Christs!  «Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous le faites.» Qu’on ne se contente pas seulement d’admettre cette vérité révélée de tête uniquement; il n’y a pas grand renoncement là.  Mais il faut la vivre tout de suite.  Votre voisine qui vous a dit des injures ce matin c’est Jésus en personne… pas dans le mal qu’elle a fait, mais dans sa personne.  Vous devez l’aimer et lui faire du bien!  Comme cela est contraire au jugement et à la volonté.  Faiteslui un de vos plus beaux saluts dès que vous la rencontrerez!  et tâchez de lui envoyer un beau gâteau en récompense de ce qu’elle vous a dit!  Comme il faut être plein de Dieu pour ne voir que Dieu en elle!  Absolument tous les chrétiens devraient savoir cela et agir ainsi!  Voilà du renoncement pas pour une élite, mais pour tout chrétien qui aspire au ciel.  Où sont les fidèles qui pourraient agir de la sorte?  où sont les prêtres et les fidèles qui pourraient agir de la sorte?  Où sont les prêtres et les religieux qui seraient capables de le faire?  Où sont ceux qui l’ont enseigné d’une façon systématique et qui l’exigent des fidèles?  Voici un champ extraordinaire d’humilité et de renoncement pour nous tous sans exception.  Dieu fait exprès pour nous demander des sottises afin de nous faire «semer» notre jugement.  «Dieu a choisi ce qui est insensé selon le monde pour confondre les sages.» Les inférieurs en font souvent à leurs supérieurs, les égaux à leurs égaux.  Mais dans ces deux cas nous pouvons souvent les refuser, les éviter en les envoyant promener, ces gens qui ne sont pas plus que nous. 

Mais Dieu se sert souvent des supérieurs pour nous imposer les sottises qu’il exige de nous.  Venant de ceux à qui nous sommes tenus d’obéir, nous sommes bien obligés de les accepter, au moins c’est notre devoir devant Dieu.  Comme il a demandé une sottise à Abraham et une impossibilité physique à la Ste-Vierge, ne soyons pas surpris qu’il nous demande des sottises par nos supérieurs.  J’ai déjà expliqué dans la méditation sur l’obéissance comment Dieu peut faire tout cela sans préjudice pour la réputation des supérieurs ou pour leur mérite.  C’est tout simplement parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.  Les inférieurs seuls s’en aperçoivent!…

Voilà pourquoi Dieu nous a entourés de tant de gens antipodes de nous et donc que nous trouvons plus ou moins fous.  A quoi bon passer notre vie à numéroter ces imbéciles ou cataloguer leurs sottises?  Dieu les met sur notre chemin pour nous donner l’occasion de renoncer à notre jugement et nous donner des exercices de foi.  On est obligé de se dire: c’est Dieu qui me contrarie par son instrument aveugle qui est là dans ma vie.  Il est bête, il est têtu, on dirait qu’il le fait exprès pour me contrarier et ces imbéciles ne sont que des instruments aveugles dans ses mains.  Comme il faut d’humilité pour le voir et surtout pour le pratiquer, pour être affable à notre foi, bon pour l’instrument de Dieu!  Le matériel qu’il gaspille, peut-être, nous a été donné par Dieu et comme nous étions trop païens pour le semer afin de récolter du divin, il le fait faire par un homme qu’on trouve bien fou, mais qui est l’instrument intelligent pour nous faire donner du divin.  Avec notre grand esprit nous restions avec ces biens purement matériels et caduques; avec notre fou nous devenons héritiers des biens éternels au ciel!  Où est la sagesse réelle?… avec notre fou qui ne l’est que parce qu’il nous enlève du naturel que nous aurions dû être assez intelligents pour semer afin de récolter le céleste. 


Comme cela est dur de pratiquer cette doctrine!  Tous les chrétiens devraient s’y exercer constamment.  Mais qui le fait?  Qui leur a jamais dit?  Qui leur a jamais expliqué cette humilité et ce renoncement de Jésus?  Jamais de la vie on verra un prêtre-philosophe le faire.  Lui n’attaque que le péché.  Il ne voit pas plus loin … La volonté.  Ce que je dis de l’intelligence s’applique à la volonté puisque c’est la même épreuve pour elle.  Si je trouve une chose sotte, il est évident que je ne la veux pas.  S’il faut que je la subisse, ma volonté est obligée de se renoncer et de s’humilier.  Le corps.  Toutes les souffrances dans le corps et dans l’âme répugnent à la nature humaine; c’est justement pour cela que Dieu les envoie afin de nous faire renoncer à notre être.  Voici un résumé des contrariétés qui nous viennent de Dieu pour nous faire renoncer à notre personnalité morale.  résumé Contre l’intelligence, les sottises de tout le monde.  Contre la volonté, les mépris, la haine, les injustices.  Contre l’être, les cruautés de toutes sortes, les maladies, les infirmités, etc.  Ce sont les trois choses qui remplissent le calice de Jésus selon les Apôtres.  Le diable avait préparé tout cela, mais une fois fait, Jésus dit à Pierre: Est-ce que je ne dois pas boire le calice que mon père m’a préparé?  C’est à ce calice que nous devons tous participer pour avoir part aux jouissances célestes en Jésus et par Jésus.